Açao Integralista Brasileira

Publié le par Roger Cousin

Salgado PlinioL’action intégraliste brésilienne (en portugais: Ação Integralista Brasileira) fut un mouvement politique brésilien d'inspiration fasciste, né en tant que tel le 8 octobre 1932, lors de la divulgation du Manifeste intégraliste. Fondé et dirigé par Plínio Salgado, le mouvement intégraliste est similaire en de nombreux points aux mouvements fascistes européens et notamment au fascisme italien, à la seule différence que Salgado ne prêche pas la haine raciale (L'un de leur slogan est d'ailleurs : Union de toutes les races et de tous les peuples).

Les intégralistes affirment que le communisme et le capitalisme sont les deux faces d'une même pièce, pièce qui appartient au grand capital international. La doctrine intégraliste est résumée dans sa devise, « Dieu, Patrie et Famille ». L'action Intégraliste Brésilienne était dotée d'une véritable structure paramilitaire, la milice, effectuait de nombreuses manifestations de rue et avait une rhétorique agressive : rejet total et combat du communisme et du libéralisme, nationalisme radical (en prenant en considération que le Brésil est une nation multiraciale et tolérante), et discours prêchant les valeurs chrétiennes.

Comme les fascismes européens, le mouvement trouve ses bases essentiellement dans la petite bourgeoisie en voie de paupérisation, mais aussi dans un prolétariat ne se reconnaissant plus dans des élites politiques l'ayant négligé. Ils obtiennent le soutien des officiers, plus spécialement dans la Marine. Le 11 mai 1938 est déclenché le soulèvement intégraliste. Malgré sa bonne préparation (isolement total du Palais présidentiel), le mouvement fut vite sous contrôle et échoua quelques heures plus tard, dans la matinée du même jour. Le département de la Milice « dirige toutes les forces intégralistes (F.I.) » (Règlement du département de la Milice, Article 1) et impose une organisation paramilitaire au mouvement. Il s'inspire de l'organisation de l'armée de terre, des écoles de laquelle son chef d'état-major, le capitaine Olímpio Mourão Filho, est issu. Son commandant était Gustavo Barroso, autre haut responsable de l'A.I.B.

La Milice était organisée en « commandement » et en « troupe », le premier étant l'organe de direction et le second, d'exécution. Le commandement suprême de la Milice était dans les mains du chef national, qui était chef des « F.I. de Terre, Mer et Air ». Le chef d'état-major était nommé par Salgado et était responsable de « la préparation et de l'exécution des décisions du haut commandement » (Règlement du département de la Milice, Article 11). La Milice était organisée en quatre sections :

  • la première section, contrôle de l'organisation (statistique, effectifs), discipline et justice (enquêtes) ;
  • la seconde section, service de renseignement ;
  • la troisième section, instruction militaire et élaboration des plans d'opérations militaires ;
  • la quatrième section, secteur du matériel et des services (entraînement militaire, instruction « technique, tactique et morale », éducation physique et plans de combat).


La troupe était structurée en trois catégories : le milicien de première ligne, le milicien de seconde ligne et la jeunesse ; la hiérarchie, en trois échelons : les gradés (« sous-déçurion », « déçurion » et « sous-moniteur »), les officiers (« moniteur », « bandeirante » et « maître de camp ») et les officiers généraux (« brigadier », « lieutenant-général » et « chef national »). Les divers groupes de la Milice étaient divisés ainsi :

  • la « decúria », composée de six miliciens et commandée par un « déçurion » ;
  • le « terço » composé de trois « déçurias » sous le commandement d'un « moniteur » ;
  • la « bandeira » composée de quatre « terços » et dirigée par un « bandeirante » qui porte le drapeau intégraliste ;
  • la « legião », l'unité la plus importante, formé de quatre « bandeiras » sous le commandement d'un « maître de camp » et seule à pouvoir porter le drapeau national.


