Un tableau inconnu de Van Gogh refait surface à Paris

Publié le par Le Point par Arthur Frydman

Peinte en 1887, la toile, vendue conjointement par Sotheby’s et Mirabaud-Mercier, est estimée entre 5 et 8 millions d’euros. Elle n’a jamais été exposée au public.

Un tableau inconnu de Van Gogh refait surface à Paris

Peu après la vente du portrait le plus cher du monde exécuté par Sandro Botticelli – adjugé plus de 76 millions d'euros –, Sotheby's, en partenariat avec l'étude parisienne Mirabaud-Mercier, dévoile une œuvre jamais passée sur le marché de l'art. Celle-ci est de la main du maître hollandais Vincent Van Gogh (1853-1890). Scène de rue à Montmartre (1887) fut découverte dans une collection privée française par maîtres Claudia Mercier et Fabien Mirabaud. « Cette trouvaille inédite est avant tout l'histoire d'une famille qui nous a confié le tableau et nous a fait confiance. L'œuvre, jamais exposée au public, fut acquise dans les années 1920 et n'est plus jamais réapparue sur le marché de l'art.

Dans un état de conservation remarquable, la toile est toujours restée accrochée dans le bureau des aïeux des vendeurs et n'a pas bougé depuis plus d'un siècle », s'enthousiasme la commissaire-priseur qui présentait cette semaine le chef-d'œuvre au sein des locaux parisiens de la maison Sotheby's. Estimée « raisonnablement et prudemment », selon les mots des commissaires-priseurs, entre 5 et 8 millions d'euros, l'œuvre sera exposée à Drouot du 16 au 18 mars prochain, avant d'être vendue le 25 mars. « Il était important pour nous que le tableau reste à Paris et soit exposé en premier lieu à Drouot, vitrine des commissaires-priseurs de France. De plus, la vente à Paris était une condition imposée par les vendeurs. Une bonne nouvelle afin de soutenir le marché de l'art local », précise maître Fabien Mirabaud.

Une œuvre charnière dans le corpus de l'artiste

« C'est un événement immense pour le marché de l'art, surtout pour la scène française. Cela fait des années que nous n'avons pas eu une toile de cette envergure pour Van Gogh, restée en mains privées autant de temps, et surtout de cette période parisienne. La plupart des tableaux dits de Montmartre sont conservés dans les plus grands musées internationaux, comme le Rijksmuseum à Amsterdam, le Carnegie Institute à Pittsburgh ou le Bridgestone Museum of Art à Tokyo », ajoute Aurélie Vandevoorde, directrice du département art impressionniste et moderne de Sotheby's.

Le tableau fut exécuté au printemps 1887. Une période pendant laquelle le peintre vit et travaille à Paris, où il arrive en 1886 avec son frère Theo, lui-même marchand d'art chez Boussod, Valadon et Cie. Ils vivent tous deux dans un appartement étriqué de la rue Lepic, à la bordure du « maquis de Montmartre ». « Un coin champêtre et bucolique qu'affectionne tout particulièrement Van Gogh pour son ambiance urbaine et pastorale. Contrairement aux autres artistes de l'époque présents sur la butte qui préfèrent peindre la vie moderne, Van Gogh se tourne vers la nature et les paysages », précise Aurélie Vandevoorde.

Les moulins de Montmartre, des installations souvent peintes par le maître. © Sotheby's

Les moulins de Montmartre, des installations souvent peintes par le maître. © Sotheby's

Ces années sont pour Van Gogh un tournant majeur de son œuvre et de sa pratique picturale. Entré au contact des plus démunis dans les mines belges à la suite d'une brève mission d'évangélisation, il développe les aspects sociaux de sa peinture en figurant des scènes de vie populaire et ouvrière. « À Paris, Van Gogh élargit ses horizons. Les œuvres de cette période, très peu nombreuses, donc très rares et très recherchées, témoignent de son contact avec l'art impressionniste d'artistes qu'il connaît et côtoie. Il plonge également dans toute l'ambiance de l'avant-garde parisienne en abandonnant les couleurs sombres de ses débuts pour des couleurs claires réalisées avec des pigments très purs, comme en témoigne notre tableau », analyse Étienne Hellman, directeur associé du département art impressionniste et moderne de Sotheby's France.

« C'est une œuvre charnière pour suivre l'évolution de la peinture de Van Gogh avant son départ à Arles, dans le Sud, où il découvre le soleil et exécute ses peintures les plus connues en affinant ses effets de lumière », enchérit l'expert. Dans Scène de rue à Montmartre, le maître s'intéresse à un moulin. « Pas un hasard », pour Étienne Hellman. Selon lui, « le peintre fait un retour aux sources en peignant ces installations caractéristiques de son pays d'origine ». Plus exactement, le tableau montre un des endroits les plus célèbres de la butte Montmartre, à savoir le Moulin à poivre, une bâtisse située dans l'enceinte du fameux Moulin de la galette, détruit en 1911 lorsque l'avenue Junot est tracée. Un lieu aujourd'hui inscrit au titre des monuments historiques.

Le marché très confidentiel de Van Gogh aux enchères

Les productions du peintre hollandais ne sont pas nombreuses. Il n'aurait peint qu'entre 1884 et 1890. Environ 700 œuvres ont été répertoriées à travers le globe et une grande partie d'entre elles sont conservées à Amsterdam. Chaque année, dans le monde, moins de quatre tableaux de Van Gogh passent sous le marteau. Et ces derniers sont bien souvent issus de la période hollandaise, moins recherchée et moins bien cotée que ses toiles postérieures, peintes à partir de 1886, à l'instar du tableau présenté par Sotheby's et Mirabaud-Mercier.

Des toiles fraîches sur le marché comme Scène de rue à Montmartre sont donc très rares et, à l'avenir, seules seront disponibles des œuvres restées dans des collections particulières, qui s'échangeront à des prix qui grimpent sans cesse, à l'image d'Allée des Alyscamps (1888), vendue 10 millions d'euros en 2003 et revendue 60 millions d'euros en 2014 à un client asiatique. En effet, depuis quelques années, le marché connaît une croissance toujours plus forte des enchères provenant d'une clientèle fortunée venue d'Asie, amatrice des maîtres impressionnistes et de l'art moderne.

Vincent Van Gogh (1853-1890). « Le docteur Paul Gachet », 1890. Huile sur toile 68 x 57 cm. Paris, musée d'Orsay. Don de Paul et Marguerite Gachet, enfants du modèle, 1949. © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Gérard Blot

Vincent Van Gogh (1853-1890). « Le docteur Paul Gachet », 1890. Huile sur toile 68 x 57 cm. Paris, musée d'Orsay. Don de Paul et Marguerite Gachet, enfants du modèle, 1949. © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Gérard Blot

C'est notamment le cas pour Van Gogh. Au cours de ces dix dernières années, les clients asiatiques ont enchéri pour plus de 700 millions d'euros sur des œuvres de l'artiste chez Sotheby's, soit près de 40 % du montant total des enchères. Pour un Van Gogh aux enchères, le record est détenu pour son Portrait du docteur Gachet. Le tableau, exécuté tardivement en juin 1890, fut acheté 80 millions d'euros en 1990 par un homme d'affaires japonais. Une seconde version de cette peinture est d'ailleurs conservée au musée d'Orsay à Paris. Une œuvre à découvrir dès que les lieux culturels rouvriront leurs portes.

Publié dans Articles de Presse

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