Bezen Perrot

Publié le par Roger Cousin

Lainé CélestinLe Bezen Perrot est une unité nationaliste bretonne de la Sicherheitsdienst. Elle prend la suite du Lu Brezhon (« armée bretonne »), qui succède elle-même au Kadervenn (Sillon de combat ou Service spécial), organisations nationalistes bretonnes. En 1936, Célestin Lainé créé le Kadervenn qui comprend alors une douzaine de membres. Dans l'esprit de Lainé, c'est l'embryon d'une future armée bretonne. En 1938, les effectifs ont doublé. En 1938, le Kadervern se dote d'un service de renseignement, le « Service Spécial ». C'est ce dernier qui récupère les armes du Gwalarn en 1939. (voir : Débarquement d'armes de Plestin). C'est une unité paramilitaire conçue sur le modèle de l'IRA, comprenant une douzaine de membres environ engagés dans des manœuvres militaires. Cette organisation instruit les nouvelles recrues et participe à des manœuvres dans les Monts d'Arrée en 1937 puis dans les landes de Lanvaux en 1938.

À l'été 1940, Lainé transforme son Kadervenn en « Lu Brezhon ». Lors de l'établissement du Comité National Breton à Pontivy début juillet 1940. Lainé prend à cette occasion de façon officielle possession du château des Rohan, qu'il transforma en caserne pour héberger les premiers membres de sa future légion bretonne (une quarantaine de personnes). Le 24 juillet 1940, le château de Rohan, quartier général de ce Service Spécial est attaqué par la population de Pontivy. Ils abandonnent par la suite ce casernement pour rejoindre le manoir de Ker Riou en Gouezec, près de Pleyben. Leurs actions et leur présence suscitèrent l'hostilité ouverte de la population du bourg. Lainé fut convoqué par Olier Mordrel, pour lui rappeler que sa formation faisait partie du Parti national breton, et devait en accepter les directives dont la première était de mettre fin au désordre (comportement en pays occupé) et de ramener le calme à Gouezec.

Lainé, refusant d'accepter ce contrôle, Mordrel menaça d'abord de réduire son allocation puis coupa les vivres au Service Spécial. Lainé licencia des hommes de troupe, ne conservant que quelques éléments qui se retirèrent avec lui à la Trinité-sur-Mer, pour entreprendre en décembre 1940, une collecte d'armes dans tous le pays breton (avec Bubriad, l'un des principaux animateurs de cette opération). Disposant d'un stock d'armes et d'explosifs que ses lieutenants avaient récupérés dans les hameaux et les bourgs, à la fin de 1940, il commença à tisser, dès le début de 1941 la toile de l'organisation de la future Armée de Libération de la Bretagne. Cette armée disposait d'un "pendall" état-major situé à Rennes. Elle était subdivisée en un certain nombre d'unités de base ou "bodoù", composés chacune de cinq hommes placés sous la direction d'un caporal-chef ou "kentour". À leur tour, 4 "bodou" constituaient un "ker" ayant à sa tête un "kerrenour" ou lieutenant. Une quinzaine de centres de recrutement et d'instruction avaient été répartis en Bretagne : Rennes, Nantes, Quimper, Saint-Brieuc, Vannes, Lannion, Guingamp, Ploërmel, Châteauneuf-du-Faou, Landerneau, Plouguerneau, Landivisiau et Paris, placés sous la responsabilité d'un délégué.

Complétant cette infrastructure figuraient aussi un "groupe de sécurité" ("Kevrenn ar Surentez", chargé d'assurer la police et la protection de l'Armée secrète et un tribunal militaire siégeant à Saint-Brieuc, sous la présidence d'un éminent professeur de droit, adepte intransigeant du nationalisme breton. Le rôle de Lainé et de ses lieutenants était simple. Il consistait à donner une instruction militaire, dérivée des règlements des manuels de l'infanterie et de la cavalerie françaises, aux volontaires du prochain soulèvement de la Bretagne. L'utilisation précise et ultra-rapide de commandos s'inspirait de l'enseignement des raids de l'IRA. Tout ceci avait été, dit-on mis au point par le général Lainé, qui politiquement étranger au nationalisme breton, était le frère de Célestin Lainé. Au cours de l'année 1941, la direction du Parti National Breton charge Célestin Lainé et ses officiers de la Lu Brezhon d'assurer l'instruction militaire de son service d'ordre, les Bagadou Stourm, placé sous la direction de Yann Goulet. Au cours de l'année 1941, les cadres du Lu Brezhon procédèrent une fois par mois, le samedi et le dimanche, dans la plupart des centres de Bretagne à l'entrainement des jeunes recrues nationalistes : cours théoriques - enseignement du morse, étude de la balistique - connaissance des gaz de combat, cours pratique : répétition d'opérations.

