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René Bousquet (né le 11 mai 1909 à Montauban (Tarn-et-Garonne), mort le 8 juin 1993 à Paris) était un haut fonctionnaire français, puis membre du gouvernement de Pierre Laval en tant que Secrétaire général de la police du régime de Vichy du 18 avril 1942 au 31 décembre 1943.
Fils d'un notaire radical-socialiste de Montauban, juriste, il prend ses premières fonctions comme chef de cabinet du préfet du Tarn-et-Garonne." René Bousquet doit à deux éléments sa carrière au
sommet de l’État puis après guerre dans la finance: sa témérité durant la plus importante inondation dans le pays (mars 1930) et les relations de son père.". En mars 1930, lors de terribles
inondations qui ravagent le Sud-Ouest, il devient un héros national quand, avec un ami (qui périra), Adolphe Poult, il sauve personnellement de la noyade plusieurs dizaines de personnes.
Le président Gaston Doumergue lui décerna alors le titre de chevalier de la Légion d'honneur (déchu depuis par
décision de justice) et la Médaille d'or des belles actions. Brillant haut fonctionnaire, couvé par le radical-socialisme du sénateur et patron de presse (La Dépêche du Toulouse) Maurice Sarraut
et de son frère Albert Sarraut (député, président du conseil et ministre sous la IIIe République), il est détaché à la Présidence du Conseil afin de diriger le service technique chargé de la
reconstruction des départements sinistrés du Midi.
À seulement 22 ans, il est chef adjoint de cabinet de Pierre Cathala ministre (radical) de l'Intérieur. En 1933,
il est sous-préfet. En 1935, il est directeur général du cabinet du ministre de l'Agriculture. En 1936, Roger
Salengro, ministre de l'Intérieur du Front populaire, lui confie la responsabilité du fichier central à la Sûreté nationale. En avril 1938, Albert Sarraut, ministre de l'intérieur, le nomme
sous-préfet de Vitry-le-François, dans la Marne.
En 1939, René Bousquet devient secrétaire général de la préfecture de Châlons-sur-Marne, puis préfet de la Marne, en 1940, après l'armistice. Âgé de 31 ans, il est ensuite préfet régional (le
plus jeune de France) en septembre 1941 où il se distingue en maintenant en fonction les élus radicaux et francs-maçons (il avait lui-même été initié), ce qui lui vaut d'être la cible des
quolibets de Je suis partout. Il favorise également l'évasion de certains prisonniers de guerre et
parvient à épargner la colonisation économique de la Marne par l'Allemagne nazie. En 1942, l'amiral François
Darlan lui propose les ministères du Ravitaillement et de l'Agriculture qu'il refuse par deux fois. En avril 1942, au moment précis où les SS prennent, en zone occupée, la responsabilité du
maintien de l'ordre, Pierre Laval le nomme au secrétariat général à la police avec délégation générale et permanente
de signature du chef du gouvernement. S'engageant à maintenir l'« ordre public », René Bousquet obtint la fin de la subordination directe de la police française à l'occupant allemand et un peu
d'autonomie, en acceptant de les satisfaire de son mieux (lettre du 18 juin 1942 adressée à Karl Oberg, chef
des SS en France).
Il obtint également que tous les services de police soient réunis sous ses ordres contrairement aux vœux du commissaire général aux Questions juives Louis Darquier de Pellepoix dont il supprima ainsi la police antijuive. Oberg louera par la suite l'efficacité technique de René Bousquet, approuvé par Reinhard Heydrich, chef de l'Office central de sécurité du Reich, qui avait conclut au regard de son expérience « qu'une large
autonomie de la police et de l'administration réaliserait les meilleurs résultats ». René Bousquet a également négocié avec les responsables de la police allemande un accord (connu sous le nom
d'« Oberg-Bousquet ») qui était en réalité une « déclaration » unilatérale d'Oberg, présentée le 8 août 1942
devant tous les préfets régionaux. Le chef des SS reconnaissait alors théoriquement l'« indépendance » de la police et de la gendarmerie nationale, qui ne devaient plus être obligées de fournir
des otages, ni des personnes arrêtées par les Français. Or, trois jours plus tard, à la suite de l'assassinat de 8 Allemands, la police française dut livrer 70 otages français, que les occupants
exécutèrent (dont 57 arrêtés par les Français pour des délits d'opinion : distribution de tracts, aide aux évadés, suspicion de communisme...).
