Les seconds couteaux de l'antisémitisme

Publié le par L'Express - Raphaël Sorin

L'Express publié le 22/07/1999 à 01h00 par Raphaël Sorin


Ecrivains, journalistes... Pierre-André Taguieff a débusqué les petites plumes qui militaient contre les juifs. Peu ragoûtant mais nécessaire

L'antisemistime de plumeCéline, Rebatet, Brasillach... La cause de ces illustres «antisémites de plume» est entendue. Ils ont payé. Mais les autres, plus obscurs, les ratés, les opportunistes, les maniaques, les délateurs, qui furent-ils?

C'est à une tâche peu ragoûtante, et nécessaire, que s'attaque Pierre-André Taguieff, aidé par une équipe de chercheurs: exhumer l'essentiel de ce que, entre 1940 et 1944, ont produit les obsédés du «complot judéo-maçonnique», les théoriciens de l' «antisémitisme d'Etat» ou les partisans de la déportation des juifs, «indésirables» et «inassimilables».

L'ouvrage est précieux parce qu'il offre une approche précise de l'antisémitisme à l'époque de Vichy. Il relie cet antisémitisme de plume à celui, «diffus», de l'opinion et à celui des cadres de l'Etat, «silencieux mais efficace». Des «professionnels», journalistes et universitaires, se chargèrent d'orchestrer le tout. Ils étaient maurrassiens, racistes, européo-fascistes, traditionalistes, «révolutionnaires».

Certains de ces héritiers de Drumont, l'inspirateur, ont droit à leur biographie. C'est un inconnu, Jacques Ménard, qui créa en 1941 l'Association des journalistes antijuifs. Elle rassemblait des collaborateurs de la grande presse. Bêtement, ils feront figurer sur des cartes de visite leur appartenance à ce «club». Plus isolé, George Montandon, auteur de Comment reconnaître le Juif, défendait l'idée d'une «hygiène raciale» proche des théories du nazisme. Le Dr Martial, quant à lui, inventa une «science» permettant de classer les groupements sanguins des juifs selon les lieux d'origine et de fixation.

Robert Courtine, chroniqueur gastronomique au Monde, sous le nom de La Reynière, à partir de 1952, Pierre-Antoine Cousteau, le frère de l'académicien, Darquier de Pellepoix, Paul Riche, Henry Coston apparaissent aussi, avec beaucoup d'autres, dans ce «bréviaire de la haine». En fin de compte, peu importe qui a écrit quoi. Les thèmes répétitifs, les hantises, les glapissements finissent par se confondre et former un seul concert de rage dont l'écho, jusqu'aux nazillons d'aujourd'hui, n'en finit pas de résonner.

Publié dans Articles de Presse

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