L'emprise exercée par les cadres de l'organisation de Lainé sur les effectifs des Bagadou Stourm ne devait pas tarder à créer un malaise proche de la subversion. Chef du service d'ordre, Yann Goulet réagit vigoureusement pour maintenir l'unité du Parti, en rappelant qu'"instruire et diriger sont deux choses différentes", et que dans une école militaire, il n'est pas admissible qu"un maître d'armes s'arroge un pouvoir de commandement". Suivi par Raymond Delaporte, Goulet resta la seule autorité reconnue. À partir de cet instant, les inconditionnels du Lu Brezhon, et les volontaires des Bagadou s'observèrent avec une méfiance évidente (prélude à la scission qui devait aboutir deux ans plus tard à la formation du Bezen Perrot). En juillet 1941, les Allemands confisquent le stock d'armes récupérées en 1939 et 1940, devant la formation de cette Armée Secrète de la Bretagne Libre.

En 1943, hostile à la politique temporisatrice du PNB de Raymond Delaporte, Célestin Lainé constitue une légion de volontaires séparatistes en uniforme allemand, prête à combattre non seulement les Français, mais aussi les ennemis du Reich, quelques jeunes garçons du Bagadou Stourm s'enrôlèrent spontanément dans les rangs du Bezen Kadoudal en demeurant persuadés qu'ils étaient en accord avec leur chef, Yann Goulet, un certain nombre d'autres membres rejoignit la Résistance, en créant notamment le groupe Liberté ou timoléon dans la région de Saint Nazaire. Cette armée ne fut pas reconnue par Raymond Delaporte, qui déclara que "cette armée bretonne" ne pouvait avoir aucune réalité légale étant donné qu'elle n'était composée que de volontaires sans uniforme national et directement engagés dans les forces allemandes.

En novembre 1943, il le transforme en Compagnie Bretonne en guerre contre la France sous le nom de Bezen Cadoudal. La moitié des effectifs du Kadervenn (soit une douzaine d'hommes) passeront dans le Bezen Perrot autour de Lainé, achevant de basculer dans la collaboration militaire avec les Allemands. La double appartenance (Bagadou Stourm, Bezen Cadoudal) est interdite par la direction du PNB. Le 15 décembre 1943, cette milice prend le nom de Bezen Perrot (milice Perrot), en référence à l'abbé Perrot (prêtre tué par la résistance communiste), sur la suggestion d'un de ses leaders Ange Péresse. C'est une milice bretonne de collaboration avec le nazisme, créée par Célestin Lainé. On l'appelle aussi La Formation Perrot, Perrot Gruppe, Der bretonische Waffenverband der SS ou Die bretonische SS. Les effectifs ne dépassent pas la centaine d’hommes (80 hommes selon Axishistory, 66 personnes de la fin 1943 jusqu'en juillet 1944).

Membres connus de la milice :

  • SS-Untersturmführer Célestin Lainé – Réfugié en Irlande à la Libération, condamné à mort par contumace. Il est mort en 1983.
  • SS-Sturmscharführer Ange Péresse - Condamné à mort par contumace. Naturalisé allemand après la guerre, il décèdera à Munich en 1984.
  • SS-Untersturmführer Wild (Alsacien) – 2e commandant de l’unité.
  • SS-Hauptsturmführer Hans Grimm alias Lecomte (Alsacien) – Commandant nominal.
  • SS-Oberscharführer Erich Froeboese (Allemand) Quartier Maître
  • SS-Oberscharführer Maout
  • SS-Oberscharführer Alan Heusaff – Condamné à mort par contumace. Réfugié en Irlande, décédé en 1999.
  • SS-Mann Marcel Bibe – Condamné à une peine de prison le 17 juillet 1945.
  • SS-Oberscharführer Léon Jasson – Exécuté le 17 juillet 1945.

Sur l'ensemble des Waffen-SS de la "Bezzen Perrot", trois sont morts au combat, un a été exécuté par la Résistance, un est mort durant un interrogatoire effectué par la Résistance et un qui avait "retourné sa veste" a été exécuté par les Allemands. Les premiers volontaires du Bezen Perrot sont engagés sur le front de Bretagne, depuis le début de l'année 1944. Sur le plan militaire, l'unité dépendant du Hauptscharfuhrer Hans Grimm, dit Lecomte, du Sicherheitsdienst (S.D.) de Rennes. L'Obersturmbannfuhrer Pulmer avait la responsabilité directe des unités qui combattaient les maquis de Bretagne. Les soldats du Bezen Perrot s'enrôlent dans le Sicherheitsdienst sous uniforme allemand. L'action de Bezen Perrot n'a duré que six mois.

