Hongrie: dérapage (controlé?) à l'extrême droite

Publié le par L'Express par Florian Bourdier

Dans le virage autoritaire que prend la Hongrie, une nouvelle étape vient d'être franchie. Le Premier ministre Viktor Orban a décerné à l'occasion de la fête nationale, le 15 mars, des décorations à des personnalités réputées d'extrême droite. A un an des législatives, entre dérapage raciste et calcul électoral, le pays inquiète. 

La semaine dernière, déjà, Viktor Orban avait inquiété ses partenaires européens lorsque le Parlement avait approuvé un quatrième amendement à la nouvelle Constitution. En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/hongrie-derapage-controle-a-l-extreme-droite_1232704.html#GQkRA3mtVyfQxfcI.99

La semaine dernière, déjà, Viktor Orban avait inquiété ses partenaires européens lorsque le Parlement avait approuvé un quatrième amendement à la nouvelle Constitution. En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/hongrie-derapage-controle-a-l-extreme-droite_1232704.html#GQkRA3mtVyfQxfcI.99

C'est une nouvelle provocation du gouvernement conservateur de Viktor Orban. A l'occasion de la fête nationale le 15 mars, le Premier ministre hongrois a fait décorer par de hautes distinctions nationales plusieurs personnalités controversées pour avoir soutenu des thèses racistes ou antisémites. 

Zoltan Balog, ministre hongrois des Ressources humaines, a ainsi remis la médaille de Chevalier de l'Ordre du Mérite de la République de Hongrie - la plus haute distinction du pays - à Janos Petras. Ce chanteur de rock s'est notamment illustré pour ses propos homophobes mais aussi pour être l'un des auteurs-compositeurs de la marche de la Garde hongroise, une organisation paramilitaire liée au parti d'extrême droite Jobbik

Ultranationaliste et xénophobe, la Garde hongroise revendiquait, avant d'être interdite, la reconstruction de la "Grande Hongrie" dans ses frontières d'avant la Première guerre mondiale. Une rhétorique qui n'est pas sans rappeler les pires heures de la guerre des Balkans et du rêve de "Grande Serbie" exprimé alors par Belgrade. 

Aux honneurs également, le journaliste Ferenc Szaniszlo. Régulièrement l'objet de plaintes pour propos racistes, il a reçu le prix Tancsics, récompensant les "journalistes de mérite". En réaction, une dizaine de journalistes qui avaient déjà obtenu cette distinction l'ont symboliquement rendu aux autorités. En 2011, Szaniszlo avait notamment été sanctionné par l'Autorité de surveillance des médias pour avoir comparé les Roms à des "singes". Le ministre ZoltAn Balog, ayant semble-t-il recouvré la mémoire, a exprimé ses regrets quant à cette remise de prix tout en précisant qu'elle n'était pas révocable. 

L'Union européenne s'inquiète

Cette mise à l'honneur de personnalités ne masquant pas leurs thèses racistes intervient alors que la Hongrie est scrutée attentivement par les autres membres de l'Union européenne. 

La semaine dernière, déjà, Viktor Orban avait inquiété ses partenaires européens lorsque le Parlement avait, le 11 mars, approuvé un quatrième amendement à la nouvelle Constitution - entrée en vigueur seulement en janvier 2012. Cette fois, c'est la Cour suprême, l'un des derniers contre-pouvoirs de la république hongroise, qui a fait les frais du glissement autoritaire du pays. 

Alertés, plusieurs Etats membres ont dénoncé ce qui s'apparente à une destruction progressive de l'Etat de droit. Pour le président de la Commission européenne, Jose Manuel Borroso et le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjorn Jagland, cette nouvelle modification constitutionnelle "soulève des inquiétudes en ce qui concerne le principe de la primauté du droit, le droit de l'UE et les normes du Conseil de l'Euorpe". 

Des manifestations de protestation et autre "flash mob'" citoyennes ont depuis été organisées à Paris, Berlin, Bruxelles et ce dimanche à Budapest. 

Des appels du pied à l'extrême droite

La démocratie hongroise est-elle réellement menacée ? Après tout, Viktor Orban et le Parlement, que sa formation domine, ont été élus par les urnes. A la faveur de la crise, comme dans d'autres pays européens, les partis populistes d'extrême-droite connaissent un regain d'énergie. Et en Hongrie, peut-être plus qu'ailleurs, le terrain est favorable. 

"L'insécurité est régulièrement mise sur le dos des communautés Roms et les difficultés économiques sont reprochées à Bruxelles. Mais le problème tient aussi au désert politique face au Premier ministre" explique, à Paris, Eli Levaï, rédacteur en chef de la revue Opinion internationale. L'opposition est exsangue depuis quelques années: le parti socialiste, héritier du parti communiste, est en pleine crise de désamour et ne devrait pas dépasser les 17% aux prochaines élections en 2014, selon un sondage de l'institut Median paru en février 

"C'est difficile de donner du corps à l'opposition, reconnaît Quentin Guillemain, militant de Hongrie Solidarité. Et Viktor Orban en profite". Par des clins d'oeils et des appels du pied répétés, il espère séduire un maximum d'électeurs de Jobbik, crédité de 19% d'intentions de vote selon la dernière étude. Bien assez pour permettre au Fidesz, le parti d'Orban, de se maintenir à la tête de l'Etat. 

Publié dans Articles de Presse

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