Le roman vrai de Vivant Denon

Publié le par L'Express - Colonna-Césari Annick

JournalL'Express publié le 11/11/1999 par Colonna-Césari Annick

Marchand d'art, diplomate, aventurier... Le premier directeur du Louvre eut une vie très agitée. Pour mieux le cerner, son lointain successeur expose les oeuvres qu'il aimait

Vivant Denon DominiqueOn imagine mal un directeur du musée du Louvre sous les traits d'un aventurier libertin. Ce fut pourtant le cas de Dominique Vivant Denon, premier responsable de l'institution, au début du XIXe siècle, auquel Pierre Rosenberg, son lointain successeur, rend aujourd'hui hommage. Né en 1747, ce Bourguignon, aimé des femmes et favori des princes, mena une existence des plus rocambolesques. Ecrivain, artiste, ministre des Beaux-Arts sous Napoléon, marchand d'art, voyageur, diplomate, espion peut-être, sa vie comporte tellement de facettes - et de zones d'ombre - qu'il est difficile de cerner sa personnalité. Pour tenter de brosser son portrait, Pierre Rosenberg a réuni quelque 650 tableaux, gravures, sculptures, médailles, manuscrits, objets d'art. Dans cette exposition-fleuve, on trouvera donc ici le portrait de la belle Isabella Teotochi, la femme - mariée - de sa vie, peint à sa demande par Elisabeth Vigée-Lebrun, là, des eaux-fortes représentant le temple de Louxor, qu'il réalisa durant la campagne d'Egypte, plus loin des planches érotiques gravées par ses soins ou encore des dessins de Dürer et des statuettes indonésiennes, provenant de l'incroyable collection qu'il s'était constituée dans son appartement parisien du quai Voltaire...

Expédition d'Egypte

Commencée sous l'Ancien Régime, sa vie, qui s'étale jusqu'à la Restauration en ayant traversé Révolution, République et Empire, ressemble à un roman. Et quel roman! Denon savait sans aucun doute enjôler son monde. Monté à Paris pour achever ses études d'art, il se fait remarquer à la cour et Louis XV le nomme, à 21 ans, gentilhomme ordinaire de sa chambre. Le voilà lancé. On le retrouve, cinq ans plus tard, attaché d'ambassade à Saint-Pétersbourg. Là, il rencontre la Grande Catherine et Diderot. Mais il est expulsé pour s'être compromis dans la tentative de fuite d'une actrice française accusée d'espionnage. Nouvel épisode diplomatique à Naples, de 1778 à 1785. Officiellement parti pour faire la chasse aux oeuvres d'art et aux antiquités, il finit par s'attirer les foudres de la reine Marie- Caroline. C'est durant son second séjour en Italie, effectué dans le but de «perfectionner ses talents», qu'il tombe sur la fameuse Isabella Teotochi, dont les charmes le retiendront à Venise durant cinq ans, jusqu'en 1793, où leur idylle est brutalement interrompue. Soupçonné d'espionnage pour le compte de la Convention, Denon est sommé de partir.

De retour en France au plus fort de la Terreur, il n'échappera à la guillotine, sort réservé aux immigrés, que grâce à l'intervention de David. Mais, peu après, il fait connaissance, on ne sait trop comment, de Bonaparte. Qui l'entraînera à ses côtés dans l'expédition d'Egypte, où, crayon en main, partageant les cavalcades de l'armée, il fera office, à 51 ans, de reporter, croquant batailles et monuments antiques. A son retour, il est nommé directeur des arts. Et dirige notamment les destinées du musée du Louvre, bientôt appelé musée Napoléon, dont il veut faire «le plus bel établissement de l'Univers». Dans le sillage des conquêtes napoléoniennes, il dépouille alors consciencieusement les pays d'Europe de leurs chefs-d'oeuvre. Pour ne pas être obligé de les restituer, après la chute de l'Empire, il démissionnera en 1815. Et finira ses jours dans son appartement-musée du quai Voltaire, entouré de sa collection, dont le Gilles, de Watteau, et le Bénédicité, de Chardin, ne sont pas les moindres exemples. 


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