Affaire Papon : le triomphe de la justice

Publié le par Swiss Info par Richard Werli

La décision du gouvernement français de demander l'assistance des autorités suisses pour récupérer l'ancien haut fonctionnaire du régime de Vichy consacre la victoire de la mémoire.

Affaire Papon : le triomphe de la justice

Maurice Papon avait choisi l’exil. Mais il n’aura obtenu, au bout du compte, que le déshonneur. Arrêté comme n’importe que criminel en cavale, l’ancien ministre français aura donc jusqu’au bout donné raison à ceux qui lui reprochent son manque de courage lorsqu’il fut sous préfet de Bordeaux, durant l’Occupation, autorisant la déportation de centaines de Juifs vers les camps de la mort.

Une fuite qui ne grandit pas non plus ceux qui, au sein de la classe politique française, plaidaient pour une forme de relaxe ou de pardon, eu égard à l’âge avancé de l’intéressé. D’où le silence aujourd’hui gêné de ces derniers.

L’autre leçon de l’affaire Papon est d’ordre politique. En donnant l’ordre d’interpeller le fugitif, qui plus est dans un pays étranger, le gouvernement de Lionel Jospin n’a en effet pas seulement exercé son devoir de justice : il a aussi consacré le devoir de mémoire.

Avec Papon en prison, c’est toute la loi du silence et des connivences concernant la période de la Seconde Guerre mondiale qui se trouvera désavouée et pour de bon mise au rencart. Très longtemps réticente à soulever le couvercle des années d’occupation, par peur de diviser à nouveau le pays, la France de 1999 a donc fini par démonter qu’elle acceptait de s’affranchir des fantômes du passé, si longtemps préservé par le plus cynique des arguments : celui de la raison d’Etat.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article