Le 2 juillet 1942, René Bousquet et Karl Oberg organisent la préparation des arrestations des 16 et 17
juillet, dans la région parisienne (Rafle du Vélodrome d'Hiver). En échange de l'ajournement des déportations de Juifs français, René Bousquet proposa de « faire arrêter les Juifs étrangers dans
toute la France ». Cet engagement de René Bousquet à assurer l'exécution des rafles de Juifs étrangers sera approuvé, le 3 juillet, par Pierre Laval. Il s'ensuivit l'arrestation de plus de 13 000
Juifs à Paris le 16 juillet 1942 et d'environ 10 000 Juifs à travers la Zone Sud le 26 août. Le 22 août, il recommande aux préfets de sévir contre les fonctionnaires manquant de zèle. Déçu par le
résultat de la grande rafle, il communique aux préfets le 30 août afin d'attirer leur attention sur cet écart sensible entre le nombre d'israélites étrangers recensés et le nombre d'arrêtés. Il
ordonne la poursuite et l'intensification des opérations de police en cours.
Certains enfants, réfugiés dans des foyers après l'arrestation de leurs parents, le 26 août, furent ainsi récupérés par les policiers français et déportés en Allemagne. À la suite des rafles
commises par les Allemands en Zone dite « Libre », effectuées dans les camps d'internement gérés par l'administration du gouvernement de Vichy, durant l'été 1942, quelques évêques et cardinaux
protestèrent. Mais René Bousquet les fit taire en menaçant de supprimer leurs subventions et les privilèges fiscaux des écoles catholiques. Cette argumentation sera reprise directement par Laval.
En septembre 1942, il reçoit un message du Consistoire Central Juif « expliquant qu’il a été établi par des informations précises et concordantes que plusieurs centaines de milliers d'israélites
ont été massacrés en Europe Orientale ou y sont morts à la suite de mauvais traitements ». Sous prétexte de ne pas séparer les familles, Laval fait inclure dans les convois de déportation les
enfants juifs de moins de 16 ans, alors que les Allemands ne le demandaient pas.
Bousquet exécute la mesure, et renonce lui-même à ne pas inclure les enfants de moins de 2 ans. Or les enfants sont déportés séparément de leurs parents par ses services, le plus souvent après
avoir été arrachés à leurs mères dans les camps d'internement français. Aucun signe d'identité n'indique le nom et la famille des bébés et des jeunes enfants installés dans les convois séparés.
Même en ignorant ou en voulant ignorer l'extermination qui les attendait à l'arrivée, René Bousquet pouvait-il sérieusement les croire capables, à l'arrivée en Pologne, d'indiquer eux-mêmes qui
étaient leurs parents ? En tout cas, cette contradiction entre l'argument humanitaire officiel et la réalité crue sur le terrain ne semble pas l'avoir particulièrement préoccupé. En avril 1943,
Bousquet rencontra Heinrich Himmler durant plus de cinq heures lequel se déclara « impressionné par la
personnalité de Bousquet » et le qualifia de « collaborateur précieux dans le cadre de la collaboration policière ».
Parallèlement, René Bousquet joua un rôle essentiel de conseiller auprès de Pierre Laval aux côtés de Jean Jardin et
Charles Rochat, le secrétaire général du Quai d'Orsay. Le chef du gouvernement lui faisait souvent lire ses discours. Bousquet est alors à l'époque l'objet de condamnations à mort par la radio de
Londres mais il est aussi détesté dans les milieux de la collaboration que ce soit par Joseph Barthélémy, ministre de la Justice, évoquant, dans ses « Mémoires » la « joie enfantine » de Bousquet
« à étaler son tableau de chasse, le nombre des arrestations » ou encore par les journaux collaborationnistes, tel « Au pilori », qui dénonce ce « bellâtre montalbanais » et ses amitiés
francs-maçonnes. Le 2 décembre 1943, l'artisan du rapprochement entre certains radicaux et Laval, Maurice Sarraut, est assassiné.
