Dariac Adrien

Publié le par Mémoires de Guerre

Adrien Louis Dariac, né à Périgueux (Dordogne) le 14 juin 1868 et mort le 13 juin 1949 à Contres (Loir-et-Cher), est un homme politique français. 

Dariac Adrien

Carrière

Après avoir fait ses études à Paris et accompli comme engagé conditionnel une année de service militaire au 39e régiment d'artillerie, Adrien Dariac, en 1890, entra, par concours, comme rédacteur au Ministère de l'Agriculture. Il devint en 1895, au moment du troisième Cabinet Ribot, le secrétaire particulier du Ministre de l'Agriculture, Antoine Gadaud, puis fut de 1896 à 1905, bibliothécaire-archiviste du ministère. Il se signala alors par ses travaux sur le budget de l'Agriculture qui lui valurent en 1905 le ruban de Chevalier de la Légion d'Honneur, et assista comme Délégué du Gouvernement français au Congrès international d'Agriculture qui se tint à Rome en 1903, puis à la conférence réunie dans la même ville en 1905, pour la création d'un Institut international d'agriculture. En 1905, le Ministre de l'Agriculture du deuxième Gouvernement Rouvier, Joseph Ruau, le choisit comme Directeur de son Cabinet, et Adrien Dariac conserva cette fonction jusqu'au début de 1907 où il fut nommé Inspecteur général des services administratifs des établissements d'enseignement agricole.

Lorsqu'aux élections générales législatives du 24 avril 1910, il se présenta pour la première fois devant les électeurs, il pouvait donc se prévaloir de titres qui le préparaient à se faire au Parlement le spécialiste des questions économiques et plus encore des questions agricoles, mais il pouvait invoquer aussi, outre l'expérience acquise dans sa carrière administrative et son grade de Chevalier de la Légion d'honneur, les grades de Commandeur du Mérite Agricole et d'Officier de l'Instruction publique, la médaille d'Or de la Mutualité, la récompense décernée par la Société de topographie de France au manuel de topographie qu'officier de réserve il avait rédigé, enfin sa collaboration à plusieurs publications agricoles et à plusieurs revues, comme le Parlement et l'opinion ou la Revue politique et parlementaire où il avait notamment publié, en 1901, une étude sur « De Witte et l'essor économique et financier de l'empire russe ».

Il choisit de se présenter dans l'Orne, dans la circonscription d'Alençon, dont le député était depuis 1902 un monarchiste, le duc de Lévis-Mirepoix ; il le fit avec l'investiture de l'Alliance républicaine démocratique, comme « candidat d'Union républicaine », « également éloigné des collectivistes et de ceux qui nourrissent le projet insensé de rétablir les régimes déchus ». Soutenu par le journal l'Avenir de l'Orne, il bénéficia en outre de l'appui du Préfet ce qui donna à sa candidature un caractère quasi-officiel que les journaux de droite dénoncèrent avec véhémence. Il recueillit 7.012 voix sur 13.950 votants, le député sortant n'obtenant que 6.776 suffrages, et fut élu. Ainsi commençait une longue carrière parlementaire qui ne prit fin qu'avec la troisième République.

Les électeurs d'Adrien Dariac assurèrent en effet six fois de suite sa réélection : le 26 avril 1914, au premier tour de scrutin, sous la même étiquette qu'en 1910, par 7.224 voix sur 13.448 votants, contre 5.711 voix au candidat de la Fédération républicaine, Moussard ; le 16 novembre 1919, sur la liste d'Union républicaine démocratique - avec deux autres députés sortants, Roulleaux-Dugage et de Ludre - par 36.704 voix sur 58.737 votants ; le 11 mai 1924, sur la liste d'union nationale républicaine démocratique groupant les quatre députés sortants, avec 41.519 voix sur 66.176 votants ; le 22 avril 1928, comme républicain de gauche, avec 6.459 voix contre 4.825 au candidat de l'U.R.D., de Moulins de Rochefort, sur 12.083 votants ; les 1er et 8 mai 1932, comme radical indépendant, au deuxième tour de scrutin, avec 6.333 voix contre 5.274 au démocrate populaire Cornilleau sur 11.800 votants ; les 26 avril et 3 mai 1936 enfin, comme républicain de gauche, au deuxième tour également, avec 6.597 voix contre 3.478 au même Cornilleau, sur 11.088 votants.

