"L’attentat de Bram du 21 décembre 1944 : une bien étrange histoire ?"

Publié le par la Dépêche

Arnaud Barthès étudiant en Histoire./ Photo DDM.

Arnaud Barthès étudiant en Histoire./ Photo DDM.

Dans le cadre de ses études et de travaux de recherches qui portent sur la vie municipale dans le Lauragais à la Libération (1944-1945), Arnaud Barthès, étudiant en master "Histoire Militaire" à l’université Paul-Valéry de Montpellier, actuellement professeur contractuel d’histoire-géographie au lycée Germaine-Tillion à Castelnaudary, par ailleurs benjamin de la nouvelle équipe municipale et président du Scion Bramais et de l’AAPPMA, vient d’écrire un article en s’appuyant sur quelques documents d’archives évoquant une anecdote assez étrange sur l’Histoire de Bram. Il a accepté de nous le confier afin de faire partager ses recherches à nos lecteurs…

"La fin de la seconde Guerre Mondiale semble proche. Après l’évacuation précipitée des troupes allemandes suite au débarquement en Normandie le 6 juin 1944, le département de l’Aude est libéré à la fin du mois d’août 1944. Le régime de Vichy et les forces qui l’ont soutenu s’évanouissent avec une rapidité fulgurante. La Résistance prend le relais et assure l’exercice du pouvoir de façon provisoire avec les institutions du gouvernement provisoire de la République Française. Au niveau local, des Comités locaux de libération (CLL) se constituent plus ou moins spontanément et remplacent les délégations municipales qui avaient été nommées par Vichy

À Bram, un comité de libération est présidé par Lucien Lagoute, bientôt désigné maire de la municipalité provisoire en attendant les élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945. Le 6 janvier 1945, paraît dans La Voix du Midi, journal édité par le Parti Communiste, un article intitulé "Unir Unir Unir". Il préconise l’union dans la lutte contre les agents de la 5e colonne "qui incendient les locaux de la police politique, qui tirent sur nos camarades à Bram […]" (sous-entendu, des partisans de Vichy qui agissent dans l’ombre).
Le préfet alerté

Cet article alarme et inquiète la population de Bram, qui n’a pas eu vent de cette fusillade.

Le maire écrit au préfet le 8 janvier pour protester contre cet article "dénué de tout fondement" et demande qu’une enquête soit faite pour éclaircir la situation. Il accuse l’auteur de l’article d’avoir pour intention de créer un état d’esprit favorable au Parti Communiste à l’approche des élections municipales. D’après lui, ces fausses allégations ne serviraient qu’à aigrir et faire naître le doute dans l’esprit de ses administrés. Le 10 janvier, le préfet demande au Commissaire de Carcassonne de réaliser une enquête approfondie et de lui transmettre le résultat dès que possible. Le 25 janvier 1945, le Commissaire Spécial à Carcassonne écrit son rapport au préfet. Selon les renseignements recueillis, aucune détonation n’a été entendue et aucun mouvement suspect n’a été remarqué. Les gendarmes n’ont reçu aucune plainte. Mais M. Gilbert Denys, représentant du Parti Communiste au Comité local de libération de Bram, affirme avoir été victime d’un attentat.

Auditionné

Voici un extrait du rapport du Commissaire après avoir auditionné M. Denys.

"Le jeudi 21 décembre 1944, vers 19h, il quittait Bram pour se rendre à Arzens, où il devait entrer en relation avec des camarades de son parti. Il était accompagné d’un jeune homme de 18 ans qui désirerait garder l’anonymat. Tous deux circulaient donc à bicyclette, de nuit, sans éclairage. Ils empruntèrent la route de Bram à Alzonne, et obliquèrent à droite vers Montréal avant de parvenir au "Pont du Diable", puis à gauche vers Arzens. Peu après cette dernière bifurcation, la route est bordée par un petit bois qui est situé sur la droite. M. Denys roulait entre son camarade et le bois. Soudain, un coup de feu retentit à l’intérieur du bois et les deux cyclistes aperçurent une lueur à une vingtaine de mètres de la route. Toute riposte ou toute recherche leur semblant vaine, ils accélèrent leur allure et s’éloignèrent rapidement. Il était environ 19 h 30. […] Le jeune homme qui l’accompagnait est inscrit au Parti Communiste de Bram, mais désire garder secrète son adhésion à laquelle ses parents s’opposeraient.

Aucune plainte

De plus, comme il aurait l’intention de s’engager, il pense ainsi éviter certains ennuis. Aucune plainte n’a été déposée à la gendarmerie de Bram pour éviter que le jeune homme soit mis en cause, mais il aurait prévenu le lendemain de l’attentat un gendarme de Bram dont il tait le nom, qui serait en liaison avec le Parti Communiste et lui aurait demandé de s’occuper officieusement de l’affaire. À son avis, d’après la détonation, l’arme était un pistolet de calibre moyen. Son compagnon aurait constaté par la suite qu’un rayon d’une des roues de son vélo avait été sectionné, sans pouvoir attribuer cette détérioration au projectile. Le vendredi 22 décembre 1944, dans la matinée, M. Denys exposa à M. Daniel, secrétaire régional du Parti Communiste, les circonstances de l’attentat dont il venait d’être victime et cette démarche peut être considérée comme étant à l’origine de l’article en question".

Le 30 janvier 1945, Le préfet adresse une lettre au maire de Bram, lui annonçant que l’affaire est classée. "Difficile de tirer le vrai du faux de cette affaire : une bien étrange histoire", conclut l’étudiant…

Publié dans Articles de Presse

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