Le Canard enchaîné

Publié le par Mémoires de Guerre

Le Canard enchaîné est un hebdomadaire satirique français, paraissant le mercredi. 

Le Canard enchaîné

Fondé le 10 septembre 1915 par Maurice Maréchal, Jeanne Maréchal aidés par Henri-Paul Deyvaux-Gassier, c’est l’un des plus anciens titres de la presse française actuelle, après Le Figaro (1826), La Croix (1880), Le Chasseur français (1885), Les Échos (1904) et L’Humanité (1908). Pour l’historien Laurent Martin, ce journal très attaché à la protection des sources d'information des journalistes représente « une forme alternative de presse qui n’a guère d’équivalents en France et dans le monde ». Son nom fait malicieusement allusion au quotidien L'Homme libre édité par Georges Clemenceau, qui critiquait ouvertement le gouvernement de l’époque. Ce journal (en français familier ce « canard » ) dut alors subir la censure8, et son nom fut changé en L’Homme enchaîné. S’inspirant de ce titre, Maurice et Jeanne Maréchal décidèrent d’appeler leur propre journal Le Canard enchaîné.

Variante historique du titre : Le Canard déchaîné, du 15 octobre 1918 au 28 avril 1920. Le canard qui orne la couverture et la manchette du journal chaque semaine a été dessiné par Henri Guilac. Le Canard enchaîné a pour sous-titre Journal satirique paraissant le mercredi, et pour slogan « La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas », ce qui résume assez bien la ligne éditoriale de l’hebdomadaire : dénoncer tous les scandales publics (politiques, économiques, judiciaires, etc.) survenant en France mais aussi dans les autres pays. Sa devise, inventée par H.-P. Gassier en 1915, est : « Tu auras mes plumes, tu n’auras pas ma peau ». La stabilité du cadre rédactionnel du journal est l’une de ses caractéristiques. L’hebdomadaire adhère à la charte de Munich, qui assure la protection des sources d'information des journalistes. Les journalistes du Canard tirent leurs informations de plusieurs sources :

  • les sources institutionnelles (communiqués, conférences de presse…) ;
  • leurs collègues d’autres journaux, qui, quand ils ne peuvent publier leurs informations dans leur propre journal, peuvent les transmettre au Canard ;
  • leur carnet d’adresses ;
  • le courrier des lecteurs.

D’après la rédaction, les informations sont vérifiées et recoupées. Parmi les informateurs, seuls ceux qui sont journalistes sont rémunérés. Antimilitariste, on y voit communément une nette sensibilité de gauche. Certains voient en lui, dès ses origines, une gauche anarchiste, voire une droite anarchisante. Il refusera aussi le titre de journal communiste sans renoncer pour autant ni à son indépendance ni à son esprit critique. Il professe un anticléricalisme de bon aloi. Il applaudit quand la gauche arrive au pouvoir (Cartel des gauches en 1924, Front populaire en 1936, Pierre Mendès France, François Mitterrand en 1981) mais avec méfiance et circonspection. Les partis de gauche se sont toujours méfiés de lui. Maurice Thorez, dans un comité central du PCF, fustige « l’esprit blagueur du Canard qui conduit à douter de tout » ; Guy Mollet à la SFIO le poursuit lui aussi de sa vindicte.

Depuis toujours, Le Canard enchaîné est considéré comme un journal politiquement indépendant. Ses partisans disent que, même s’il garde une sensibilité de gauche, il n’hésite pas à dénoncer toutes les dérives des politiques quel que soit leur bord politique. Farouchement attaché à son indépendance éditoriale, le journal refuse les annonceurs. Il reste l’un des derniers journaux d’investigation en France. Ne se référant pas à l’AFP, contrairement à la majorité des quotidiens, Le Canard est connu pour renifler les scoops et n'hésite pas, d'après ses partisans, à publier les scandales quelles que soient leur nature et leur orientation politique. Ses partisans disent qu'à ce titre, il est craint, lu et informé par l’ensemble de l’échiquier politique, et n’éprouve pas plus de compassion envers une défaite d’un parti de gauche ou de droite, qui plus est si c’est un extrême. André Escaro, dessinateur du Canard enchaîné, a déclaré à cet égard : « la tendance actuelle du Canard, c’est l’objectivité. Ni gauche, ni droite ».

