Les témoins de la barbarie nazie

Publié le par Jean-Rémi Barland

Les témoins de la barbarie nazie
Les témoins de la barbarie nazie

Dépositaire par sa mère de la mémoire collective familiale, Myriam Frydman, la narratrice du livre autobiographique de Myriam Anissimov, entreprend une longue enquête historique qui va la conduire dans les tréfonds de la barbarie élevée en système de gouvernement politique. Avec son titre qui laisse entendre ce que représentait la condition humaine aux yeux des nazis, Sa Majesté la Mort n'est pas, quoi qu'en dise sa couverture, un roman, au sens classique du terme, mais un récit déchirant, admirable de pudeur, où l'auteur, s'attachant à retrouver la trace de ses proches disparus, rend un hommage rempli de compassion à toutes les victimes broyées par l'enfer des camps de concentration.

Au centre d'une narration dénuée de pathos, on découvre les personnages de Mendel et Dinah, les grands-parents paternels, Moshé, le grand-père maternel, Yankel-Itzik et Rivka, les parents, et surtout les oncles Israël, et Samuel, dont on a perdu mystérieusement la trace. Lettres, journaux intimes, chronique des temps troublés, ou des moments heureux de l'enfance, évocation brut des faits (dont la loi scélérate du 2 juin 1941 prescrivant le recensement des juifs habitant la France, les agissements du docteur Munch, assistant du docteur Mengele, «acquitté, faute de preuves, par la justice allemande», ou encore les cruelles chevauchées du commandant Franz Stangl, le boucher de Treblinka), le texte de Myriam Anissimov scrute, creuse, dénonce, et se fait kaddish quand la douleur devient trop brûlante dans la gorge de la narratrice.

Autre aspect du livre, son caractère pédagogique. Myriam Anissimov semble avoir construit son témoignage comme un cri d'alerte lancé aux générations futures. Pas étonnant quand on sait qu'elle est aussi le magnifique auteur d'une biographie de référence du grand écrivain italien Primo Levi.

Publié dans Articles de Presse

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