Espionnage : l'Allemagne envisage le retour à la machine à écrire

Publié le par Le Figaro Roland Gauron

Les huit députés chargés d'enquêter sur l'étendue des écoutes de la NSA en Allemagne utilisent une machine à écrire et de la musique classique pour contrer l'espionnage américain.

Les membres de la commission d'enquête disposent d'une machine à écrire

Les membres de la commission d'enquête disposent d'une machine à écrire

Mail encryptés, téléphones sécurisés: les députés allemands chargés d'enquêter sur le scandale des écoutes de la NSA redoublent de vigilance. Le rapporteur de la commission parlementaire, Patrick Sensburg, envisage même très sérieusement de revenir à la bonne vieille machine à écrire. Il a révélé cette semaine sur la chaîne publique ARD qu'il en avait d'ailleurs déjà une à sa disposition. «Et pas un modèle électronique», a-t-il précisé. Devant la stupeur de son interlocuteur, il a dû lui assurer qu'il ne s'agissait pas d'une blague. «Nous devons nous assurer que nos échanges internes sont sécurisés, que nos emails sont cryptés, que nos téléphones le sont aussi ainsi que d'autres procédures que je ne peux pas préciser ici», a justifié Patrick Sensburg.

Et, à en croire le Süddeutsche Zeitung , la machine à écrire ne serait pas le seul expédient du genre trouvé par les huit députés du Bundestag. Avant chaque réunion, les participants sont priés de déposer téléphones et ordinateurs dans une boîte métallique afin d'éviter toute communication avec l'extérieur. «Ensuite, le rapporteur de la commission, Patrick Sensburg, allume de la musique, précise la source citée par le quotidien. Le Concerto pour piano en la mineur d'Edvard Grieg.» En outre, chaque membre de la commission dispose d'un coffre-fort où il peut placer des documents classés confidentiels.

Le travail des huit députés semble intéresser de près le renseignement américain. L'un des deux agents-double démasqués ces deux dernières semaines en Allemagne aurait, selon le Süddeutsche Zeitung, reçu pour mission spécifique de se renseigner sur l'activité de la commission. L'homme, qui travaillait pour les services de renseignement allemand, aurait livré plus de 200 documents à la CIA contre une somme de 25.000 euros. Mise en place en avril, la commission doit déterminer dans quelle mesure des citoyens et des responsables politiques allemands ont été espionnés par la NSA, et ce que les services secrets allemands savaient.

La proposition est loin d'avoir soulevé l'enthousiasme de tous les membres de la commission. Martina Renner, qui représente le parti d'opposition Die Linke, s'est même fendu d'un tweet assassin: «Avant d'utiliser une machine à écrire et de brûler les écrits après lecture, je préfère abolir les services secrets.» L'Allemagne n'est pourtant pas le premier pays à envisager le retour de la machine à écrire. Il y a un an, peu après les premières révélations d'Edward Snowden, les services spéciaux russes, chargés de la protection des personnalités, avait lancé un appel d'offre pour l'achat de 20 machines à écrire.

 

Publié dans Articles de Presse

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