Sans recette publicitaire, Le Canard ne vit que de ses ventes et affiche pourtant une belle santé financière. Il refuse d’accueillir dans ses huit pages la moindre publicité, ce qui en fait un cas rare dans la presse hebdomadaire française. En refusant la « manne publicitaire », il est « le seul journal qui renseigne le public sur l’influence nocive de la publicité dans les médias », selon le Groupe Marcuse (Mouvement Autonome de Réflexion Critique à l’Usage des Survivants de l'Économie). Ses statuts (SA Les Éditions Maréchal) le préservent de toute prise en main extérieure (ceci depuis une tentative de prise en main du journal par le groupe Hachette, en 1953) puisque seuls sont actionnaires ceux qui y travaillent, ainsi que les fondateurs (les 1 000 titres du journal sont incessibles et sans valeur). Sa « bonne santé financière » lui a permis de passer à la photocomposition en 1982, puis en publication assistée par ordinateur en 1996. Chaque année les bénéfices sont mis « en réserve » pour assurer l’indépendance financière (ces réserves sont trois fois plus importantes que le chiffre d’affaires annuel).

Ses salariés sont parmi les mieux payés de toute la presse française. En contrepartie, les rédacteurs ne peuvent ni jouer en bourse, ni faire des piges ailleurs, ni accepter de cadeau (notamment des décorations officielles). Les comptes financiers du journal sont publiés chaque année fin août dans le journal. L’hebdomadaire est imprimé le mardi en début d’après-midi. Il est souvent sévère, parfois cruel, y compris avec ses amis. Il n’est cependant pas vindicatif. Ainsi, le capitaine Nusillard, chef de la censure de 1916 à 1918, est devenu par la suite un des plus fidèles abonnés du journal, jusqu’à sa mort à 95 ans, en 1955. Jean Egen, dans Messieurs du Canard, puis Vincent Nouzille, dans un article du Nouvel Économiste en 1993, distingueront « deux clans de journalistes historiquement opposés, les Dionysiaques ou buveurs de vin (tradition du juliénas), rois de la satire, et les Apolliniens ou buveurs d’eau, preux chevaliers de l’information ». Yvan Audouard dira les choses plus simplement pour employer le vocabulaire de la profession en séparant « chroniqueurs » et journalistes d’information.

Le ton employé, humoristique, est celui de la satire et de l’ironie, d’où les nombreuses antiphrases dans les pages du journal, alors que les jeux de mots sont réservés aux titres des articles. Le Canard cherche à être de connivence avec le lecteur « moyen », ce qui explique son langage simple, avec l’emploi de formules issues de la langue du peuple et l’usage de surnoms moqueurs envers des personnalités qu’il critique. C’est ainsi qu’au cours de son existence, on lui doit non seulement des diminutifs de politiciens (« Chichi », « L'Ex »), mais aussi certaines expressions entrées dans le langage populaire, comme « minute Papillon », les « étranges lucarnes » ou enfin « bla-bla-bla ». Le Canard enchaîné titre - logiquement - sur un fait d’actualité (national ou international) et ses manchettes comportent toujours un jeu de mot. Exemples :

  • Juste après l’armistice de 1918, le journal titra : « OUF ! »
  • Après les accords de Munich, le journal paraphrasa le coup de la victoire aux échecs et titra : « TCHÈQUES… ET MAT ! »
  • Lors des élections présidentielles de 1965, le général de Gaulle, convaincu d’être réélu dès le premier tour, ne fait pratiquement pas campagne. Or, le 5 décembre, le premier tour le met en ballotage face à François Mitterrand et un second tour va être nécessaire pour départager les deux hommes. Le Canard titre alors : « De l’appel du 18 juin… à la pelle du 5 décembre ».
  • 3 juin 1998 : « Grève des pilotes et inquiétudes sur le Mondial - La France un peu faible sur ses ailes ». Ici, le jeu de mot permet au Canard de lier deux événements : d’une part, la grève des pilotes d’Air France ; d’autre part, la Coupe du monde de football de 1998 (on est une semaine avant son coup d’envoi) et surtout les sévères critiques dont fait à ce moment l’objet Aimé Jacquet, le sélectionneur de l’équipe française.
  • Lors des grèves du secteur public, face aux revendications salariales et aux refus du Premier ministre Édith Cresson d’augmenter les salaires, le journal titra : « Cresson : pas un radis ! ».
  • À la suite de l'accident nucléaire de Fukushima en 2011, le volatile a titré « Au Japon, la réalité dépasse la fission ».
  • Concernant la crise de la dette publique grecque, il titre par « La Crise grecque ? Pas de quoi en faire un dra(ch)me ! ».
  • À propos de l'abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn aux États-Unis et de la plainte de Tristane Banon, Le Canard titre « Les ennuis sont finis pour DSK ? Banon ! ».
  • À propos du naufrage du Costa Concordia et de l'attitude du commandant, le volatile titre : « Le commandant du Costa Concordia se défend : « Pendant le sauvetage, j'ai toujours gardé les pieds sur terre » ».
Le Canard enchaîné

