Raid contre Ben Laden seul Zardari savait ?

Publié le par Le Figaro par Marie-France Calle

Raid contre Ben Laden seul Zardari savait ?

De révélations en démonstrations, le « Memogate » suit son cours. Mansoor Ijaz, l'homme d'affaires américain d'origine pakistanaise au cœur de ce scandale qui menace d'ébranler le gouvernement d'Islamabad, persiste et signe : le président Asif Ali Zardari avait donné son feu vert aux Américains, autorisant le raid contre Oussama ben Laden à Abbottabad, dans la nuit du  2 mai 2011, sans en avoir informé ni le chef des armées, ni celui des Services secrets de l'ISI. Joint par téléphone à Londres, Ijaz apporte quelques précisions.

Raid contre Ben Laden seul Zardari savait ?

« Deux semaines après ma déposition sur ce point précis, ni la présidence à Islamabad, ni les militaires à Rawalpindi, n'ont démenti mes propos, la preuve s'il en fallait, que je dis vrai », lance-t-il. Poursuivant : « Les informations contenues dans les documents que j'ai transmis à la Cour montrent pourquoi Zardari a ordonné à son ambassadeur à Washington, Husain Haqqani, de faire remettre, par mon intermédiaire, un message à l'amiral Mike Mullen (alors chef d'état-major aux Etats-Unis). Après être passé au-dessus de la tête du chef des armées et celle du chef de l'ISI - les Américains jugeant qu'il était à craindre que l'ISI ne prévienne Ben Laden d'une attaque imminente - Zardari a intentionnellement ignoré les règles non-écrites de la chaîne de commandement au Pakistan, créant ainsi les conditions d'une humiliation publique sans précédent pour l'armée pakistanaise et l'ISI, le 2 mai au matin ».

En clair, Washington aurait informé le président pakistanais du raid contre Ben Laden, mais le tout-puissant chef des armées, le général Ashfaq Kayani, et Shuja Pasha, celui de l'ISI (qui vient de passer le relais à Zaheer-ul-Islam) auraient été tenus à l'écart de cette opération ultrasecrète. La vraie question restant quand même de savoir qui était au courant de la présence du numéro un d'Al-QaÎda à Abbottabad. Zardari l'a-t-il appris le 1er mai seulement ? Les Américains quant à eux, étaient apparemment persuadés qu'au moins certains responsables de l'ISI connaissaient le repaire de Ben Laden...

Un coup d'état était-il donc vraiment en préparation au lendemain du 2 mai, comme l'aurait redouté le président Zardari ? Le comportement même du président avant le raid « en a créé la réelle probabilité », juge Mansoor Ijaz. « L'armée n'ayant eu alors qu'une idée en tête, détrôner Zardari pour avoir invité des forces étrangères en territoire pakistanais pour y conduire une opération militaire. »

Et la démocratie dans tout ça ? A cet égard, Ijaz clame son innocence, soulignant que « même si le président devait démissionner après avoir été reconnu coupable d'atteinte aux intérêts de la nation », ce ne serait pas la fin de la démocratie au Pakistan. « C'est à la Cour suprême et au peuple pakistanais de décider, comme il se doit », dit-il. « La révélation du Mémorandum a obligé les institutions pakistanaises (l'armée et le gouvernement civil, NDLR) à régler au grand jour, en toute transparence et en toute sincérité, le conflit qui les oppose. Le peuple pakistanais observe la situation. C'est ainsi que fonctionne une vraie démocratie », affirme-t-il.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article