Les militants miliciens étaient tenus de porter un uniforme : chemise verte, cravate noire, pantalon noir ou blanc, casquette verte et chaussures noires ; sur le bras droit et la casquette, se trouvait l'emblème du mouvement : la lettre grecque « sigma » (Σ) - symbolisant la volonté d'union de tous les Brésiliens - entourée d'un cercle noir. La différence entre les symboles marquait la différence hiérarchique. Tout militant était obligé d'emmener avec lui sa chemise verte où qu'il aille pour être prêt à la revêtir à n'importe quel moment. En cas d'arrestation, il devait demander à quitter celle-ci, par respect de ce symbole important, sauf en cas de motif politique. Tout intégraliste de seize à quarante-deux ans était obligé de s'inscrire dans les F.I. La Milice a été impliquée dans plusieurs affrontements de rue (voir « Chronologie ») et a même exécuté un Lituanien qui avait attenté à la vie de Salgado.

Le débat sur les Juifs est un sujet à polémique entre les leaders intégralistes : Plínio Salgado est opposé à l'antisémitisme, alors que Gustavo Barroso, le chef de la Milice Intégraliste (un groupe paramilitaire) est fortement antisémite. Mais, dans la théorie, le racisme est rejeté par le Manifeste intégraliste . Cependant, un nombre important d'intégralistes pense que les ennemis de leur mouvement sont unis sous la domination des Juifs. Ce n'est pas une idée dominante chez les théoriciens du mouvement pour des raisons de principe. (Union de toutes les races et de tous les peuples) ou tactique, mais elle est très répandue dans la militance moyenne à cause de la simplicité de l'explication des problèmes. Depuis les finances internationales jusqu'à la Révolution soviétique, ils estiment que tout est dirigé par la volonté de conspiration des Juifs qui voudraient s'emparer du monde.

Gustavo Barroso, au contraire de Plínio Salgado et Miguel Reale, estime, quant à lui, que le capitalisme financier et le socialisme sont associés par la volonté juive (élément commun à d'autres mouvements d'inspiration fasciste, tel que le nazisme duquel ne se revendiquait pourtant pas l'intégralisme officiel). Dans le livre où il expose ses vues, Brésil, colonie des banquiers, il tente de démontrer que le Brésil, après son indépendance en 1822 et après avoir vécu sous la domination commerciale anglaise jusqu'en 1834, se transforme en colonie de la banque Rotschild, dépendant du supercapitalisme international, qui n'a pas de patrie et qui obéit aux lois secrètes de l'anéantissement de tous les peuples (pp. 14-15). Il se base, pour écrire cela, sur les emprunts brésiliens de 1824 à 1934 effectués auprès des banquiers juifs (Banque Rotschild).

Barroso considère toutefois que la question juive n'est pas religieuse, mais essentiellement politique : « Personne ne combat un homme parce qu'il appartient à la race sémite, ni parce qu'il est adepte de la religion de Moïse, mais parce qu'il agit politiquement à l'intérieur des nations, dans le sens d'un plan pré-établi et exécuté à travers le temps » (« O que o Integralista deve saber », p. 119). Reale, quant à lui, écrit : « La lutte contre le capitalisme est associée à un combat formidable, contre certains secteurs d'Israël [communauté de la diaspora]. De ce fait, on ne peut accepter la thèse raciste » (« O Capitalismo Internacional », pp. 150-151). Le positionnement intégraliste reste donc très ambigu sur ce point.

Aujourd'hui, le Frente Integralista Brasileira (Front Intégraliste Brésilien) et le Movimento Integralista e Linearista Brasileiro (Mouvement Intégraliste et Linéaire Brésilien) affirment représenter l'intégralisme au Brésil, mais l'héritage de Salgado est disputé par plusieurs groupes éparpillés dans tout le pays. Selon les affirmations de ses membres, ils défendent « le combat contre le matérialisme venant aussi bien du capitalisme que du communisme, en plus de la nécessité d'une réforme spirituelle de l'Homme brésilien. »

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