Jean Laidet raconte sa déportation à Buchenwald

Publié le par Ouest France

Entre décembre 1943 et avril 1945, Jean Laidet fut déporté puis interné dans ce camp allemand. Aujourd'hui, dans sa maison de Grues, il se souvient de cette période où, jeune résistant, il s'est fait voler sa liberté.

 

Jean Laidet dans son « temple » avec son père dessiné au fusain, derrière lui, à gauche

Jean Laidet dans son « temple » avec son père dessiné au fusain, derrière lui, à gauche

Témoignage

Il nous reçoit dans son « temple ». À Grues, au fond de la grande maison familiale. La bibliothèque y collectionne les ouvrages sur la résistance, le général de Gaulle et d'autres témoignages de la Seconde Guerre mondiale. Un portrait au fusain de son père veille.

Avec Gaston Marceteau, Jean Laidet est le dernier résistant vendéen déporté à Buchenwald (Allemagne) en vie. « Si je suis là, c'est que je suis chanceux », lâche l'homme de bientôt 91 ans.

Déporté avec son père

Quand il embrasse la résistance, il n'a que 17 ans. Yonnais de naissance, Jean Laidet a suivi son père cheminot à Nantes. Devenu étudiant à l'Institut polytechnique de l'ouest, il agit au sein du réseau de résistance Buckmaster, lié au service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni. Son destin bascule le 12 août 1943. « Trahi » par un camarade de classe, l'armée allemande l'arrête. « Je me suis fait casser, j'ai pris des coups. Pendant quinze jours, je ne pouvais plus bouger », se souvient Jean Laidet. Il sera mis au secret dans la prison de Nantes.

Après trois semaines, il est transféré à Compiègne. Son père le rejoint. Ensemble, ils sont déportés vers le camp de concentration de Buchenwald. Serrés les uns contre les autres, à 120 par wagons à bestiaux, sans manger, ni boire. « Des conditions abominables » dont certains ne sortiront pas vivants. Nous sommes en décembre 1943.

À l'arrivée, son père est envoyé au camp voisin de Dora, pour travailler dans l'usine souterraine. Il y mourra en mars 1944. « J'ai vraiment appris sa disparition à mon retour. Mais je m'en doutais. À Dora, on n'en ressortait pas ! »

La « chance » du Vendéen a un nom : la scarlatine. « Sans ça, j'aurais terminé à Dora... » Il passera l'hiver 43-44 dans un dispensaire. Il y enchaîne les maladies. « Ça m'a permis d'être à l'abri car, à 600 m d'altitude, la saison est rigoureuse. »

Block 34

Jean Laidet rejoint finalement le block 34 dans le « grand camp » de Buchenwald, où sont retenus beaucoup de Français. Le Vendéen intègre des kommandos de travail. « Avec des amis, nous avons réussi à nous faire prendre comme maçons, alors que nous ne l'étions pas. »

Sur place, des amitiés se lient. « Dans cette partie du camp, la vie était difficile mais pas la plus dure. Les Allemands avaient besoin de notre travail. »

Ce besoin les emmène dans différents endroits. C'est comme ça qu'il arrive à Halle (Allemagne) pour devenir tourneur sur des pièces d'avions. « Je n'étais pas très bon, certains ont dû s'écraser », se prend-il à rire. Il en garde le souvenir d'une Vendéenne. Elle venait lui glisser de la nourriture, des habits et même du papier « pour dessiner ». « Je ne l'ai jamais revue mais elle s'en est sortie. »

« L'enfer »

La mission achevée, il regagne Buchenwald. Cette fois, ce n'est pas dans le grand camp mais le petit. « L'enfer. » Nous sommes en mars 45, les camps de la zone libérée par les Russes sont évacués ici. Vivants et morts font couche commune. Entassés à mille dans des baraquements, l'odeur y est indescriptible. Jean Laidet écrira dans un livre témoignage : « Nous sommes dans un univers où plus rien n'est humain. »

« Par chance », ses amis du grand camp parviennent à l'extirper et le faire revenir dans le block 34, une semaine après. Les rumeurs de la libération bruissent. Elles seront réalité le 11 avril. Avant de quitter le camp, Jean Laidet et des camarades recopient à la main les fiches de renseignements faites par les Allemands sur les déportés. « Ça nous a pris trois jours. On voulait dire qui était passé par là et ce qu'ils étaient devenus. »

À son retour, Jean Laidet donne de nombreuses conférences. « C'est tellement difficile de raconter la déportation. Elle est si différente selon les camps. Je ne raconte que mon histoire », explique prudemment cet officier de la Légion d'honneur. Sur l'étagère de son temple trône des remerciements d'élèves de Pouzauges pour une de ses interventions. « Ça, c'est quelque chose qui me touche. C'est important », confie le résistant, le regard pétillant.

Publié dans Articles de Presse

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