Un livre pour éclairer les années sombres

Publié le par La Nouvelle République

Un livre pour éclairer les années sombres

L’avocat Gilles Antonowicz publie “ Mort d’un collabo ” ou la vie du docteur Guérin, collaborateur poitevin notoire. Plongée dans la banalité du mal.

Les meurtriers étaient de jeunes étudiants résistants. Quatre d'entre eux seront exécutés

Les meurtriers étaient de jeunes étudiants résistants. Quatre d'entre eux seront exécutés

C'était un temps déraisonnable… En ce printemps 1943, Poitiers est depuis presque trois ans sous la botte nazie. Une ville de province comme les autres, avec ses notables, ses notaires, ses médecins, ses policiers, ses journalistes. Certains d'entre eux, dévoyés par une idéologie qui a déjà fait bien des ravages, ont emprunté sans vergogne la voie de la collaboration, au risque de s'y perdre.

Dans la vérité des êtres

C'est le cas d'un certain Michel Guérin, médecin à Poitiers depuis les années trente, follement épris de politique. Pour celui qui va devenir le responsable local du Parti populaire français (PPF) le désastre porte un nom, voire plusieurs : la République, le suffrage universel, les parlementaires, les juifs, les francs-maçons. Il va aussi se faire journaliste et signer de virulents éditoriaux dans le journal collaborationniste L'Avenir de la Vienne.

C'est l'itinéraire de cet homme « atypique » et par là même tout un pan de l'histoire locale que l'avocat Gilles Antonowicz s'est attaché à reconstituer dans Mort d'un collabo, paru ce printemps chez le jeune éditeur Nicolas Eybalin, dans la collection Au vif de l'histoire. Sans a priori et parti pris qui nous font souvent juger ces années sombres à travers les filtres et les grilles de lecture d'aujourd'hui, l'auteur décrit au scalpel ces années sombres.

Il raconte avec précision le drame et les motivations de ces cinq jeunes Poitevins, fils de bonne famille, aux sympathies communistes qui assassineront le docteur Guérin au soir du 13 mai 1943.

Dans ce livre très documenté, on suit pas à pas leur arrestation, leurs deux procès (l'un d'entre eux sera acquitté, les quatre autres condamnés à mort et exécutés) mais aussi l'itinéraire d'une vingtaine de personnages, résistants ou serviteurs de Vichy, personnages troubles et ambigus, Poitevins anonymes et héros solitaires…

A travers ces histoires singulières, c'est toute une tranche de la « grande » Histoire que l'auteur restitue ici avec brio.

« Mort d'un collabo, 13 mai 1943 », de Gilles Antonowicz. Éditions Nicolas Eybalin/Scrineo, 2013. Prix : 17 euros.

Publié dans Articles de Presse

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