Robert-Jan Verbelen est mort en Autriche

Publié le par Le Soir par Michel Bailly

Robert-Jan Verbelen est mort en Autriche

Robert-Jan Verbelen, le plus grand criminel de guerre belge, est mort en Autriche.

Robert-Jan Verbelen est mort en Autriche

La mort en Autriche, à l'âge de 79 ans, de Robert-Jan Verbelen, un des chefs, avec Van de Wiele, de la milice SS flamande «De Vlag», fait remonter à la mémoire les leçons qu'il y eut à tirer du procès fait à Vienne, en 1965, à ce tueur en chef, condamné à mort par contumace, en 1947, par une chambre flamande du conseil de guerre du Brabant. Les débats devant le tribunal populaire viennois - un homologue de notre cour d'assises - débouchèrent sur un acquittement, jugé scandaleux non seulement par les Belges et les Résistants mais encore par une large part de la presse autrichienne.

Devant le conseil de guerre, 46 chefs d'accusation avaient été retenus parmi lesquels l'assassinat d'Alexandre Galopin, gouverneur de la Générale, du général Emile Lartigue, à Woluwe-Saint-Lambert, de l'avocat Raoul Engel, à Ixelles, du bourgmestre Georges Pètre, à Saint-Josse-ten-Noode. Verbelen acquit la nationalité autrichienne en 1959. L'Union internationale de la Résistance et de la déportation- le débusqua à Vienne où il vivait dans la société intime d'une institutrice qui lui donna deux enfants. Il fut arrêté en 1962. La ville de Vienne lui retira sa nationalité pour le motif qu'il avait dissimulé son passé et enrobé son identification de mensonges. Mais la Cour administrative décréta qu'il ne pouvait être privé de sa nationalité. Ainsi la demande d'extradition, formulée par la Belgique, ne fut-elle pas satisfaite.

Cinq actes criminels furent soumis à l'appréciation du jury viennois. Le scandale soulevé par l'acquittement vint de ce que les juges populaires admirent qu'un ordre supérieur de tuer (celui du général SS Jungklaus, chef de la police allemande, en Belgique, dans les derniers mois de la guerre) auquel l'accusé n'aurait pu se soustraire sans risquer sa vie, délivrait celui-ci de toute responsabilité.

L'appui judiciaire donné à l'argument d'obéissance parut d'autant plus insolite et funeste que l'accusé avait obéi à l'envahisseur de sa patrie, torturé et assassiné des compatriotes pour complaire à l'ennemi. Un quart de siècle après les débats de Vienne, on retiendra de ceux-ci que les jurés semblent avoir été sensibles à des thèses propres à brouiller les voies de l'Histoire et à nier la portée universelle d'une éthique fondamentale du comportement. Verbelen et son défenseur, Me Erich Füehrer (!), qui avait été, en 1934, l'avocat de l'assassin du chancelier Dolfuss, plaidèrent que «De Vlag» n'avait fait que répliquer au terrorisme de la Résistance et que, si celle-ci militait pour la Belgique, les SS flamands étaient les soldats de la Flandre. Le sentiment se répandit, par leurs soins empoisonnés, que les crimes de la SS relevaient d'une «affaire entre Belges» dont des étrangers (les Autrichiens) n'avaient pas à connaître. C'est ainsi que les droits de la vérité se trouvent être niés et qu'une place n'est laissée qu'à des aventures individuelles qui sécrètent leurs propres justifications, hors de toute référence aux normes d'un humanisme communément admis.

L'Histoire véridique de la Résistance

L'indignation, soulevée par le verdict d'acquittement, fut considérable. Paul Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères, convoqua l'ambassadeur d'Autriche à Bruxelles. Des représentants des associations patriotiques furent reçus par le Premier ministre Pierre Harmel et par Pierre Wigny, ministre de la Justice. Il est intéressant de rappeler qu'à l'occasion de cette rencontre, le gouvernement confirma son intention de promouvoir la rédaction d'une «histoire véridique» de la Résistance.

Et les délégués des associations insistèrent pour que la Résistance soit située dans une histoire complète de la Deuxième Guerre mondiale. C'est dire qu'ils avaient conscience que la proclamation et la répétition de mensonges, dans l'enceinte retentissante de tribunaux ou dans le sillage de l'arrestation de tel ou tel criminel de guerre important, risquaient de supplanter, dans l'esprit du public, les recherches lentes et austères des historiens. Dans le même ordre de préoccupations, la communauté juive a été instruite de la force de ces séductions par la succès médiatique des négateurs des chambres à gaz.

L'inquiétude des patriotes était plus justifiée encore qu'ils ne le croyaient. En 1990, l'histoire complète de la Résistance en Belgique est encore à écrire! Les tabous sont toujours nombreux et robustes, nous ont dit des historiens. Du procès de Vienne, les éléments picaresques ont le mieux survécu. Verbelen a pris stature de forban de haute taille dès lors qu'il fut, après la guerre, agent secret au service des Etats-Unis et de l'Autriche. A Vienne, il dirigea une agence de presse pour laquelle il rédigeait des articles signés Isaac Meisels, du nom d'un Juif belge, mort à Auschwitz.

Cet ancien élève d'une école des beaux-arts collectionnait, dans ses activités secrètes, les noms d'emprunt. L'un d'eux fut «Jean Marais»! Le rocambolesque ne rebutait pas ce tueur féroce qui passe pour avoir participé à un complot pour la délivrance d'Eichmann,- capturé par des agents israéliens. Le colonel SS aurait été échangé contre une notabilité juive, préalablement kidnappée. Tous ces fracas aventureux n'avaient peut-être pour principale destination que de masquer les sordides massacres de «De Vlag» et de leur chef, sous l'occupation.

Publié dans Articles de Presse

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