Némirovsky Irène

Publié le par Roger Cousin

Nemirovsky IrèneIrène Némirovsky, née le 24 février 1903 (11 février du calendrier julien) à Kiev (Empire russe) et morte le 17 août 1942 à Auschwitz (Troisième Reich), est une romancière russe d'origine ukrainienne et de langue française. Elle est le seul écrivain à avoir reçu le prix Renaudot à titre posthume, en 2004, pour son roman Suite française.

Fille d'un riche banquier juif ukrainien, Leonid Borisovitch Némirovsky, Irène Némirovsky est élevée par sa gouvernante française, qui fait du français sa deuxième langue maternelle, sa mère ne s'étant jamais intéressée à elle. Elle parle aussi le russe et l'anglais. En 1913, la famille obtient l'autorisation de s'installer à Saint-Pétersbourg, qui devient par la suite Petrograd.

En janvier 1918, sa famille fuit la révolution et passe un an en Finlande. En juillet 1919, la famille arrive en France après un court séjour à Stockholm. Elle s'installe dans un quartier chic de Paris, rue de la Pompe dans le XVIe arrondissement. Une gouvernante anglaise est chargée de l'éducation de la jeune fille. Cette dernière passe le baccalauréat en 1919.

Elle commence à écrire en français dès l'âge de 18 ans et, en août 1921, elle publie son premier texte, Nonoche chez l’extralucide, dans le bihebdomadaire Fantasio. En 1923, Némirovsky écrit sa première nouvelle l'Enfant génial (réédité sous le nom de Un enfant prodige en 1992), qui est publié en 1927. Elle reprend alors ses études et obtient en 1924 sa licence de lettres à la Sorbonne. En 1926, elle publie son premier roman, Le Malentendu.

En 1926, à la mairie du XVIe arrondissement, puis à la synagogue de la rue de Montevideo, Irène Némirovsky épouse Michel Epstein, un ingénieur russe émigré devenu banquier, avec lequel elle a deux filles : Denise, en 1929 et Élisabeth, en 1937. Le contrat de mariage élaboré lui permet de garder ses droits d'auteur lors de la publication de ses œuvres. La famille Epstein réside à Paris. Irène Némirovsky devient célèbre en 1929, dès la publication de son deuxième roman, David Golder. Son éditeur, Bernard Grasset, la projette aussitôt dans les salons et milieux littéraires français. Elle y rencontre notamment Paul Morand, qui publiera chez Gallimard quatre de ses nouvelles sous le titre de Films parlés. David Golder est adapté en 1930 au théâtre et au cinéma (David Golder est interprété par Harry Baur).

En 1930, Le Bal raconte le passage difficile d'une adolescente à l'âge adulte. L'adaptation au cinéma par Wilhelm Thiele révèle Danielle Darrieux. De succès en succès, Irène Némirovsky devient une égérie littéraire, amie de Tristan Bernard et Henri de Régnier. En 1933, elle délaisse Grasset pour Albin Michel et commence à publier des nouvelles dans Gringoire. Écrivain francophone reconnu, membre totalement intégré de la société française, le gouvernement français lui refuse pourtant sa naturalisation demandée une première fois en 1935. Convertie au catholicisme le 2 février 1939 en la chapelle de l'Abbaye de Sainte-Marie de Paris, elle publie dans les hebdomadaires de droite comme Candide, qui interrompt leur collaboration dès la publication du premier statut des Juifs, en octobre 1940, tandis que Gringoire, devenu ouvertement antisémite, continue de la publier sous pseudonyme.

Victimes des lois antisémites promulguées en octobre 1940 par le gouvernement de Vichy, Michel Epstein ne peut plus travailler à la banque et Irène Némirovsky est interdite de publication. Depuis le printemps, les Epstein sont installés à Issy-l'Évêque, dans le Morvan, en Saône-et-Loire, où ils avaient déjà mis leurs filles à l'abri dès septembre 1939. Irène Némirovsky écrit alors plusieurs manuscrits. Elle est considérée comme juive par la loi et doit porter l'étoile jaune. Ses œuvres ne sont plus publiées. Seul Carbuccia, bravant la censure, publie ses nouvelles jusqu'en 1942. Le 13 juillet 1942, elle est arrêtée par la gendarmerie française. Michel Epstein envoie un télégramme à Robert Esménard et André Sabatier chez Albin Michel pour demander de l'aide : « Irène partie aujourd'hui subitement. Destination Pithiviers (Loiret). Espère que vous pourrez intervenir urgence stop Essaie vainement téléphoner - Michel Epstein. »

Elle est d'abord envoyée à Toulon-sur-Arroux, où elle reste emprisonnée deux nuits. Le 15 juillet, elle est transportée au camp d'internement de Pithiviers. Elle est autorisée à écrire[réf. nécessaire] ; elle envoie une carte postale à son mari, dans laquelle elle ne se plaint pas des conditions difficiles. Elle est déportée à Auschwitz le lendemain, où elle meurt gazée, le 17 août 1942. Son mari (tout comme André Sabatier et Robert Esménard) entreprend de nombreuses démarches pour la faire libérer, mais il est lui-même arrêté en octobre 1942, déporté à Auschwitz et gazé dès son arrivée, le 6 novembre 1942. Ses deux filles sauvent quelques documents, puis sont placées sous la tutelle d'Albin Michel et Robert Esmenard (qui dirige la maison d'édition) jusqu'à leur majorité.