Avant 2000

  • Affaire Hanau (1928)
  • Affaire Oustric (1929)
  • Affaire Stavisky (1934)
  • La commode à Foccart (1969). En 1969, pendant le bref passage d'Alain Poher à l'Élysée, une commode qui permettait d'enregistrer les autres pièces du palais fut découverte.
  • Affaire de la Garantie foncière, dans laquelle aurait été impliqué un ancien ministre de l'Equipement, Albin Chalandon (1971)
  • Affaire Aranda (1972)
  • Affaire des plombiers, ou encore des « micros », ou « Watergaffe » (1973)
  • L'épectase du cardinal Jean Daniélou (1974)
  • Affaire des diamants de Jean Bédel Bokassa (1979)
  • Affaire Robert Boulin (1979)
  • Affaire de Broglie (1980)
  • Affaire Maurice Papon (1981)

Publication des feuilles d'impôts de diverses personnalités :

  • Jacques Chaban-Delmas (1972), qui a utilisé un moyen alors légal de ne pas payer d'impôt sur le revenu. Le Canard enchaîné, après avoir publié ses feuilles d'impôt singulièrement réduites par l'avoir fiscal, publie au début de 19727 une feuille entièrement vierge, toujours grâce à ce procédé.
  • Jacques Chirac (1972)
  • Valéry Giscard d'Estaing (1979)
  • Marcel Dassault (1979)
  • Jacques Lafleur (1987)
  • Jacques Calvet (1989)
  • L'affaire des avions renifleurs (1983)
  • Affaire des chiffres truqués du chômage (1983)
  • Financement occulte des partis politiques (Affaire Urba- Affaire Gracco, Gifco, HLM de Paris, Cogedim, financement du RPR, financement du CDS, Affaire Michel Noir, Affaire Alain Carignon)
  • Affaire dite du « Carrefour du Développement » (1986)
  • Affaire Luchaire (1986)
  • Affaire Chaumet (1987)
  • Les listes électorales parisiennes sont « revues et trafiquées » par la Mairie de Paris, affirme le Canard en janvier 1989. L'objectif de l'équipe Chirac est de rafler vingt arrondissements sur vingt aux élections municipales de mars 1989. « Le 9 octobre 2006, une quinzaine de seconds couteaux, dont l'ancien maire du IIIe arrondissement Jacques Dominati, ses fils Laurent et Philippe et un ancien chargé de mission de Chirac nommé Guy Legris, se retrouveront sur le banc des accusés. »
  • Affaire de la Société générale et Affaire Péchiney (1989)
  • Affaire du sang contaminé (1989)
  • Affaire Paul Touvier et sa protection par les Chevaliers de Notre-Dame (1989)
  • Affaires de la mairie de Paris
  • Affaire des HLM de Paris
  • Affaire de la Sempap
  • Affaire du prêt sans intérêt de Roger-Patrice Pelat consenti à Pierre Bérégovoy (1993)
  • Affaire Yann Piat (1996)
  • Affaire Jean Tiberi (Avril 1997) (fraudes électorales et faux électeurs)
  • Affaire Elf-Dumas (1998)

2000-2007

  • Affaire du dictionnaire breton (2000)
  • Affaire des frais de bouche (2000)
  • Affaire des terrains du château de Bity (2001)
  • Affaire sur les radars automatiques et les voitures diplomatiques (2005)
  • Affaire Gaymard et son duplex de 600 m2 (2005)
  • Le nom du corbeau (Jean-Louis Gergorin) dans l'affaire Clearstream 2 (2006)
  • Affaire du compte japonais de Jacques Chirac à la Tokyo Sowa Bank (2006)
  • "Affaire" du fichage par les Renseignements Généraux, du socialiste Bruno Rebelle. Bruno Rebelle était un membre décideur de Greenpeace, qui fait l'objet d'une surveillance des RG - c'est le cœur de leur mission. Le Canard sous-entendait que ce fichage était commandité par Nicolas Sarkozy.
  • "Affaire" des conditions d'achat par Nicolas Sarkozy d'un appartement à Neuilly (2007)
  • Jean-Paul Bolufer, le directeur de cabinet de la ministre du logement Christine Boutin, occupait un logement à Paris dans des conditions très avantageuses. Cette affaire a eu pour conséquence la démission du directeur de cabinet. (2007)

