Berlin ressuscitée

Publié le par Gilles Pudlowski

JournalLe Point publié le 05/12/1998 à 12:59 par Gilles Pudlowski

Speer AlbertA Berlin, en 1998, tout recommence. Derrière la porte de Brandebourg, Unter den Linden est redevenue l'une des promenades les plus chics d'Europe. Le chantier de la Potsdamer Platz, le plus vaste imaginé depuis la guerre, s'achèvera en 2002 : il s'étudie avec minutie dans la maison rouge d'Infobox, appelée bien vite à disparaître.

Berlin rêve sur lui-même, se souvient des projets grandioses d'Albert Speer, qui rêva de Germania, se contente de s'inventer un futur fait de bureaux, de palaces, mais aussi de grands espaces voués à la culture. On a réunifié les collections d'Etat de l'Est et de l'Ouest, créant un des plus beaux musées des Beaux-Arts du monde, avec la Gemäldegalerie, ses Rembrandt, ses Vermeer, ses Cranach, ses Dürer.

La Nouvelle Galerie nationale, vaste bloc de verre signé Mies van der Rohe, abrite de magnifiques expositions temporaires, mais aussi des tableaux utiles pour comprendre Berlin : Otto Dix et ses invalides de guerre jouant aux cartes, Ernst Ludwig Kirchner et sa Potsdamer Platz millésimée 1911.

Souvenirs, souvenirs : le Mur se visite avec l'émotion de la nostalgie au musée de Check-Point Charlie. De chaque côté des an- ciens secteurs, la photo d'un jeune soldat américain ou russe vous dit bonjour. Ce n'est plus « Adieu Berlin », mais « Willkommen » en toutes les langues. Pour jouer pleinement son rôle de capitale, Berlin attend le transfert du gouvernement puis du Reichstag avant l'été.

La ville retrouve son rang et son unité. Sa géographie a été bouleversée par la réunification. L'Est, où le patrimoine ancien a été le moins abîmé par les rénovations, triomphe. Mitte est redevenu le centre. Le Gendarmenmarkt, avec ses deux églises, huguenote et prussienne, ambitionne d'être la plus belle place d'Europe : elle est le vrai coeur de la ville. Prenzlauer Berg et ses maisons anciennes attirent la jeunesse estudiantine du monde entier. Scheunenviertel, l'ex-quartier des Granges, le ghetto de jadis, avec la synagogue transformée en musée, abrite les bars branchés autour des Hackesche Höfe : huit cours comme un labyrinthe, des antiquaires, des boutiques, des restaurants jouant la mode italo-française. Ici bat le pouls de la ville.

Les hôtels ont fait leur mue de la même manière. Il est de bon ton de dormir côté Est, en deçà de la porte de Brandebourg et du Tiergarten, près du Berlin monumental. Les haltes de luxe ne manquent guère, du tout neuf Grand Hyatt, contemporain, en version zen, près de la Potsdamer Platz, en passant par l'art'otel Ermeler-haus, design dans une demeure patricienne.

Le nec plus ultra de la ville ? Evidemment l'Adlon. L'ancien monument de 1907, bâti par Lorenz Adlon, inauguré par Guillaume II, habité par le tsar de Russie et les rois d'Europe, avait été en partie incendié en 1945, puis réaménagé dans l'ancienne RDA. Démoli en 1984, rebâti sur le modèle ancien par le groupe Kempinski, il a été inauguré à nouveau en août 1997. Tout neuf et cependant traditionnel, il a retrouvé son style, son chic, sa mémoire. A l'image du nouveau Berlin, qui, sur Pariser Platz, est redevenu la ville de tous les plaisirs.


Publié dans Articles de Presse

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