L'ex-dictateur Idi Amin Dada est mort

Publié le par Le Nouvel Observateur

Le président de l'Ouganda de 1971 à 1979 est mort à l'âge de 80 ans dans un hôpital d'Arabie saoudite, où il était réfugié depuis sa chute. Il était accusé d'avoir fait torturer ou assassiner 500.000 personnes.

L'ex-dictateur Idi Amin Dada est mort

Idi Amin Dada, qui se qualifiait de "pur fils de l'Afrique", a surtout réussi en huit ans d'un extravagant règne meurtrier à la tête de l'Ouganda à devenir le plus terrible et le plus extravagant des dictateurs qui ont traumatisé le continent africain au lendemain de l'indépendance.

Amin Dada est mort samedi à l'hôpital du roi Fayçal de Djeddah, en Arabie saoudite. Admis dans un état critique le 17 juillet dernier, il avait depuis sombré dans un profond coma. Le dirigeant exilé, qui souffrait d'hypertension et d'insuffisance rénale, était âgé de 80 ans selon les autorités ougandaises, même si d'autres sources affirment qu'il était né en 1925.

Enterré à Djeddah

Amin Dada a été enterré à Djeddah samedi, après le coucher du soleil, dans le cimetière Ruwais, a annoncé une personne proche de la famille. Peu de personnes étaient présentes, a précisé cette source qui a souhaité conserver l'anonymat. L'Islam, auquel Dada s'était converti, encourage l'enterrement du défunt le jour de sa mort, si possible.

Ancien champion de boxe poids-lourd et sergent dans l'armée coloniale britannique, il avait pris le pouvoir en janvier 1971 lors d'un coup d'Etat populaire, avant d'être renversé huit ans plus tard, au terme d'une dictature sanglante sous laquelle des centaines de milliers de ses ennemis -réels ou imaginaires- ont trouvé la mort.

Le président Milton Obote, renversé par Amin Dada alors qu'il se trouvait en voyage à l'étranger le 25 janvier 1971, l'a qualifié de "plus grande brute qu'une mère africaine ait jamais mis au monde". Jimmy Carter, président des Etats-Unis de 1976 à 1980, a pour sa part déclaré que les événements qui se sont produits en Ouganda sous sa dictature "dégoûtent l'ensemble du monde civilisé".

Officier apprécié au moment de l'indépendance du pays en 1962 et nommé chef d'état-major de l'armée ougandaise par le président Obote en 1966, il fut bien accueilli à son arrivée au pouvoir dans la jeune république.

Mais très vite, les extravagances du nouveau président et ses accès de violence apparaissent. En 1972, il décrète une "guerre économique" contre la communauté indo-pakistanaise qui forme le gros des commerçants et des industriels du pays. Il en expulse 80.000, ce qui détruit l'économie de son pays, enclavé dans l'est de l'Afrique.

L'homme se proclame président à vie et se décerne une collection de médailles. Surtout, il fait tuer entre 100.000 et 500.000 des 24 millions d'habitants, dont les corps sont jetés dans le Nil quand on n'a plus le temps de creuser des fosses communes. A un moment, il y eut tellement de cadavres dans le fleuve que les conduites de la centrale hydroélectrique de Jinja (Sud) furent bouchées.

"Le pays est couvert de corps"

"Même Amin ne sait pas combien de personnes il a ordonné l'exécution. Le pays est couvert de corps", dira son ami et ancien ministre Henry Kyemba, qui a fui vers la Grande-Bretagne en 1977.

Membre de l'ethnie kakwa, Idi Amin Dada est né à Koboko, dans le nord-ouest du pays, d'un père paysan et d'une mère qui se disait sorcière. Même s'il avait abandonné l'école très tôt, il affirmait en savoir "plus que les docteurs en philosophie, parce qu'en tant que militaire, je sais comment agir".

"Je suis un homme d'action", affirmait-il. Un homme de paroles extravagantes également: Dada a soutenu qu'Hitler "a eu raison de brûler six millions de juifs" et a proposé de porter la couronne de roi d'Ecosse si on lui demandait. Il a défié son homologue tanzanien Julius Nyerere, critique à son égard, à un match de boxe et a souhaité un "prompt rétablissement" au président Richard Nixon, empêtré dans le scandale du Watergate.

L'épisode d'Entebbe lui vaudra aussi de sérieuses inimitiés en Occident. En 1976, un commando palestinien du FPLP détournait un avion d'Air France sur l'aéroport d'Entebbe, gardant les passagers israéliens en otage. Une audacieuse opération commando de Tsahal permettra de les libérer. Amin Dada affirmera ensuite avoir tenté de négocier une solution pacifique, mais de nombreux indices ont montré qu'il était de mèche avec les terroristes.

Dépassant largement le quintal, celui qui s'est lui-même surnommé Dada (grand papa) ne survivra pas à la corruption et la gabegie qui plombera l'économie ougandaise, ainsi qu'à ses ambitions territoriales. Sa tentative d'annexer par la force une partie de la Tanzanie en octobre 1978 se transformera en déroute: la contre-attaque tanzanienne appuyée par les rebelles du FNLO (Front national de libération de l'Ouganda, dirigé par Yoweri Museveni, actuel président du pays) balaiera l'armée ougandaise, avant de rentrer dans Kampala le 11 avril 1979.

Amin Dada, un converti à l'Islam, s'enfuiera alors en Libye, avant de passer en Irak, puis de s'établir en Arabie saoudite à la condition de ne plus faire de politique. Rejoint par l'une de ses deux épouses et ses 22 enfants, l'ex-dictateur déchu vivait depuis dans une belle propriété de Djeddah avec chauffeurs, cuisiniers et employés de maison payés par le royaume wahhabite.

Publié dans Articles de Presse

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