Götzfrid reconnu coupable

Publié le par Leo Marion

JournalLe Soir Belgique publié le 21/05/1999 par Leo Marion

Götzfrid reconnu coupable de complicité dans le meurtre de 17.000 personnes Allemagne: 10 ans pour l'ancien nazi. L'ancien criminel nazi, qui oeuvrait dans le camp de concentration de Maïdanek, a été condamné. Mais il est libre.

Gotzfrid AlfonsLa journée avait été baptisée «Action de la fête de la moisson». En quelques jours à peine, en novembre 1943, environ 42.000 hommes, femmes et enfants avaient été exécutés au bord de fosses communes par environ 3.000 nazis dans les camps de concentration de Maïdanek, de Poniatowa et de Trawniki situés dans le district de Lublin en Pologne. Jeudi, l'un des bourreaux, Alfons Götzfrid, 79 ans, a été condamné à dix ans de prison par le tribunal de Stuttgart.

L'ancien membre de la Gestapo, né en Ukraine, a été reconnu coupable de complicité dans le meurtre de quelque 17.000 personnes, pour la plupart juives, fusillées au camp de Maïdanek. Selon les juges, Götzfrid a tué de sa propre main 500 personnes avant de recharger les armes à feu. Mais estimant qu'il se trouvait au plus bas niveau de la hiérarchie, le parquet ne l'a condamné que pour complicité.

L'ancien nazi a reconnu lui-même avoir participé à «l'action», mais a démenti avoir tiré. Selon lui, il aurait eu la nausée en voyant tous les cadavres et aurait demandé à s'occuper des munitions. Au lendemain de la guerre, il avait pourtant avoué avoir exécuté à lui seul 500 personnes.

Malgré ce jugement tardif, Götzfrid va ressortir libre du tribunal. Car, condamné en 1947 à vingt ans de prison par un tribunal militaire soviétique, il a effectué près de 13 ans de travaux forcés au camp sibérien de Vorkuta. Les juges allemands ont ainsi estimé qu'il avait déjà «expié» sa peine. Il n'a montré aucune émotion à la lecture du verdict, explique Andreas Arndt, porte-parole du tribunal de Stuttgart.




Vérité pour les descendants

C'était probablement l'un des derniers procès de criminel nazi. Environ 4.000 instructions et accusations étaient certes encore en cours en janvier 1996, selon l'Office central de Ludwigs- bourg (sud-ouest de l'Allemagne), chargé de traquer les criminels nazis. Mais peu d'entre elles ont des chances d'aboutir. Car les accusés sont soit encore libres, soit déjà morts, soit trop vieux pour être traduits en justice. A cela s'ajoute parfois le manque de preuves ou de témoignages et la prescription.

Depuis 1945, quelque 600.000 suspects ont été traduits en justice en Allemagne. Mais seules 6.494 condamnations ont été prononcées, dont 13 à mort et 166 à perpétuité. Ce chiffre est décevant , reconnaît Willi Dressen, directeur de Ludwisbourg. Mais l'essentiel aujourd'hui n'est pas le nombre de condamnations des vieillards qui vivent encore. Mais de faire passer le message de la responsabilité de chaque individu, amené à répondre de ses actes un jour ou l'autre. Nous le devons à nous tous et aux victimes .

Créé en 1958 par les Länder, l'Office a joué un rôle central dans la chasse aux criminels nazis en Allemagne. Depuis plus de quarante ans, il rassemble tous les documents relatifs aux crimes du III e Reich, qu'il transmet ensuite aux procureurs. Aucune institution n'a fait autant, ni aussi sérieusement pour l'honneur de l'Allemagne que le centre de Ludwigsbourg , estime le chasseur de nazis Simon Wiesenthal.

Mais aujourd'hui, la question de son avenir a été soulevée par les ministres de la justice des Länder. Le centre coûte aux régions chaque année environ 1,3 millions d'euros. Or l'heure est aux restrictions budgétaires. Mais les ministres, qui devraient trancher en juin prochain, avaient assuré il y a environ deux ans que l'Office serait maintenu jusqu'à la fin de la dernière enquête en cours. Il serait ensuite transformé en centre de documentation.

Cette fonction n'est pas nouvelle. Chaque année, l'institut accueille déjà des centaines d'historiens et de lycéens. Le sociologue américain Daniel Goldhagen y a passé quatorze mois pour rédiger «Les bourreaux volontaires de Hitler». Mais de nombreux particuliers s'y rendent aussi. Le plus souvent, les enfants ou les petits-enfants viennent quelques mois après le décès de leur parent. Ils ont senti le poids du non-dit dans la famille et ont besoin de connaître la vérité , dit Willi Dressen.

Publié dans Articles de Presse

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