Jardin Jean

Publié le par Roger Cousin

Jardin JeanJean Jardin, alias le nain jaune, est un homme politique français né à Bernay (Eure) en 1904 et mort à Paris en 1976. Il fait partie du groupe de l'Ordre nouveau dans les années 1930. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est directeur de cabinet de Pierre Laval. Issu d’un milieu bourgeois, provincial et catholique connaissant bien Marcel Proust, de tendance monarchiste, ce jeune et brillant Rastignac « monte » à Paris pour y intégrer Sciences Po, en plus de la Faculté de lettres et de droit.

Il participe au bouillonnement intellectuel des non-conformistes des années 30 au sein du mouvement Ordre nouveau (sans lien avec celui des années 1970) avec, entre autres, l’historien Robert Aron, le journaliste Alexandre Marc, le philosophe Denis de Rougemont, l’écrivain Daniel-Rops. Jean Jardin commence ainsi à se constituer un réseau de puissantes relations qui lui servira toute sa vie et dont l’activation compartimentée sera sa raison d’être.

En 1933, il rejoint, comme « nègre », le cabinet de Raoul Dautry, directeur de l'Administration des chemins de fer de l'État (qui est incorporée, le 1er janvier 1938, à la SNCF), qui en fait son secrétaire particulier. Il se fait des relations auprès des technocrates, pour la plupart polytechniciens et anticommunistes, occupant des postes importants dans les grandes entreprises et les administrations, tels que Alfred Sauvy, Jules Moch, Gabriel Le Roy Ladurie (directeur de la banque Worms), Auguste Detœuf et Henri Davezac, proches du groupe X-CRISE et favorables au gouvernement de élites. Jean Jardin, à cette époque, est pacifiste et favorable aux accords de Munich de 1938. En janvier 1941, il est chargé de mission au cabinet d’Yves Bouthillier, ministre des Finances de Vichy. Il y travaille sur de grands dossiers, comme l'indemnisation à verser au Troisième Reich, l'aryanisation des entreprises juives et la réforme des sociétés anonymes. Il est l'auteur de nombreux slogans diffusés à la radio relatifs aux mesures économiques initiées par le ministre.

En mai 1942, il est nommé au cabinet de Pierre Laval qui est revenu au pouvoir le 17 avril. Jean Jardin rentre alors dans la période la plus intense de sa vie : maître des fonds secrets, il en fait profiter des opposants, multiplie son réseau, aide discrètement des résistants, rend des services à des Juifs, à d'anciens hommes politiques de la Troisième République et à des intellectuels poursuivis par le régime. En février 1943, il est nommé directeur de cabinet du chef du gouvernement, Pierre Laval. Il fait passer Maurice Couve de Murville en Algérie sous couvert d’une mission à Madrid ; celui-ci deviendra commissaire aux finances du Comité français de la libération nationale à Alger, puis plus tard Premier ministre de la Cinquième République. En tant que haut fonctionnaire de Vichy, il reçoit des membres de la Gestapo chez lui, tout en y logeant secrètement Robert Aron, poursuivi parce qu’il était Juif.

Les ultras de la collaboration, comme Joseph Darnand et Marcel Déat, commencent à se méfier de lui et il fait l’objet d’un attentat manqué, lorsque sa voiture est sabotée. Pierre Laval le nomme alors premier conseiller à l’ambassade à Berne, pour l'éloigner de ces menaces et pour qu'il tente d'entrer en relation avec les Américains, en la personne d'Allen Dulles, chef de station de l'OSS en Suisse. Il y reçoit beaucoup de monde venu de France, dont des agents gaullistes auxquels il fournit de l'aide et des faux papiers ; il en profite également pour favoriser la sortie de son ami Paul Morand de Roumanie où il était ambassadeur du gouvernement de Vichy. Jean Jardin reste comme exilé en Suisse jusqu'en 1947. L’anticommunisme de la Guerre froide fait rentrer à Paris beaucoup d'anciens vichystes et le remet en selle. L'avènement de la Quatrième République est favorable à ce type d’éminence grise. Ainsi, en 1952, il devient un des proches conseillers d'Antoine Pinay, devenu Président du Conseil.

En 1955, il participe à la création d'un quotidien concurrent du Monde, jugé trop à gauche par les milieux d'affaires, Le Temps de Paris, opération qui reste sans suite. En 1958, il favorise une entrevue entre général de Gaulle et Antoine Pinay, ce qui permet à ce dernier de rentrer dans le gouvernement. Pendant dix ans, entre 1958 et 1968, tous les vendredis matins, il est reçu au Quai d’Orsay, par Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères du général de Gaulle. Jean Jardin connait admirablement le Tout-Paris de la politique et des affaires ; il met en relation, propose ses services, suggère conseils et avis discrets à tous ceux qui comptent. Cependant, son rôle politique sous la Cinquième République n'a pas la même importance que sous le régime précédent. Il conserve néanmoins une activité de conseiller auprès de nombreuses sociétés françaises et joue un un rôle important dans la promotion de l'industrie ferroviaire française à l'étranger. Pierre Assouline lui a consacré une biographie sous le titre Une éminence grise – Jean Jardin (1904-1976) (Balland, 1986). Il est le père de Pascal Jardin, essayiste, romancier et dialoguiste et le grand-père du romancier Alexandre Jardin.
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