Les assassins sont des miliciens. René Bousquet fait alors de leur arrestation une affaire personnelle mais la Milice et les collaborationnistes demandent à Berlin sa révocation. Après avoir ordonné quelques libérations et détruit
ses archives, Bousquet qui reste opposé à toute déportation des juifs français démissionne le 31 décembre 1943. Son remplaçant sera Joseph Darnand, chef de la Milice. Mis
« en disponibilité », il est placé sous surveillance pendant une dizaine de jours dans une villa de Neuilly et prend ensuite la route de l'Allemagne à bord d'une voiture mise à disposition par
son ami Karl Oberg. Durant le premier semestre 1944, il est encore une des bêtes noires de la presse
collaborationniste, qui l'accuse de n'avoir participé à l'administration de Vichy que pour favoriser la Résistance. Ainsi, Jean-Paul Martin, son directeur de cabinet, rendait également des
services à certains réseaux de Résistance. Bousquet est en Bavière prés du lac de Starnberg au moment de la défaite allemande. Il revient alors en France paré du titre de « déporté en Allemagne
». Il retourne alors auprès de Laval pour lequel il rédige, à Fresnes, les notes dont celui-ci avait besoin pour la préparation de son procès et passe auprès de lui une partie de la nuit
précédant son exécution. Après la guerre, René Bousquet eut la chance d'être l'avant-dernier Français à comparaître en Haute Cour de justice, en 1949.
L'épuration était alors à bout de souffle, l'opinion plus préoccupée par la guerre froide et les nouveaux problèmes nés de la reconstruction. La réalité et la spécificité du génocide des Juifs
étaient encore très mal perçues, et la communauté juive n'avait elle-même aucun désir qu'on insiste sur ses particularités et sur son sort tragique. La place faite dans les médias d'après guerre
aux rafles de l'été 1942 fut de ce fait relativement limitée. Enfin, l'accusation ne se montra pas particulièrement acharnée, et la défense habile de Bousquet fit le reste. Au terme d'un procès
de trois jours, René Bousquet fut acquitté par la Haute Cour de justice du chef « d'atteinte aux intérêts de la défense nationale » mais déclaré « convaincu du crime d'indignité nationale »
frappant automatiquement tous ceux qui avaient accepté de participer aux gouvernements de l'époque vichyste, et condamné à la peine minimale de « cinq ans de dégradation nationale ». Il en fut «
immédiatement relevé pour avoir participé de façon active et soutenue à la résistance contre l'occupant ».
Écarté de la haute fonction publique, Bousquet n'en allait pas moins poursuivre une brillante carrière à la Banque d'Indochine et dans la presse. C'est notamment à cette époque que Jean-Paul
Martin, son ancien collaborateur à Vichy, devenu directeur de cabinet du ministre de l'outre-mer François Mitterrand mit en contact les deux hommes. En 1957, le Conseil d'État consentit à lui
rendre sa Légion d'honneur, et l'ancien secrétaire général à la Police de Vichy fut même amnistié le 17 janvier 1958. Il se lança alors dans la politique à l'occasion des élections législatives
de 1958, et fut candidat (soutenu par l'UDSR) dans la troisième circonscription de la Marne avec pour suppléant Hector Bouilly, un conseiller général radical-socialiste.
Avec seulement 4 461 voix, Bousquet rassembla moins de 10 % des suffrages, tandis que la Marne élisait trois députés UNR. Après la mort en 1959 de son ami Jean Baylet, Bousquet siégea au conseil
d'administration de La Dépêche du Midi, dont il anima un temps la direction aux côtés de la veuve de celui-ci, et fit ainsi campagne en faveur de François Mitterrand en 1965, avec une ligne
éditoriale anti-gaulliste. Le journal ira jusqu'à s'opposer au vote des femmes, lors du référendum initié par le Général de Gaulle.
