Defonseca Misha

Publié le par Roger Cousin

Defonseca MishaMisha Defonseca, de son vrai nom Monique De Wael, est une écrivaine belge née le 12 mai 1937 à Etterbeek de parents catholiques. Elle est connue pour s'être présentée comme la protagoniste de l’« incroyable histoire vraie d’une rescapée de la Shoah », le récit d’une petite fille qui aurait traversé l’Europe à pied et parcouru 3 000 km, à la recherche de ses parents, protégée par des loups. Cette histoire a été retracée dans un livre à succès, Survivre avec les loups, écrit en collaboration avec Vera Lee, et un film français du même nom. Ce récit de voyage est en fait une invention de même que la judéité des parents et de l’auteur à l’époque des faits qu’elle relate.

Elle a quatre ans quand ses parents sont arrêtés par les nazis, le 23 septembre 1941, pour résistance à l’occupant. Selon certaines sources, Robert De Wael, son père, aurait accepté le marché proposé par les nazis : pouvoir voir sa fille Monique De Wael s’il livrait les noms des membres de son groupe. Il aurait même participé aux interrogatoires de ses compagnons d’armes et aidé ainsi au démantèlement du « Groupement des Grenadiers », le réseau de résistance qu’il avait lui-même fondé en novembre 1940.

Il est ensuite envoyé à Cologne puis emprisonné dans différents endroits avant d’être transféré à Sonnenburg à la frontière germano-polonaise où il meurt d’épuisement en 1944. Joséphine Donvil, son épouse, passe, elle aussi, de prison en prison avant d’être déportée à Ravensbruck où elle meurt en février 1945. À la libération, le nom de son père a été effacé de la plaque de pierre apposée sur les murs de la maison communale de Schaerbeek en l’honneur des fonctionnaires locaux victimes des nazis. À l’arrestation de ses parents, la petite Monique est recueillie par son grand-père puis son oncle. Ils l’appellent la « fille du traître ». Elle commence alors à s’identifier aux victimes de la Shoah et peu à peu s’invente une autre vie, celle de Misha, une petite fille juive qui aurait traversé l’Europe pour rejoindre ses parents internés en camp de concentration. En même temps, elle se passionne pour les loups. Elle raconte : « Et j’ai tout mélangé. Il est des moments où il m’est difficile de faire la différence entre ce qui a été la réalité et ce qu’a été mon univers intérieur. » Convertie au judaïsme, elle émigre aux États-Unis en 1985.

Son mari Maurice Defonseca parvient à la convaincre de parler de son histoire après l’avoir racontée dans la communauté juive. Jane Daniel, à la tête d’une petite maison d’édition, Mt. Ivy, la remarque et parvient à la convaincre d’écrire son histoire. Vera Lee, une ancienne universitaire qui maîtrise parfaitement le français aide Misha à mettre en forme ses souvenirs. En 2001, elle confie au Boston Globe que, au fur et à mesure de l’avancement du récit, l’éditrice s’est de plus en plus impliquée dans la rédaction réclamant plus d’émotion et de sentiments. Daniel, elle, prétend n’être intervenue que pour sauver le manuscrit. À sa sortie, le livre, Misha: A Memoire of the Holocaust, n’est vendu qu’à 5 000 exemplaires aux États-Unis. Aux États-Unis, l’historienne Deborah Dwork, auteur d’un livre sur les enfants juifs dans l’Europe nazie et Lawrence L. Langer ont, dès avant la publication de l’ouvrage, exprimé leur scepticisme, mais Elie Wiesel et la présidente de la Fondation nord-américaine pour les loups ont accepté d’écrire d’élogieuses notes de jaquette pour le livre.

L’ouvrage est traduit en 18 langues (titre français : Survivre avec les loups) et obtient un certain succès en France et en Italie. Le livre commence à intéresser les productions Walt Disney et la présentatrice Oprah Winfrey. Mais tout s’arrête quand on apprend que Misha Defonseca et Vera Lee ont attaqué Jane Daniel en justice pour non respect du contrat. Hormis le journaliste allemand Henryk M. Broder qui, après avoir rencontré Misha Defonseca, faisait part dès 1996 dans Der Spiegel de ses sérieux doutes quant à la plausibilité de ce récit, personne en Europe n’ose à cette époque mettre en cause sa véracité. Mais un différend commercial oppose Misha Defonseca à son éditrice. Jane Daniel est condamnée à verser une somme de 22 millions de dollars à Misha Defonseca. À partir d’août 2007, Jane Daniel publie sur son blog des pièces : extrait d’acte de naissance, inscription à l’école dévoilant le faux. Après la sortie du film de Vera Belmont en janvier 2007, la polémique enfle, finalement reprise par le quotidien belge Le Soir.

Après s’être défendue avec véhémence, l’auteure finit le 28 février par révéler la supercherie. Elle ajoute à la fin de ses « aveux » : « Je demande pardon à tous ceux qui se sentent trahis, mais je les supplie de se mettre à la place d’une petite fille de quatre ans qui a tout perdu, qui doit survivre, qui plonge dans un abîme de solitude et de comprendre que je n’ai jamais rien voulu d’autre que de conjurer ma souffrance. » Ce n’est pas le premier cas de mystification dans la littérature de la Shoah. Binjamin Wilkomirski dans son livre Fragments d’une enfance, 1939-1948 rapporte le traumatisme psychologique connu par un adulte qui a été déporté enfant dans un camp de la mort et recouvre une partie de sa mémoire par bribes. Ce récit était également un faux.

Publié dans Ecrivains

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