Après l'arrestation de leurs parents, Élisabeth et Denise Epstein se cachent pendant la période de Vichy, avec l'aide d'amis de la famille, emportant avec elles les manuscrits inédits de leur mère, dont la Suite française. Il s'agit des deux premièrs tomes d'un roman inachevé, qui devait en compter cinq, ayant pour cadre l'exode de juin 1940, et l'occupation allemande en France. Il est publié en 2004 aux Éditions Denoël ; l'original a été confié à l'Institut mémoires de l'édition contemporaine (IMEC). Ce roman reçoit le Prix Renaudot à titre posthume, exception à la règle qui est de ne récompenser que des écrivains vivants. Les deux filles ont entretenu la mémoire de leur mère, avec plusieurs rééditions. En 1992, sa fille Élisabeth Gille, qui a dirigé chez Denoël la collection Présence du futur, publie une biographie, Le Mirador.

Plusieurs critiques et commentateurs ont soulevé des questions quant à l'attitude d'Irène Némirovsky vis-à-vis des Juifs, qu'elle décrit généralement sous des couleurs négatives dans ses écrits, de même qu'en ce qui concerne sa participation à des publications antisémites pour promouvoir sa carrière. Ainsi une revue de son œuvre publiée le 16 octobre 2007 dans La République des Livres disait ceci :

« ... Le trouble vient d’ailleurs. De ce qu’il faut bien appeler la haine de soi juive, telle que Theodor Lessing la conceptualisa en tant qu’intériorisation parfois jusqu’au suicide du regard de rejet porté par les autres, cette prison originelle dont elle aimerait bien s’extraire, cette honte qui la poursuit et qu’elle manifeste dans la violence de la peinture de son milieu, toutes choses dans lesquelles d’aucuns verront une autre forme d’antisémitisme, Némirovsky apparaissant comme la version romanesque du dramaturge Henry Bernstein. Il est vrai que ses personnages israélites, comme on disait alors, sont caricaturaux, outranciers, souvent abjects ; ces cosmopolites échoués le plus souvent à Biarritz sont souvent des parvenus amoraux qui vouent un culte à l’argent-roi ; “Je les ai vus ainsi” dira-t-elle pour toute justification; n’empêche qu’ils ne surprendraient pas sous la plume du Paul Morand de France la doulce. Il est également vrai que, quoi qu’en disent Philipponnat et Lienhardt, elle a plus souvent écrit dans les colonnes de la presse d’extrême-droite à toutes ses époques et jusque pendant l’occupation mais sous un pseudonyme (Gringoire, Candide) que dans celle de gauche (Marianne) ; un Robert Brasillach la louera pour avoir réussi le prodige de “faire passer l’immense mélancolie russe sous une forme française”. Il est vrai enfin, qu’elle s’est convertie au catholicisme à la veille de la guerre, entraînant son mari et ses filles dans son sillage, dans le fol espoir de se soustraire au vent mauvais qui se levait avec la montée des périls, alors qu’elle était totalement agnostique. L’inquiétude religieuse lui était étrangère. » L'introduction de Myriam Anissimov à l'édition française de Suite française expliquant la haine de soi d'Irène Némirovsky par la situation qui était faite aux Juifs en France n'apparaît pas dans l'œuvre et le paragraphe en question a été supprimé dans l'édition anglaise.

Œuvres

Œuvres publiées de son vivant

  • Le Malentendu, 1923.
  • L'Enfant génial, Fayard, 1927. Le roman fut renommé Un Enfant prodige en 1992 par l'éditeur avec l'accord de ses filles.
  • David Golder, Grasset, 1929.
  • Le Bal, Grasset, 1930.
  • Les Mouches d'automne, Grasset, 1931.
  • L'Affaire Courilof, Grasset, 1933.
  • Le Pion sur l'échiquer, Albin Michel, 1934.
  • Films parlés, NRF, 1934. Deux nouvelles de cette collection, Ida et La Comédie bourgeoise, seront publiées dans Ida (Folio2, Denoël, 2006).
  • Le Vin de solitude, Albin Michel, 1935.
  • Jézabel, Albin Michel, 1936.
  • La Proie, Albin Michel, 1938.
  • Deux, Albin Michel, 1939.
  • Les Chiens et les loups, Albin Michel, 1940.


Œuvres publiées après sa mort

  • La Vie de Tchekhov, Albin Michel, 1946.
  • Les Biens de ce monde, Albin Michel, 1947.
  • Les Feux de l'automne, Albin Michel, 1957.
  • Dimanche (nouvelles), Stock, 2000.
  • Dimanche et autres nouvelles, 2000.
  • Destinées et autres nouvelles, 2004.
  • Suite française, 2004, prix Renaudot 2004.
  • Le Maître des âmes, Denoël, 2005.
  • Chaleur du sang, Denoël, 2007.
  • Les vierges et autres nouvelles, Denoël, 2009.


Dans Candide

  • La Femme de Don Juan, 1938.
  • Monsieur Rose, 1940.


Dans La Revue des deux Mondes

  • Jour d'été, 1935.
  • La Confidence, 1938.
  • Les Liens du sang, 1936.
  • Aïno, 1940.


Dans Gringoire

  • Nativité, 1933.
  • Les Rivages heureux, 1934.
  • Le Commencement et la fin, 1935.
  • Fraternité, 1937.
  • Epilogue, 1937.
  • Espoirs, 1938.
  • La Nuit en wagons, 1939.
  • Le Spectateur, 1939.
  • Le Sortilège, 1940.
  • L'Échelle du Levant, roman du 18 mai 1940.
  • Le Départ pour la fête, 1940.
  • Destinée, 1940 (publié sous le pseudonyme Pierre Neyret).
  • La Confidente, 1941 (idem).
  • L'Honnête homme, 1941 (idem).
  • Le Revenant, 1941 (idem).
  • L'Inconnu, 1941 (jeune femme anonyme).
  • L'Ogresse, 1941 (Charles Blancat).
  • L'Incendie, 27 février 1942 (P. Nérey).

Publié dans Ecrivains

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