2008

  • Le journal révèle que l'émission Pékin Express de M6 serait une « télé bidonnée » et que des consignes auraient été données par la production pour favoriser ou défavoriser les différentes équipes (5 mars 2008).
  • Le journal révèle que Nicolas Sarkozy se serait inscrit en retard sur les listes électorales du 8e arrondissement de Paris le 3 janvier 2008. Il aurait pour ce faire produit un document antidaté (2 avril 2008).
  • Le journal révèle que le maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, prépare un mariage qualifié de princier, et que tout le personnel de la mairie est mobilisé pour préparer la cérémonie et un dîner de 450 personnes. Tout ceci malgré la condamnation de Patrick Balkany et de son épouse en 1996, accusés d'avoir employé, à l'époque, le personnel municipal à des fins privées (9 avril 2008).

2010

  • La création pour Christine Boutin d'une mission sur « les conséquences sociales de la mondialisation » rémunéré 9 500 euros par mois, cumulée avec son indemnité conseillère générale et sa retraite de députée de 8 600 euros. Selon Le Canard enchaîné, cette nomination aurait permis à Nicolas Sarkozy de faire taire les critiques de l'ancienne ministre envers le gouvernement et d'écarter son éventuelle candidature à la présidentielle de 2012.
  • Les différents abus de fonctions ministérielles, tels que l'attribution par Christian Estrosi et Fadela Amara de logements de fonction républicains à des membres de leurs familles, les 12 000 euros de cigares que Christian Blanc, le secrétaire d'État au Grand Paris, avait fait payer par son ministère, ou encore le permis de construire d'Alain Joyandet.
  • Révélations sur la vente de l'hippodrome du Putois à Compiègne par le ministre du budget Éric Woerth à la Société des Courses de Compiègne.

2011

  • Révélations sur les vacances de la ministre Michèle Alliot-Marie en Tunisie, qui provoquent sa démission du gouvernement.
  • L'emploi « fictif » du ministre Luc Ferry par la Sorbonne avec un salaire de 4 500 € par mois en lieu et place d'un détachement auprès d'un organisme public.
  • Révélation d'une enquête judiciaire dans l'attribution à Bouygues du « Pentagone français ». Le Canard enchaîné publie le 7 décembre 2011 un article faisant état d'une information judiciaire pour corruption et trafic d'influence qui viserait le groupe de BTP Bouygues Construction dans l'attribution du marché de la construction du nouveau ministère de la défense à Paris, grand projet du gouvernement surnommé le « Pentagone français ».
  • Le 20 décembre 2011, s'estimant lésé par de fausses accusations, le groupe Bouygues assigne en diffamation le journal, son directeur de la publication (Michel Gaillard) et deux de ses journalistes (Hervé Liffran et Christophe Nobili) pour leur article. Le groupe réclame neuf millions d'euros de dommages et intérêts au Canard enchaîné, somme trouvée déraisonnable par le rédacteur en chef adjoint du Canard enchaîné, Louis-Marie Horeau.
  • Un jugement du mercredi 14 mars 2012 considère l'article diffamatoire (mais non calomnieux). Il déboute cependant le groupe de BTP de toutes ses demandes et reconnait que « le sérieux de l'enquête est établi », que « les propos poursuivis ont été exprimés avec une prudence et une mesure compatibles avec les exigences de la bonne foi », ainsi que la « légitimité du but poursuivi ». Le tribunal déclare que « le montant des dommages et intérêts réclamés peut être considéré comme abusif » et condamne Bouygues à verser l'intégralité des 6 000 euros de frais de justice demandés par l'hebdomadaire satirique.

2012

  • Publication de plusieurs emails échangés fin 2003 entre la direction du département de la gestion du risque d'Ikea France et des responsables d'officines privées de renseignements afin d'obtenir des informations de la base de données STIC, réservée exclusivement aux policiers, ainsi que du fichier des cartes grises, des permis de conduire et chez les opérateurs de téléphonie mobiles. Des renseignements d'une grande précision sur des clients et des salariés aurait été obtenu à l'aide d'immatriculation de véhicules, de numéros de téléphone ou d'identités.
  • Depuis le 1er mars 2012, le parquet de Versailles a ouvert une enquête préliminaire suite à une plainte contre X du syndicat FO, à laquelle s'est jointe la CFDT et la CGT. Le responsable du département de la gestion du risque ainsi que son adjointe ont été placé en garde en vue, des perquisitions ont eu lieu au domicile ainsi que sur le lieu de travail de cette cadre.
  • De nouvelles révélations du Canard Enchaîné montrent que le département de la gestion du risque transmettait également des informations illicites à la haute hiérarchie du siège social de la société.

Publié dans Journaux et Médias

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