Viktor Orban claque la porte du Parti populaire européen avant d’en être exclu

Publié le par La Croix par Jean-Baptiste François

Explication Poussé vers la sortie alors que le Parti populaire européen (PPE) vient de durcir ses statuts, le Fidesz du premier ministre Viktor Orban met fin à un feuilleton de plusieurs années sur sa place au sein de la première famille politique de l’UE. 

Le premier ministre hongrois Viktor Orban en décembre 2017. RICCARDO PAREGGIANI/AFP

Le premier ministre hongrois Viktor Orban en décembre 2017. RICCARDO PAREGGIANI/AFP

C’est la fin d’une interrogation qui taraudait le Parti populaire européen (PPE, droite) depuis longtemps : vaut-il mieux avoir Viktor Orban avec soi, pour mieux le contrôler, ou contre soi, au risque que l’enfant terrible de l’Union européenne ne dérive encore plus loin des valeurs démocratiques ?

Le premier ministre Hongrois vient de claquer la porte de la première famille politique européenne avant qu’il ne s’en fasse exclure. Le groupe du PPE du Parlement européen a en effet adopté mercredi 3 mars à l’unanimité une modification de ses règles internes à l’écrasante majorité (148 voix pour, 28 contre, 4 abstentions). Ce changement permet la suspension ou l’exclusion de délégations entières, et non plus seulement de parlementaires individuellement.

12 sièges de moins

Viktor Orban a préféré prendre les devants. « Je vous informe que les membres du Fidesz se retirent du groupe PPE » avec « effet immédiat », écrit le dirigeant dans une lettre postée sur Twitter par une de ses ministres, dénonçant une démarche « hostile » visant « clairement » son parti. Le PPE comptera dorénavant 12 sièges de moins au Parlement européen. Un treizième député hongrois de droite mais non membre du Fidesz a décidé de rester, comme dernier représentant de la Hongrie dans le groupe. « C’est antidémocratique, injuste et inacceptable », a fustigé Viktor Orban. « Il est tout à fait décevant de voir que le groupe du PPE tente de réduire au silence nos eurodéputés démocratiquement élus ».

De son côté, le PPE doit encore statuer par le vote, pour décider de l’exclusion du Fidesz, réclamée par plusieurs petits partis, lors d’une réunion qui se tiendra lorsque la situation sanitaire le permettra. La réforme des statuts intervient à la suite des sanctions décidées en décembre contre l’eurodéputé du Fidesz Tamas Deutsch, qui avait comparé l’attitude du président du groupe parlementaire Manfred Weber à celle de la Gestapo. Une quarantaine de parlementaires PPE (sur 187), emmenés par l’Autrichien Othmar Karas, avaient alors réclamé son exclusion, mais l’eurodéputé n’avait finalement écopé que d’un retrait de ses droits à s’exprimer en plénière au nom du PPE et à être nommé rapporteur.

Schisme idéologique

Le 20 mars 2019, l’assemblée politique du PPE avait déjà suspendu le Fidesz, pour une durée indéterminée, en raison de dérapages répétés depuis le retour au pouvoir de Viktor Orban en Hongrie en 2010, qu’il s’agisse de positions anti-Bruxelles ou de mesures jugées attentatoires aux droits fondamentaux. Et en avril 2020, 13 partis nationaux de la droite européenne avaient écrit au président du PPE, le Polonais Donald Tusk, pour lui demander d’entériner la rupture.

Depuis 2018, la Hongrie est sous le coup d’une procédure européenne (article 7) pour violation de l’État de droit. Pour le spécialiste de l’extrême droite Jean-Yves Camus, une recomposition politique était inéluctable. « Le logiciel du PPE, fondé sur un conservatisme modéré, diffère fondamentalement du projet de Viktor Orbán, qui est de bâtir une Europe des nations reposant sur le patriotisme et les valeurs chrétiennes, selon une conception qui n’a plus rien à voir avec celle des Pères fondateurs de l’Europe ».

Risque de radicalisation

En février 2020, en pleine réunion du PPE, Viktor Orban acceptait de faire partie des têtes d’affiche du colloque « Dieu, honneur et pays » organisé à Rome, aux côtés de figures d’extrême droite telles que l’Italien Matteo Salvini, ou de la Française Marion Maréchal. Certains s’attendent à ce qu’il radicalise encore son discours, alors qu’une course contre la montre est engagée entre l’Union européenne et le premier ministre hongrois.

L’UE vient d’adopter un mécanisme qui permettra de couper les fonds à un pays membre coupable d’atteinte à l’état de droit. Mais ce dernier ne devrait pas entrer en vigueur avant un an. Pile le temps qu’il faut au dirigeant hongrois pour décrocher un quatrième mandat de quatre ans d’affilée, au printemps 2022.

Publié dans Articles de Presse

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