1ère Bataille de la Somme

Publié le par Roger Cousin

La bataille de la Somme désigne une confrontation opposant les Britanniques et les Français aux Allemands en 1916 lors de la Première Guerre mondiale, dont ce fut l'une des batailles les plus sanglantes. 

Bataille de la Somme

Bataille de la Somme

Les forces britanniques et françaises tentèrent de percer à travers les lignes allemandes fortifiées sur une ligne nord-sud de 45 km proche de la Somme, au nord de la France, dans un triangle entre les villes d'Albert du côté britannique, Péronne et Bapaume. Il s'agit de l'une des batailles les plus meurtrières de l'histoire humaine (hors victimes civiles), avec parmi les belligérants environ 1 060 000 victimes, dont environ 442 000 morts ou disparus. La première journée de cette bataille, le 1er juillet 1916, détient le triste record de la journée la plus sanglante pour l'armée britannique, avec 58 000 victimes dont 19 240 morts. La bataille prit fin le 18 novembre 1916.

Pour la première fois, un film de propagande, La Bataille de la Somme, a saisi une grande partie des horreurs de la guerre moderne en incluant des images issues des premiers jours de la bataille. Ces événements furent couverts par des photographes et peintres, dont François Flameng peintre officiel des armées dont les nombreux croquis et dessins de ces événements parurent dans la revue L'Illustration. Le front est stabilisé depuis décembre 1914, suite à la course à la mer. Les combats de 1915 n'ont pas fait bouger les lignes. La conférence interalliée de l'Entente de Chantilly le 6 décembre 1915 débouche sur la décision d'attaquer les Empires centraux sur tous les fronts en 1916, en Russie, en Italie, et sur le Front de l'Ouest. Seulement aucune date n'est fixée, et il faudrait attendre juin ou juillet pour espérer une participation russe. Joffre, nommé commandant en chef de l'armée française début décembre 1915 obtient lors de négociations bilatérales une offensive conjointe franco-britannique. Les lignes françaises rejoignent les lignes britanniques sur la Somme, c'est donc ce secteur qui est désigné.

En 1916, l’armée britannique en France manque d’expérience, sa partie professionnelle, six divisions, ayant été éliminée en 1914-15. La plus grande partie de ses effectifs est composée de volontaires des forces territoriales et de la nouvelle armée de Kitchener. Les officiers ont été promus rapidement et manquent à la fois de formation et d’expérience. Le général en chef John French est remplacé en décembre 1915 par Douglas Haig, lui-même promu rapidement. Haig collabore volontiers avec Joffre, mais il souligne l'indépendance du corps expéditionnaire anglais, le commandement n'est donc pas unifié. Joffre monte donc cette offensive avec l'armée française comme acteur principal au sud de la Somme, qui sera appuyée par le corps britannique moins aguerri entre la Somme et Arras. Il nomme Foch responsable sur le terrain, lui qui est déjà commandant du Groupe d'Armées Nord. Une autre conférence à Chantilly le 14 février 1916 fixe le début de l'opération pour le 1er juillet 1916.

Lorsque l'armée allemande lance son offensive sur Verdun, le 21 février 1916, le commandant en chef britannique propose de venir aider son allié. Joffre décide que l'armée française peut faire face sans cet appui tout en pressant Haig de mettre en place l'offensive sur la Somme le plus tôt possible. Le printemps voit les plans de la bataille changer, car l'engagement français à Verdun ponctionne les troupes prévues pour l'offensive. Fin mai le dispositif français est réduit au point que l'armée britannique est désormais l'élément principal sur la Somme. Finalement la date du 24 juin est adoptée pour le début de la préparation d'artillerie, et le 1er juillet pour l'assaut. Côté allemand Falkenhayn ne prend pas de dispositions particulières, l'état-major attendant une offensive alliée sur l'Artois ou en Alsace, les préparatifs alliés lui semblent un bluff. Le terrain de la bataille est le plateau picard, terrain crayeux propice au creusement de tranchées. Le maillage des villages, distants de deux à quatre kilomètres, permet une défense en profondeur, ce qu'ont organisé les troupes de Von Bülow depuis 1914.