Dès son entrée à la Chambre, Adrien Dariac, inscrit au groupe de la gauche démocratique, déploya une grande activité. Appartenant simultanément ou successivement aux Commissions de l'Agriculture, des Boissons, des Pensions civiles, de la Législation fiscale, des Comptes définitifs et du Budget, il déposa plusieurs propositions de loi dont l'une relative aux pensions de retraites des préposés des Eaux et forêts, l'autre - dont il fut lui-même le Rapporteur - aux ventes aux enchères des chevaux et des bestiaux, une troisième concernant l'organisation administrative du territoire et tendant à créer des conseils cantonaux groupant les communes de moins de 2.000 habitants (1912). Mais surtout, dès cette législature, ses compétences furent mises à profit par les Commissions auxquelles il appartenait et en premier lieu par la Commission de l'Agriculture : en leur nom, il déposa de nombreux rapports ou avis sur des propositions ou projets de loi relatifs, par exemple, à la répression des fraudes et au mouillage et sucrage des vins (1911), à la protection des appellations d'origine (1912 et 1913), à la sécurité des travailleurs employés aux machines agricoles (1913), à l'extension de la législation sur les accidents du travail aux exploitations agricoles, à l'établissement d'usines hydrauliques sur la Durance (1914). Il fut en outre le Rapporteur du budget de l'Agriculture pour l'exercice 1914. Il avait pris part à la discussion des budgets de 1911 et 1912, mais était aussi intervenu en 1911 au sujet de la composition des cabinets ministériels et au sujet des emplois réservés. En 1913 il demanda à interpeller le Gouvernement sur sa politique agricole et participa à la discussion de la loi sur le service militaire de trois ans.

Au début de la législature suivante, Ribot lui confia, dans son quatrième Cabinet, le portefeuille de l'Agriculture ; mais formé le 9 juin 1914, le Ministère démissionna quatre jours plus tard. C'est comme Député, et non comme Ministre qu'Adrien Dariac allait donner sa mesure pendant les hostilités, après avoir servi quelque temps, à l'époque de la mobilisation dans l'intendance de l'armée territoriale. Inscrit au groupe des républicains de gauche, auquel il allait rester fidèle jusqu'en 1928, membre des Commissions des Crédits, du Budget, de l'Agriculture, du Suffrage universel, puis à partir de 1918, de la Commission de contrôle du ravitaillement et des réquisitions, et, en 1919, du comité de surveillance de la liquidation des stocks, il ne déposa pas moins de cinquante rapports ou avis, la plupart au nom des Commissions de l'Agriculture ou du Budget, et portant en particulier sur les importations de bétail, les haras, les syndicats d'élevage (1915), l'exécution des travaux agricoles pendant la guerre, la culture des terres abandonnées (1916), la reconstitution agricole des régions envahies, la répartition de la main-d'œuvre des prisonniers de guerre (1917), les permissions agricoles, le crédit mutuel agricole, la culture du lin et du chanvre, le ravitaillement des civils en blé et farine (1916), la taxation du blé (1917), l'organisation de la production du blé (1918), la création de restaurants populaires (1919), l'institution d'un office central des produits chimiques agricoles (1918), l'organisation du service forestier (1919), et sur les budgets de l'agriculture et du ravitaillement des exercices 1918 et 1919.

Mais Dariac déposa aussi, à titre personnel, trois propositions de résolution (1918) relatives à la citation des militaires tombés au champ d'honneur, à la création de coopératives militaires et à la fondation d'un institut de recherches expérimentales agronomiques. Il fut aussi l'un des signataires d'une proposition tendant à créer un office national de crédit agricole. Il prit part, soit à titre personnel, soit, le plus souvent, en qualité de rapporteur, à presque toutes les discussions intéressant l'agriculture et le ravitaillement ; en septembre 1917, il interpella le gouvernement sur sa politique en matière de ravitaillement et déposa et fit adopter un ordre du jour qui, tout en lui exprimant la confiance de la Chambre, lui traçait certaines directives. Si la onzième législature avait vu Dariac à la peine, la douzième le vit en même temps à l'honneur. Les républicains de gauche l'appelèrent à présider leur groupe ; le 25 septembre 1920 et le 3 juin 1921, il déposa des ordres du jour de confiance qui furent adoptés. Il siégeait aux Commissions des crédits, du suffrage universel, de l'agriculture, de l'Algérie et à la Commission des finances qui fit de lui un de ses vice présidents, puis, en mars 1922, son président. C'est à ce titre qu'il prit part à la discussion du budget de l'exercice 1923, à celle de divers projets comportant des ouvertures de crédits, du projet établissant un double décime sur l'ensemble des contributions (1923) et du projet portant création de nouvelles ressources fiscales et instituant une Caisse des pensions de guerre (1924). Auparavant, de 1920 à 1924, Dariac avait été le rapporteur en quelque sorte attitré du budget de l'Agriculture ; il avait en outre formulé l'avis de la Commission de l'agriculture sur deux projets relatifs aux écoles d'agriculture et à l'enseignement agricole. En 1920, il avait enfin, en déposant une proposition de résolution, essayé de susciter une réforme du régime de l'impôt sur le chiffre d'affaires.

