Mémoires de Guerre

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Disparition du grand résistant Pierre Sudreau

Publié par L'Humanité - Charles Silvestre sur 23 Janvier 2012, 16:15pm

Catégories : #Articles de Presse

L'Humanité publié le 23/01/2012 16h15 Portrait réalisé par Charles Silvestre

Dernier survivant du gouvernement formé par De Gaulle 1958, le centriste Pierre Sudreau est décédé dimanche après-midi à Paris à l'âge de 92 ans. Grand-Croix de la Légion d'honneur, auteur de plusieurs ouvrages dont De l'inertie en politique (1985), il a présidé la Fondation de la Résistance. Pierre Sudreau était devenu, à 23 ans, le plus jeune chef d'un réseau de Résistance. Il connaît la torture, est mis à l'isolement de longs mois dans la prison de Fresnes avant d'être déporté dans le camp de concentration de Buchenwald.

Pierre Sudreau"Pierre Sudreau n'a jamais oublié ces mots du général de Gaulle, lancés lors de leur première rencontre. Il sera nommé ministre, le restera jusqu'en 1962.

Portrait.

À le voir marcher d'un pas mesuré mais décidé, pour ses quatre-vingt-huit ans, vêtu avec une sobre élégance, coiffé d'une casquette à carreaux de gentleman, puis peser ses mots avec douceur, on a du mal à imaginer que l'homme a côtoyé la pendaison à plusieurs reprises.

Résistant, arrêté par la Gestapo le 10 novembre 1943, à Paris, torturé, il est pendu par les poignets vingt heures durant. Sur le point de céder, son compagnon Jean-Maurice Hermann, lui dit : « Mieux vaut la mort. Il faut savoir quitter la vie avec dignité. » Il lui voue depuis une reconnaissance éperdue. Déporté à Buchenwald, en mai 1944, il apprend avec Stéphane Hessel qu'ils vont être pendus. Un détenu tchèque les prévient à temps. Un mort du crématorium prendra le nom de Hessel. Ils deviennent, jusqu'à sa libération en 1945, des clandestins du camp.

La vie de Pierre Sudreau, c'est la Résistance. Et son grand homme, c'est le général de Gaulle. Sans en devenir un inconditionnel. À la Libération, il lui est présenté. « Mais, c'est un gosse », dit de lui l'homme du 18 juin, à la vue d'un garçon tondu et amaigri. On lui rappelle les états de service du « gosse ». Il a ces mots : « Alors, qu'il serve l'État, comme Jean Moulin. » L'intéressé ne les oubliera pas de sitôt.

Il ne sera pas oublié. Fin mai 1958, le général le convoque et lui lance à l'issue de l'entrevue : « Au revoir, Monsieur le ministre. » Il se voit confier le portefeuille de la construction. Un ministère technique, dit-il, dans le gouvernement Michel Debré. Avec Georges Pompidou, en 1962, il passe à l'Éducation nationale. À peine quelques mois, démissionnant, en désaccord avec la réforme constitutionnelle et l'élection du président au suffrage universel. « De Gaulle est un rassembleur, il ne doit pas être un diviseur. » Il le lui a dit.

La résistance, toujours la résistance. Parfois, avec des coïncidences qui l'amusent. Il est, de fait, celui qui aura l'idée du TGV. Comme spécialiste du rail, sans doute puisque déjà en 1943 il faisait des maquettes de... déraillements. Et, le voici, aujourd'hui, président des Industries ferroviaires...

Concernant la Résistance, il déteste la discrimination, la querelle. Il n'est pas, et de loin, communiste, mais lorsque Marcel Paul est mis en cause pour son rôle prétendûment partisan à Buchenwald, il rend hommage à son courage, à son dévouement au service de tous. En 1974, en petit comité, on décide de créer la fondation de la Résistance. On lui suggère de la présider, responsabilité qu'il exercera jusqu'à aujourd'hui. Il avance le nom de Marie-Claude Vaillant-Couturier comme vice-présidente. La proposition soulève chez plusieurs participants un tollé : « Comment, dans la direction de la fondation, quelqu'un du Parti communiste ? » Il donne la parole à l'intéressée. Marie-Claude Vaillant-Couturier parle dix minutes. Elle fait l'unanimité. Pierre Sudreau en est très fier".

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