Sur les traces du poète Max Jacob dans le Loiret

Publié le par Mylène Jourdan

Sur les traces du poète Max Jacob dans le Loiret

Par deux fois, Max Jacob est venu se réfugier à Saint-Benoît-sur-Loire, à l’ombre de la basilique. Lieu de prière au départ, le village est devenu un lieu de vie.

Max Jacob devant l'église abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire - Marcel Bealu

Max Jacob devant l'église abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire - Marcel Bealu

Quand Max Jacob arrive pour la première fois à Saint-Benoît-sur-Loire, en 1921, c’est pour « travailler et prier tranquille », sur les conseils d’un homme d’église parisien, l’abbé Weil.

La capitale, il y a posé ses valises vingt ans plus tôt, se rêvant artiste. Très vite, il se lie d’amitié avec un peintre prometteur, qui deviendra l’immense Picasso. Côte à côte, ils vivent l’aventure de Montmartre, dans un immeuble délabré que Max Jacob nomme « bateau-lavoir », resté dans les mémoires comme un vivier artistique majeur, où Modigliani, Jules Romain, Braque, Marie Laurencin, entre beaucoup d’autres, ont leurs habitudes. Il est « l’amuseur » de la bande, ose Patricia Sustrac, présidente de l’association « Les Amis de Max Jacob », fondée en 1949. C’est de cet univers agité dont le poète souhaite s’éloigner. Retiré de lui-même du champ littéraire, « il n’a jamais cherché à faire carrière », souligne Patricia Sustrac, qui habite à Bray-en-Val. Incarnation du « poète tourmenté, complexe », ce qui ressort dans son œuvre, indique Alain Germain, vice-président de l’association, il n’est pas aussi connu du grand public - même loirétain - qu’Apollinaire, son ami. La fréquentation de l’exposition permanente à Saint-Benoît l’étaye : en 2012, l’office de tourisme a accueilli 458 curieux (sur 5.000 visiteurs au total).

Près de vingt ans aux côtés de Picasso

Dans ce village ligérien, il devient pénitent. Né à Quimper, en 1876, dans une famille de commerçants juifs non pratiquants, il est bouleversé par une « vision christique », survenue à Paris, en 1909 et se convertit. À son baptême en 1915, Picasso est son parrain. Au monastère de Saint-Benoît, vide, où il s’installe dans un premier temps, il écrit des méditations, des réflexions religieuses, un recueil, « Les pénitents en maillot rose ». Mais sans y vivre en ermite : il reçoit de nombreuses visites.

Patricia Sustrac résume son œuvre en trois thèmes de prédilection : « Dieu, amitié, amour ». Ce qui montre les deux facettes du personnage, « à la fois monacal et démonstratif dans ses sentiments », décrit-elle. Il vit ses passions amoureuses pour les hommes « de manière très personnelle », n’en faisant que de rares allusions dans ses poèmes.

Homme de 30.000 lettres

1928. Lassé de sa retraite spirituelle, « qui a embelli son âme », dit-il, il reprend le chemin de Paris, fauché. Retour en catastrophe à Saint-Benoît, en 1936, « en pêcheur », comme il le dira. Fils du maire de l’époque, Jacques Lelong, 90 ans, se souvient du « saint homme, qui faisait son chemin de croix tous les jours dans la basilique », que les habitants considéraient comme un « original, cape noire, chapeau vissé sur son crâne » dégarni, claudiquant, après un accident de voiture en 1929.

Sa présence rayonne dans tout le Loiret. Le peintre orléanais Roger Toulouse lui rend souvent visite, de même que le chapelier-poète de Montargis Marcel Béalu. Montargis, il s’y rend d’ailleurs régulièrement, pour saluer le docteur Robert Szigeti, qui deviendra député-maire de la ville. Dans ses nombreuses relations amicales, pas de femmes, dont il n’affectionne pas la compagnie. Jacques Lelong se souvient de la « surprise » que l’artiste lui a fait, en l’invitant à la pension Persillard où il loge, pour rencontrer son idole de l’époque : Charles Trenet, son proche ami. Épistolier effréné - on a recensé 30.000 lettres et billets -, Max Jacob passait souvent à son domicile, situé non loin du bureau de poste. « Il venait chercher des bons de cigarettes », rationnées par les Allemands.

De son passage à Saint-Benoît-sur-Loire, où il a acheté, dès son retour en 1936, une parcelle au cimetière, on trouve aujourd’hui des traces. À travers une inscription dans le transept nord de la basilique. Sur la plaque accrochée à la façade de son hôtel. C’est ici qu’il est arrêté, ce 24 février 1944, par la Gestapo orléanaise. Dans le train qui le mène à Drancy, il écrit un dernier billet, au curé : « J’ai confiance en Dieu et dans mes amis. Je le remercie du martyre qui commence. »

Publié dans Articles de Presse

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