La douzième législature marqua un certain ralentissement de son activité : toujours membre des Commissions du suffrage universel et des finances, mais n'assumant plus la présidence de cette dernière, il proposa de créer deux sous-secrétariats d'Etat aux Finances (1925) et un Comité consultatif des finances (1927), déposa le 9 juillet 1926 un ordre du jour de confiance à l'issue de la discussion d'interpellations sur la politique financière, présenta des observations sur le budget de 1925, et intervint dans plusieurs débats financiers de 1925 à 1926, ainsi que dans la discussion d'une loi d'amnistie (1924). Le 19 juillet 1926, Edouard Herriot lui confia le portefeuille des colonies dans le Ministère qu'il constituait pour la deuxième fois ; mais la seconde expérience ministérielle d'Adrien Dariac fut encore plus brève que la première : dès le 21 juillet, le Cabinet démissionnait. Au cours de la treizième législature, l'activité parlementaire d'Adrien Dariac fut encore plus réduite. Il conserva son siège à la Commission des finances, et abandonna le groupe des républicains de gauche pour celui de la gauche radicale, auquel il allait rester inscrit jusqu'en 1936 ; à cette date ce groupe fit place au groupe de la gauche démocratique et radicale indépendante auquel Adrien Dariac s'inscrivit.

À partir de 1932, on constate un net regain mais aussi une nouvelle orientation de son activité. Dariac, membre de la Commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations, appartient à nouveau à la Commission du suffrage universel et à celle des finances, qui recommence à lui confier souvent les fonctions de rapporteur ; mais les rapports ou avis qu'il dépose touchent non plus à l'agriculture mais aux affaires étrangères. Il rapporte ainsi les budgets des affaires étrangères des exercices 1933 à 1936, - ainsi d'ailleurs que le budget des services administratifs de la présidence du Conseil pour 1936, - et maints projets portant ouverture de crédits destinés à couvrir des dépenses d'ordre diplomatique, par exemple les dépenses relatives à la participation de la France à la Conférence monétaire de Londres ou à la Conférence de réduction des armements (1933), à la mission accomplie par Edouard Herriot aux Etats-Unis en avril et mai 1933, aux négociations franco-suisses sur le régime des zones franches de Haute-Savoie et du pays de Gex (1934), au financement du plébiscite sarrois (1934), à l'ouverture de légations à Djeddah, Pretoria et Bagdad (1935). 

Dariac déposa également des rapports sur des projets relatifs aux taxes appliquées dans les chancelleries diplomatiques et consulaires (1934), sur l'arrangement signé à Genève et concernant la délivrance de certificats d'identité aux réfugiés russes et arméniens (1933) et un avis sur les accords signés à Naples le 18 février 1935 et relatifs au changement de régime dans le territoire de la Sarre. S'il intervint assez souvent dans les débats en qualité de rapporteur, on ne note guère qu'une seule discussion où il ait parlé à titre personnel : celle du projet de loi tendant au redressement budgétaire de mars 1933. Mais il déposa un grand nombre de propositions de loi ou de résolution, par exemple afin d'autoriser et de réglementer la concurrence en matière de fourniture de l'énergie électrique ou pour tenter de mieux assurer la protection des cultures contre les ravages du gibier (1933) ou pour protéger de la concurrence étrangère l'industrie française des lampes de T.S.F. (1936), mais surtout pour réclamer la création d'un Conseil supérieur, puis d'un Comité consultatif de l'information nationale, la nationalisation des services de propagande à l'étranger (1933), l'organisation de services permanents pour la Présidence du Conseil (1934) et le remaniement des circonscriptions administratives et la simplification et la décentralisation de l'administration (1934).

Enfin, au cours de la seizième législature, Adrien Dariac, membre des Commissions de l'administration générale et du suffrage universel, se signala en déposant encore plusieurs propositions de loi ou de résolution, afin de demander la nomination d'une Commission de trente-trois membres chargée de préparer la réforme de l'Etat (1936) - il intervint dans la discussion de cette proposition et ce fut sa seule intervention publique de la législature - afin de suggérer la création d'un haut-commissariat de l'information nationale (1936) puis celle d'un Ministère de la propagande regroupant tous les services d'information (1938 et 1939), enfin pour faire rétablir à 65 ans la limite d'âge pour l'admission à la retraite des directeurs et sous-directeurs de Ministères (1938). Au Congrès du 10 juillet 1940, à Vichy, il vota la loi donnant le pouvoir constituant au maréchal Pétain. Il renonça ensuite à toute activité politique et se retira à Contres, où il se consacra à la rédaction de ses mémoires et où il mourut à l'âge de 81 ans, le 13 juin 1949.

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