Hitler échappe de justesse à un colonel-kamikaze

Publié le par Le Point Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos

21 mars 1943 : Hitler échappe de justesse à un colonel-kamikaze. Une chance de cocu ! Une bombe dans la poche, le colonel von Gersdorff se prépare à sauter sur le Führer, mais celui-ci s'éclipse trop rapidement.

Hitler échappe de justesse à un colonel-kamikaze

Le 21 mars 1943, pour la énième fois, Adolf Hitler échappe à une tentative d'assassinat sans même s'en apercevoir. Incroyable, la baraka de ce type. Déjà, une semaine plus tôt, des explosifs planqués dans une boîte de Cognac à bord de son avion n'ont pas explosé, parce que le froid glacial des soutes en avait gelé les détonateurs ! Le plan d'aujourd'hui paraît, lui aussi, imparable. Le colonel baron Rudolf Christoph von Gersdorff, 37 ans, qui appartient au cercle de conspirateurs de Henning von Tresckows, accepte de se faire sauter avec Hitler. L'attentat est programmé lors d'une visite de celui-ci à l'exposition consacrée aux armes prises aux Soviétiques, présentée à l'Arsenal de Berlin. Von Gersdorff, qui en est un des commissaires, doit guider le Führer. Il n'aura qu'à déclencher la bombe, qu'il tient dans sa poche, au bon moment.

C'est la Journée des héros, toute la capitale du Reich est pavoisée. Déjà, des dizaines de milliers de Berlinois attendent devant l'Arsenal, espérant apercevoir le Führer. Celui-ci n'est pas dans un bon jour (mais en a-t-il ?). Il est très en retard. À 13 heures, le convoi officiel arrive enfin. Un Hitler renfrogné descend de sa voiture, suivi par Göring, Himmler et l'amiral Donitz. Un orchestre joue le premier mouvement de la 7e symphonie d'Anton Bruckner. Hitler s'avance derrière le pupitre pour prononcer un discours. Après douze minutes d'invectives contre l'ennemi russe, qui lui a mis la pâtée à Stalingrad six semaines auparavant, le Führer rend les armes.

Smala nazie

Il s'en va visiter l'exposition au pas de course. Le colonel comprend qu'il est temps d'armer les deux bombes qu'il cache dans ses poches. Il s'isole dans un coin, brise deux ampoules d'acide qui servent de détonateur-retard. Il ne parvient à en casser qu'une seule. Cela suffira. Il dispose maintenant de dix minutes pour s'approcher de Hitler. C'est parfaitement jouable, puisqu'il est chargé de le guider. Tout ce qu'il souhaite, c'est, par la même occasion, faire sauter toute la smala nazie qui entoure Hitler. Mais une fois de plus, il y a un dieu pour le diable. Adolf expédie la visite au pas de course, si bien qu'il est dehors avant même que le colonel Kamikaze ne puisse le rejoindre.

Comprenant que c'est râpé, Von Gersdorff s'engouffre dans les premières toilettes venues, où il désamorce sa bombe, prête à exploser. Ce serait trop bête de mourir pour rien. Il parvient à arracher le détonateur à la dernière seconde. Sauvé ! Mais l'Allemagne est perdue. Une fois de plus, Hitler a échappé à un attentat sans s'en douter. Von Gersdorff ne sera pas dénoncé par ses comparses, lorsque ceux-ci seront arrêtés, après une autre tentative. Il est bientôt envoyé sur le front de l'Est, où il découvre les charniers du massacre de Katyn. Il meurt en 1980, à 75 ans.

Publié dans Articles de Presse

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