Procès d'un Oustachi

Publié le par Le Point par Christine Holzbauer-Madison

Le procès intenté à Dinko Sakic pour crime contre l'humanité témoignera de la détermination du régime croate à en finir avec les ambiguïtés du passé. Ancien commandant du camp de Jasenovac pendant la Seconde Guerre mondiale, Sakic avait fui en Argentine après la chute du régime pronazi dirigé par Ante Pavelic.

Procès d'un Oustachi

Depuis la proclamation de l'indépendance de la Croatie, il avait accordé plusieurs entretiens à des journaux croates. Mais, en juin, à la suite du tollé provoqué par un film diffusé à la télévision argentine dans lequel il vantait son passé oustachi, il avait été extradé pour être jugé en Croatie.

Il a pourtant fallu de très fortes pressions internationales pour que le procès s'ouvre le 15 mars à Zagreb. L'ajournement pour « raisons médicales » et la relaxe de sa femme, Nada, elle aussi accusée de crimes contre l'humanité, ont fait craindre des manoeuvres dilatoires de la part des autorités.

Le président croate, Franjo Tudjman, a toujours minimisé le nombre de victimes tuées à Jasenovac, affirmant même que le régime oustachi à la solde des nazis avait été « l'expression des aspirations croates à l'indépendance ». Après la guerre, cet « Auschwitz des Balkans », dans lequel des dizaines, voire des centaines, de milliers de personnes ont péri, est devenu le symbole de la barbarie exercée contre les Serbes, les juifs, les Tsiganes ainsi que les opposants croates. Promettant un procès « impartial et objectif » à l'égard de Dinko Sakic, accusé d'avoir « torturé, maltraité ou tué » 2 000 prisonniers, Tudjman s'est aussi engagé à faire de Jasenovac un lieu de mémoire.

Publié dans Articles de Presse

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