Trois parlementaires bourbonnais dans le tourbillon de l’histoire

Publié le par La Montagne - Monique James

La Montagnepublié le 09/03/2013 à 06h00 par Monique James

C'est en conférencier hors pair que Jean-Paul Perrin a retracé, à la médiathèque, les événements qui ont amené trois députés de l'Allier, Marx Dormoy, Isidore Thivrier et Eugène Jardon, par leur cheminement respectif, à refuser les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

Isidore Thivrier - Marx Dormoy et Eugène Jardonont
Il faut se replacer dans le douloureux contexte historique de l'époque pour évoquer cette période de septembre 1939 à juin 1940, « la Drôle de guerre », marquée par une stratégie défensive. Après l'invasion de la Pologne,de la Belgique et des Pays-Bas, est venu le tour de la France.

Destin

À la démission de Paul Reynaud, le Maréchal Pétain, auréolé de son passé de héros de Verdun, est nommé président du Conseil. Le 22 juin 1940, Il signe l'armistice avec l'Allemagne. La France doit se plier à de nombreuses concessions. Une voix, celle du Général de Gaulle, s'élève le 18 juin 1940, portant la flamme de la Résistance.

Trois personnalités politiques bourbonnaises vont mêler leur nom au destin de la France, Marx Dormoy, Isidore Thivrier et Eugène Jardon.

Né à Montluçon en 1888, Marx Dormoy succède à Paul Constans, sous l'étiquette socialiste, en tant que maire. Il siège à la chambre des députés et cumule alors trois mandats, maire, président du Conseil général et député. Il côtoie Léon Blum et devient ministre de l'Intérieur de 1936 à 1938.

En cette qualité, il déjouera le complot de la Cagoule, organisation d'extrême droite, hostile au Front Populaire, dont le démantèlement cristallisera les ranc'urs contre lui. Il sera par la suite élu sénateur.

De son côté, Isidore Thivrier devient maire socialiste de Commentry. Malgré sa réussite sociale à la tête des mines de Commentry et Montvicq, il reste fidèle à ses idées. Tout comme Marx Dormoy, il deviendra successivement conseiller général, président du Conseil général, puis député.

Domératois né dans une famille de viticulteurs, Eugène Jardon, communiste, devint maire de Domérat en 1929, puis député en avril 1939. Suite au Pacte germano-soviétique ayant abouti au partage de la Pologne, le Parti communiste est dissous.

Il est contraint d'abandonner ses fonctions de maire, toutes les municipalités communistes étant suspendues. Quarante-quatre députés communistes sont déchus. Après avoir été incarcéré, Eugène Jardon bénéficie alors d'un non-lieu et récupère son mandat de député.

Des représailles diverses

Juillet 1940. Le gouvernement siège à Vichy, dans un climat délétère. Un vote a lieu le 10 juillet au casino, à l'initiative de Pierre Laval. Il s'agit « de donner au gouvernement la possibilité de modifier la constitution ».

Sur 666 parlementaires, 569 voix donneront les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. C'est la mort de la III e République. Seuls 80 députés s'y opposeront, dont Marx Dormoy, Isidore Thivrier et Eugène Jardon. Ces derniers seront exposés, par la suite, à diverses représailles.

Marx Dormoy a été suspendu de ses fonctions de maire le 21 septembre 1940. Il subira l'internement dans des résidences très surveillées. Il trouvera la mort suite à un attentat probablement fomenté par la Cagoule, un engin explosif ayant été placé sous son lit à Montélimar, par Annie Mouraille et ses complices. Un monument, sculpté par Yencesse, sera édifié à sa mémoire.

Isidore Thivrier, pour sa part, est resté maire de Commentry jusqu'en 1943. Son château de Montassiégé ayant été considéré comme lieu de la Résistance, l'intéressé fut expédié au camp du Struthof en avril 1944, où il décédera peu après. Un buste à sa mémoire se trouve à la mairie de Commentry.

Pour Eugène Jardon, cet épisode de l'histoire a sonné le glas de sa carrière politique. Une plaque sera cependant apposée sur sa maison en signe de reconnaissance. En conclusion, le conférencier a plaidé en faveur d'Eugène Jardon, pour qu'enfin une rue porte son nom.

Publié dans Articles de Presse

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