Les Allemands occupent presque partout des hauteurs. Leur front se compose :

 

  • d'une forte première position, avec des tranchées de première ligne, d'appui et de réserve, ainsi qu'un labyrinthe d'abris profonds comportant d'ailleurs tout le confort moderne ;
  • d'une deuxième ligne intermédiaire, moins forte, protégeant des batteries de campagne ;
  • enfin, un peu en arrière, d'une deuxième position presque aussi forte que la première.


À l'arrière, se trouvent des bois et des villages « fortifiés » reliés par des boyaux, de façon à former une troisième et même une quatrième ligne de défense, le tout largement bétonné et bénéficiant des qualités de la roche crayeuse qui se coupait facilement et durcissait en séchant. L'arrière avait été transformé en un gigantesque entrepôt avec ce qui se faisait de mieux pour les routes, le ferroviaire et l'aviation. L'artillerie, y compris des monstres sur voie ferrée de 380 et 400 mm, atteignait des sommets de puissance destructrice.

Ordre de bataille

Alliés

Les Français :

 

  • La VIe Armée (Fayolle) avec trois corps d'armées (1er, 20e et 35e CA) ;
  • La Xe Armée (Micheler) avec cinq corps d'armées.


Elles totalisent quatorze divisions en ligne, quatre de réserve et quatre de cavalerie sur un front de 15 kilomètres. L'artillerie aligne 696 pièces de campagne, 732 pièces lourdes, 122 pièces ALGP (artillerie lourde à grande puissance) et 1 100 mortiers de tranchée (avec un approvisionnement de six millions d'obus de 75, deux millions de coup pour la lourde et 400 000 pour l'artillerie de tranchée).

Les Britanniques :

Le groupe d'armées Haig qui comprend :

 

  • La IVe armée (Rawlinson) avec cinq corps (8e, 10e, 3e, 15e et 13e CA) ;
  • La IIIe armée (Allenby) avec un corps d'armée (le 7e) ;
  • L'armée de Réserve (Gough).


Soit un effectif de 26 divisions en ligne et trois de cavalerie sur un front de 25 kilomètres, avec l'appui de 868 pièces de campagnes et 467 pièces lourdes (respectivement approvisionnées à 2 600 000 et 1 163 000 coups). La IIe armée (Fritz von Below) avec trois groupements (von Stein, von Gosler et von Quast) soit huit divisions en ligne et treize de réserve. Ils disposent de 454 canons de campagne et 390 lourds, ce qui représente à peine le tiers de la puissance de feu des alliés, ainsi que de 129 appareils face aux 300 Franco-Britanniques. La préparation d'artillerie, initialement prévue pour cinq jours, débute le 24 juin par des tirs de réglage et de destruction. Elle s'intensifie à partir du 26 par un bombardement général et continu des lignes allemandes. Le 28, l'offensive est reportée de 48 heures à cause du mauvais temps. En une semaine, l'artillerie britannique tire 1 732 873 coups. Il tombe les premiers jours une moyenne de cinq obus pour chaque soldat allemand.

Le 1er juillet au matin, c'est par un beau temps et clair que commence le bombardement final des alliés. À partir de 6 h 25, les tirs d'artillerie atteignent une cadence de 3 500 coups par minute, produisant un bruit si intense qu'il est perçu jusqu'en Angleterre. À 7 h 30, au coup de sifflet, l'infanterie britannique franchit les parapets baïonnette au canon et part à l'assaut des tranchées adverses. Les hommes sont lourdement chargés avec plus de 30 kg d'équipement. Les Allemands les accueillent avec des tirs de mitrailleuses qui les fauchent en masse. Les officiers sont facilement repérables et sont particulièrement visés. On estime à 30 000 le nombre des victimes (tués et blessés) dans les six premières minutes de la bataille. Le 1er juillet 1916 est le jour le plus meurtrier de toute l'histoire militaire britannique. Les Allemands sont stupéfaits de voir les soldats britanniques venir au pas. En fait, le commandement anglais craignait que les troupes perdent le contact en courant et en se dispersant. Persuadé que les défenses allemandes avaient été anéanties par les bombardements, ils ont exigé que les hommes avancent au pas. À midi, l’état-major britannique annule cet ordre, et retient les vagues d’assaut suivantes. Lorsque les Britanniques parviennent aux tranchées allemandes, ils sont trop peu nombreux pour résister à une contre-attaque.

