Mémorial pour un massacre

Publié le par L'Express par Fabienne Schmitt

Au-delà du souvenir du 10 juin 1944, le Centre de la mémoire d'Oradour-sur-Glane porte un message de paix. Sobre et pédagogique

Mémorial pour un massacre

Le Centre de la mémoire d'Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) n'est pas un musée. Ce n'est pas non plus un monument aux morts. C'est un «espace d'interprétation» de la destruction du village et du massacre de sa population par la division SS Das Reich, le 10 juin 1944. Jacques Chirac inaugure le 16 juillet cet édifice un temps contesté.

Yves Devraine, scénographe, a mis en perspective cet épisode emblématique de la Seconde Guerre mondiale. Le monument est fondu dans le paysage et son parvis est un pont visuel entre le village en ruine et le nouveau bourg. Une «non-architecture», précise Yves Devraine. Le lieu est calme. La nature du Limousin paraît déchirée par les lames métalliques du bâtiment, dont l'acier rouillé symbolise à la fois la violence et la résistance au temps. De forme très plate, l'édifice, qui a coûté 61,5 millions de francs, semble une blessure, mais si l'ensemble laisse une impression forte il ne rivalise pas avec la puissance évocatrice des ruines.

C'est à une véritable méditation que le visiteur est appelé. Le récit, à but pédagogique, n'expose pas les faits, il les replace dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. Au sein du bâtiment, deux murs s'opposent: le premier, blanc, évoque le village d'Oradour; l'autre, noir et rouge, présente des discours nazis et le trajet de la division SS Das Reich. Les deux murs se rejoignent à la fin du couloir, débouchant sur l'horreur de la tragédie du 10 juin, racontée dans un film de douze minutes.

Tout au long de la visite, archives et témoignages de survivants attestent le crime organisé. «La division Das Reich n'allait pas en Normandie quand elle arrive à Oradour, explique Jean-Jacques Fouché, directeur du Centre. Elle avait été envoyée à Tulle et à Limoges pour combattre les résistants.» Des documents établissent qu'une «action exemplaire» était en préparation le 9 juin, pour créer une onde de choc, mais également sceller dans l'horreur une troupe en cours de reconstitution, formée de jeunes recrues provenant de pays divers: Pologne, URSS, Croatie, Hongrie, France, etc. Dernière étape de la visite, la salle de méditation, ornée de citations sur des dalles éclairées, est un véritable sanctuaire. Puis le visiteur resurgit à la lumière dans le village martyr, dont les ruines prennent alors toute leur force, avant d'aller flâner au bord de la Glane. A son retour, il est frappé par la façade miroir du Centre, qui reflète les paysages du Limousin. «La nature est une permanence, c'est la pérennité des choses», commente Yves Devraine.

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