Le Bezen Perrot avait pour mission de garder l'immeuble de la Gestapo à Rennes et ses prisonniers, de torturer ou d'éxécuter sommairement les résistants, d'attaquer les groupements des FFI et FTP, d'établir des souricières, de préparer des équipes de sabotage et de guérilla devant agir dans les territoires libérés par les alliés.

En 1944, le groupe est installé à Rennes, caserne du Colombier et participe à des actions contre les maquis de Bretagne. Ces volontaires, encadrés par Ange Péresse et Léon Jasson, portent l’uniforme vert de gris avec le calot à tête de mort. Pour les forces d’occupation, ils sont la Bretonische Waffenverband der S.S. Au lendemain de la libération de Rennes, la Sécurité militaire établissait des synthèses sur la collaboration. De même, le descendant de l'auteur du Barzaz Breiz ; le capitaine de La Villemarqué, officier de la sécurité militaire à Rennes, rédigea un document sur la génèse du Bezen Perrot, depuis la création du Gwenn ha du.

Les principaux protagonistes de l'alliance avec les nazis n'avaient pas attendu la chute finale de l'hitlérisme pour prendre la fuite. Dès juin 1944, certains s'étaient enfuis en Allemagne (ce fut le cas de Fred Moyse qui réussit à se faire naturaliser allemand et qui s'installa plus tard à Francfort. Philippe Aziz, écrira « Pendant toute la journée du 1er Août, Célestin Lainé lance ses lieutenants Ange Péresse et Léon Jasson à la recherche des  »gours" du Bezen afin que ceux-ci rejoignent la rue Lesage, centre de rassemblement,.

Il se rend à deux reprises rue Jules Ferry, au siège de la Gestapo, pour mettre au point avec Pulmer les modalités du repli et organiser les convois et les itinéraires. Le 1er août au soir, un premier contingent de trente membres du Bezen, mêlé à un groupe d'employés de la Gestapo, prend la route. Le 2 Août, le reste de la troupe suit. Il y a, outre les autres gours du Bezen, l'imprimeur de « l'Heure bretonne »; Marcel Guieysse, sa femme et leur fille Denise, Mme Peresse et ses enfants; Roparz Hemon, fondateur de l'Institut celtique; Jos Youenou, beau-frère de François Debeauvais ; Françoise Rozec-Andouard, alias Meavenn...) ". Le 3 août 1944, le VIIIe corps d’armée américain entre à Rennes que la Wehrmacht avait évacué plusieurs jours avant. À l’étape de Paris, les désertions se multiplient : certains (comme celui qu’on surnomme Tintin la Mitraille) rejoignent les FTP, d’autres les FFI (Le Bihan...) et quelques uns enfilent discrètement des vêtements civils ...

Cadoudal, Lizidour et Rual sont arrêtés à Colombey-les-Deux-Églises, par un gendarme français alors qu'ils sont en fuite, puis remis aux troupes américaines. (Cadoudal est condamné à 10 ans de travaux forcés à la Libération, peine commuée en 2 ans de prison, il est libéré en février 1946.)

Célestin Lainé et les reliquats du Bezen Perrot gagnèrent l'Allemagne. Ils ont le choix de travailler dans des usines allemandes, ou de suivre un cours de radio-opérateur au titre de l'Abwehr, ou encore de rejoindre les commandos SS de Otto Skorzeny. La plupart furent arrêtés en tentant de rentrer en France. Lainé vécut clandestinement en Allemagne avant de rejoindre l'Irlande.

Une demi-douzaine de séparatistes furent condamnés à mort et exécutés, à commencer par Guy Vissault de Coetlogon. Celui qui se disait l'apôtre de Sir Roger Casement termina comme supplétif de la Gestapo. On le fusilla le 24 avril 1945. André Geffroy fut également condamné à mort.

Le cas Bezen Perrot et d'autres cas de collaboration furent traités par la Cour de Justice établie à Rennes en 1944. Ses pouvoirs furent transférés au Tribunal Permanent des Forces Armées à Paris le 1er février 1951 qui était chargée de revoir tous les cas. Parmi une douzaine de bretons exilés en Allemagne de 1946 à 1948, 5 furent condamnés à mort par contumace dont Yann Bourc’hiz. La plupart d'entre eux se réfugièrent en Irlande grâce à la filière de faux papiers mise au point par Yann Fouéré et deux autres militants nationalistes en fuite.
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