La Dépêche du Midi gardant alors une forte influence, la région Midi-Pyrénées fut l'une des rares (avec Marseille) à voter contre. On note à cette époque l’organisation claire d’un fort courant
anti-gaulliste en Tarn-et-Garonne (et globalement en Midi-Pyrénées). « Il dirige, en réalité, le quotidien toulousain tout au long des années, en surveillant de près sa ligne politique
anti-gaulliste » . C'est en 1971 que Bousquet quitta le conseil d'administration de La Dépêche du Midi et dès lors, coïncidence ou non, le journal abandonna le ton franchement hostile qu'il avait
contre le régime incarné par le Général de Gaulle (1958-1969) puis par Georges Pompidou pour redevenir un
journal régional de gauche modéré.
En 1974, René Bousquet soutint et apporta son concours financier au candidat François Mitterrand contre Valéry Giscard d'Estaing. Une photographie de l'époque témoigne de ces contacts entre les
deux hommes, réunis autour d'une tablée familiale dans la maison de Latche. René Bousquet fréquenta pendant toutes ces années plusieurs centaines d'autres personnalités, ignorantes ou non de ses
agissements à Vichy. René Bousquet siège notamment au conseil d'administration d'UTA (Union des transports aériens), dirigée par Antoine Veil (mari de Simone Veil), qu'il avait déjà connu aux
Chargeurs réunis. En 1978, suite à l'entretien accordé par Louis Darquier de Pellepoix à L'Express,
Antoine Veil obtient la démission de René Bousquet. En 1981, après la victoire de François Mitterrand aux élections présidentielles, René Bousquet se rendra à l'Élysée « pour parler politique ».
« Je l'écoutais comme on écoute un chroniqueur politique. Il me voyait comme un continuateur d'une carrière qu'il n'avait pas pu faire » (déclaration de François Mitterrand à Pascale
Froment).
À partir de 1986, quand les accusations portées contre René Bousquet prennent de la consistance, les rencontres se font plus rares jusqu'à cesser. Une instruction judiciaire est menée et François
Mitterrand est accusé d'intervenir dans la procédure pour la freiner. Ainsi, la décision du parquet général de Paris de renvoyer Bousquet devant une Cour de Justice qui n'existe plus suscite
l'ire de Jean Pierre-Bloch parlant d'« enterrement de première classe ». François Mitterrand est nommément visé quand les juristes de la mission de la Fédération internationale des droits de
l’homme font savoir qu'« il y a une décision politique au plus haut niveau de ne pas faire avancer l’affaire Bousquet », accusations relayées par Laurent Greisalmer dans Le Monde : « le dossier
s’enlise dans les dédales du Palais de Justice, guidé par des mains expertes… la Justice montre sa dépendance et le chef de l’État n’explique pas les raisons qu’il a d’épargner le procès
Bousquet. » .
En 1989, l'association des Fils et filles de déportés juifs de France de Serge Klarsfeld, la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes et la Ligue des Droits de
l'Homme, déposèrent plainte contre René Bousquet pour crimes contre l'humanité dans le cadre du dossier de la déportation de 194 enfants de six départements du sud de la France. Il fut inculpé en
1991 et l'instruction était achevée lorsqu'il fut assassiné de cinq balles par Christian Didier le 8 juin 1993. Ce dernier sera condamné par la Cour d'assises de Paris en novembre 1995 à dix ans
de prison pour être libéré le 24 février 2000 de la prison centrale de Toul.
Ainsi, René Bousquet n'a jamais été jugé pour crimes contre l'humanité et bénéficie de ce fait de la présomption d'innocence. Il est enterré au cimetière de Larrazet dans le Tarn-et-Garonne. Jean
Leguay, son représentant en zone occupée de mai 1942 à janvier 1944, fut le premier Français inculpé de « crimes contre l'humanité » pour la rafle du Vel' d'Hiv, en juillet 1942. L'ouvrage de
Henri Raczymow, L'homme qui tua René Bousquet, contribue à une introduction à des recherches sur la personnalité de Christian Didier. L'Humanité regretta au moment du procès de Christian Didier «
qu’il n’y ait pas d’association de victimes de la répression nazie pour demander, comme l’avait fait Me Alain Lévy, avocat de la FNDIRP : à qui profite le crime ? La réponse ne serait sûrement
pas à chercher du côté des victimes. C’est à Bousquet et à ses amis que Christian Didier a rendu service. »
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