Liszt Franz

Publié le par Mémoires de Guerre

Franz Liszt compositeur et pianiste hongrois (Doborján, Hongrie, aujourd'hui Raiding, Autriche, 1811-Bayreuth 1886). « Prophète » du piano, dont il renouvela profondément la technique, Franz Liszt fut aussi un compositeur qui innova dans le domaine de l'harmonie. Magnifiquement inspiré par les deux égéries de sa vie, il contribua à l'apothéose du romantisme en musique. 

 

Liszt Franz
Liszt Franz

Fils d'Adam Liszt, fonctionnaire du prince Esterházy et violoncelliste dans son orchestre, et d'Anna Laager, d'origine autrichienne, Franz découvre tout jeune les œuvres de Haydn, Mozart et Beethoven. À Vienne, où son père l'emmène dès l'âge de 10 ans, il reçoit l'enseignement de deux éminents musiciens, le compositeur Antonio Salieri et le pianiste Karl Czerny. Il donne son premier concert public le 1er décembre 1822. Entre 1823 et 1835, il vit principalement à Paris, où Cherubini lui refuse l'entrée au Conservatoire. Il y crée son unique opéra, Don Sanche ou le Château d'amour (1825), et y commence en 1826 les Douze Études d'exécution transcendante, dont la composition s'échelonnera jusqu'en 1852.

Liszt connaît le plus grand succès dans les salons parisiens. Il y fait la connaissance de Berlioz et de Chopin, qui auront une influence décisive sur sa pensée musicale, ainsi que celle du violoniste Paganini, qui lui révèle la voie vers la virtuosité. Il se lie également avec George Sand et Alfred de Musset. En 1834, il fait la rencontre de la comtesse Marie d'Agoult, également femme de lettres, avec laquelle il aura trois enfants, dont la future Cosima Wagner. Mais on ne lui pardonne pas cette liaison avec une femme qui a rompu son mariage pour lui. En 1836, Liszt entreprend alors une série de tournées qui le mènent dans toutes les grandes villes d'Europe, où il ne compte plus les admiratrices passionnées.

En 1842, le grand-duc de Weimar prend le musicien à son service. Avec Wagner, Liszt fonde ainsi l'école de Weimar, opposée au classicisme de l'école de Dresde représentée par Schumann et Brahms. De cette période d'une intense fécondité datent les premières des dix-neuf Rhapsodies hongroises (1846-1885), les six Grandes Études de Paganini (1851), le poème symphonique les Préludes (1854), les deux premières Années de pèlerinage (« Suisse », 1855 ; « Italie », 1856), la Missa solemnis, dite Messe de Gran (id. [révisée en 1857-1858]), la grande Sonate en si mineur (1857), la Faust-Symphonie et la Dante-Symphonie (id.), ou encore les trois Rêves d'amour (vers 1860). À Weimar, Liszt est aussi chef d'orchestre ; il dirige plusieurs des plus prestigieux ouvrages dus à Mozart, Beethoven, Schumann, Wagner, Berlioz et Saint-Saëns.

Sous l'influence de la princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein (1819-1887), sœur du tsar, qui devient l'égérie de la seconde partie de sa vie, Liszt décide de se consacrer uniquement à la composition. Quittant Weimar en 1861, à la suite d'une cabale, il retourne à Paris, puis séjourne à Rome jusqu'en 1869. C'est là que, répondant à une vocation déjà ancienne, et après le refus du pape de prononcer le divorce de la princesse Sayn-Wittgenstein afin qu'elle puisse l'épouser, il décide d'entrer dans les ordres (1865), chez les franciscains. Devenu homme d'église, il est nommé abbé de Sant'Albano, à Rome. Influencé par le répertoire vocal de la Renaissance, Liszt élabore de grandes œuvres religieuses : les variations sur un thème de Bach, Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen ([« Pleurer, se lamenter, se tourmenter, être désespéré »] 1862), Christus (1862-1866), qui est son plus bel oratorio, la Missa choralis (1865) et la Messe du couronnement ([en l'honneur de l'empereur François-Joseph Ier, devenu roi de Hongrie] 1867).

Jusqu'à un âge avancé, Liszt restera un grand voyageur, partageant son temps entre Rome, Weimar et Budapest. Il remplit ces années d'œuvres exceptionnelles : les Jeux d'eau à la villa d'Este (1877), qui impressionneront le jeune Debussy ; Via crucis ([« le Chemin de croix »] 1879) ; la troisième des Années de pèlerinage (1883) ; les pièces prophétiques pour piano que sont Gondole lugubre, Csardas macabre et Bagatelle sans tonalité. Pendant près d'un siècle, ces œuvres ne susciteront que l'incompréhension, y compris celle de Wagner. Liszt meurt de congestion pulmonaire, dans les bras de sa fille Cosima, à Bayreuth, où il venait de voir Parsifal et Tristan et Isolde. Lui qui aimait à se définir comme « moitié franciscain, moitié tsigane » disparaît sans être parvenu à être considéré comme le compositeur « nationaliste » qu'il rêvait d'être en Hongrie, dont le gouvernement s'opposera même au retour de ses cendres.

Considéré, en son temps, comme le plus grand virtuose du piano, Liszt aura su remettre en cause sa technique et reprendre les problèmes digitaux tels que les sauts d'octaves, les thèmes en accords, les trilles parallèles, qu'il maîtrise alors comme nul autre. Son jeu est, selon les témoignages, emporté, convulsif, passionné, « hardi, avec une petite part de clinquant » (Schumann). Créateur du récital de piano dès 1824, il doit à son expérience de l'improvisation les audaces de forme, d'écriture et de sonorité qui caractérisent aussi ses œuvres symphoniques.

Du compositeur, se nourrissant autant de littérature (Victor Hugo, lord Byron) que de musique, on dit parfois que son esthétique est ornementale. Mais, en ce cas, elle fait de l'ornementation un principe dynamique de développement et d'amplification, et non un principe statique, comme chez Chopin. Par ailleurs, Liszt a rarement recours aux formes toutes faites, telles que la symphonie ; il crée une forme orchestrale en un seul mouvement, fondée sur un programme : le poème symphonique (treize au total). Quand il compose une sonate pour piano, cela devient une œuvre insolite.

Dans le domaine de la musique religieuse, où il se considère comme sans rival à son époque, il fait vocation de simplicité, voire d'archaïsme, en s'appuyant sur sa connaissance de Palestrina, de Roland de Lassus ou sur celle du chant grégorien. Il reste que son énergie mystique, c'est encore au piano qu'il la déploie avec le plus de conviction. Dans maintes pages des Années de pèlerinage ou dans telle Étude transcendante, on trouve une conjonction unique du sens religieux et du délire de virtuosité, comme si l'élan physique portait les mouvements de l'âme.

Publié dans Musiciens

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article