Il y a eu, dans la première journée, 20 000 morts et 40 000 blessés ou disparus anglais sur 320 000 soldats engagés. Certaines unités, comme celle de Terre-Neuve, sont éliminées à 91 %. Les pertes allemandes ont été estimées à 6 000 hommes. Le 3 juillet, ils consolident leurs positions en s'emparant des bois de Mametz, au sud de Contalmaison : c'est là que plus de 1 000 prisonniers sont cueillis dans un seul fourré.  En dix jours, la VIe armée française, sur un front de près de vingt kilomètres, avait progressé sur une profondeur qui atteignait en certains points dix kilomètres. Elle était entièrement maîtresse du plateau de Flaucourt qui lui avait été assigné comme objectif et qui constituait la principale défense de Péronne. Elle avait fait 12 000 prisonniers, presque sans pertes, pris 85 canons, 26 minenwerfer, 100 mitrailleuses, un matériel considérable. C'était le plus beau succès obtenu depuis la bataille de la Marne. Trente-cinq divisions sont retirées du secteur de Verdun pour renforcer le front devant Bapaume.

La dernière semaine de juillet est d'une chaleur lourde et poussiéreuse. Au cours de cette semaine, l'armée Gough, réserve britannique, prend pied dans la forte position de Pozières et reprend aux Allemands, une deuxième fois, le bois Delville et Longueval. Elle échoue, par contre, au cours de combats féroces qui durent pendant plus d'une semaine, sur Guillemont. La pluie commence à tomber, rendant le champ de bataille boueux. Le 3 septembre, dès les premières heures de l'attaque, Guillemont est pris. Le 4, au sud, la Xe armée enlève toute la première position entre Deniécourt et Vermandovillers. Soyécourt et Chilly sont pris, avec 2 700 prisonniers ; Chaulnes était directement menacé par Lihons. Le 6, la Ire Armée française s'empare d'une grande partie de Berny-en-Santerre. Le 15 septembre apparaissent les premiers chars d'assaut alliés interviennent avec succès. Ils aident à prendre Courcelette, Martinpuich, le bois des Fourcaux, le village de Flers avec 4 000 prisonniers. Le 26 enfin, journée glorieuse : les deux alliés prennent ensemble Combles, la « clé » entre Bapaume et Péronne. D'autre part, tout à fait au nord, les Britanniques enlèvent Thiepval après l'utilisation de mines. L'offensive cesse. 18 novembre : fin de la bataille de la Somme.

Malgré les très faibles gains territoriaux, les Allemands furent très impressionnés par le bombardement de préparation des alliés. C’est à la suite de la bataille de la Somme que le haut-commandement allemand décida la guerre sous-marine à outrance, ce qui, selon certains, provoqua l’entrée en guerre des États-Unis (naufrage du Lusitania) et le basculement des rapports de force. Le 24 février 1917 l'armée allemande effectue une retraite stratégique, tout en détruisant tout derrière elle, afin de raccourcir sa ligne de défense sur la ligne Hindenburg. En cinq mois, les alliés ont progressé de 12 kilomètres au nord de la Somme entre Maricourt et Sailly-Saillisel et 8 kilomètres au sud. La percée tant attendue par laquelle Joffre espérait revenir à une guerre de mouvement s'est transformée une fois de plus en une bataille d'usure, comme à Verdun.

Aucun des deux objectifs principaux que sont Bapaume et Péronne ne sont atteints. Les Britanniques ont fait 31 076 prisonniers, pris 102 canons de campagne, 29 canons lourds, 111 mortiers et 453 mitrailleuses. Les Français ont fait prisonniers 41 605 Allemands (dont 809 officiers) et se sont emparés de 71 pièces de campagnes, 101 pièces lourdes, 104 mortiers et 535 mitrailleuses. Pour de tels résultats, les pertes admises sont de 419 654 hommes hors de combats pour les Britanniques (dont 127 751 morts et 78 531 disparus) et 202 567 pour les Français (39 187 morts et 27 501 disparus). Ainsi, pour des résultats similaires, la tactique des Français s'est avérée plus payante que celle des Britanniques dont les hommes de l'armée Kitchener manquaient encore cruellement d'expérience. Les Allemands ont quant à eux perdu au moins 437 322 hommes. Foch demandait à ses commandants de faire courir les hommes d'obstacle en obstacle, « il est donc d'une importance primordiale de l'employer [le soldat] avec une stricte économie... ».

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