Darquier de Pellepoix et l'antisémitisme français

Publié le par L'Histoire par Laurent Joly

Darquier de Pellepoix a été, avec Henry Coston, Lucien Rebatet et quelques autres, l’un des forcenés de l’antisémitisme français dans les années 1930 et sous l’Occupation. Son nom a été relancé en 1978 par un journaliste de L’Express qui réussit à l’interviewer en Espagne grâce à un micro dissimulé.

Darquier de Pellepoix et l'antisémitisme français

Le titre de l’entretien reprenait un des propos fracassants de Darquier : « A Auschwitz, on n’a gazé que les poux. » En bon antisémite, il n’avait jamais considéré les Juifs qu’en parasites.

Laurent Joly, déjà biographe de Xavier Vallat, premier commissaire général aux Questions juives de Vichy, retrace ici avec précision l’itinéraire politique de Darquier de Pellepoix, qui fut son successeur.

Le premier chapitre retrace l’évolution de l’antisémitisme français, depuis le début des années 1880 jusqu’au moment où, au lendemain des manifestations du 6 février 1934 contre le gouvernement Daladier, Louis Darquier de Pellepoix particule fantaisiste entre en scène.

Fils d’un médecin radical, ancien combattant courageux, un moment éleveur de moutons en Australie, Darquier participe, sous la bannière de l’Action française, à la journée du 6 février, au cours de laquelle il est blessé. Son séjour à l’hôpital lui donne l’idée de fonder l’Association des blessés et victimes du 6 février 1934, son véritable tremplin politique. Il en tirera un siège de conseiller municipal à Paris, aux élections de 1935.

Du haut de cette tribune officielle, Darquier multiplie les provocations. Il préconise l’annulation des naturalisations effectuées depuis le 11 novembre 1918 et réclame une loi limitant la citoyenneté des Juifs. En 1936, il met sur pied un Club national aux idées fascistes. En 1938, il devient président du Rassemblement antijuif de France et lance La France enchaînée, journal qui relaie L’Antijuif ... Laurent Joly passe au crible toutes ces activités, solidement appuyé sur des sources fort utilement répertoriées en annexe du livre.

Le dernier chapitre est consacré au Darquier de la guerre, à son rôle à la tête des Questions juives, dans l’aryanisation des biens et des commerces juifs. Et dans la déportation. C’est Darquier qui est responsable en titre de la grande rafle du Vel’ d’Hiv’, même si la responsabilité de fait appartenait à René Bousquet. Darquier a su se mettre à l’abri dans l’Espagne de Franco dès avant le débarquement du 6 juin 1944.

L’étude de Laurent Joly, très factuelle, mais remarquablement documentée, permet de mesurer jusqu’où a pu aller en France le délire antisémite.

Publié dans Articles de Presse

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