L'homme qui a détruit leur vie: Rita Hayworth et Ali Khan

Publié le par Gala

Gala retrace l'histoire d'amour de la star avec le fils de l'Aga Khan III. Rita Hayworth incar­nait le sex-appeal holly­woo­dien, quand son chemin croise celui de Ali Khan, célèbre pour ses conquêtes fémi­nines et sa colos­sale fortune.

L'homme qui a détruit leur vie: Rita Hayworth et Ali Khan
L'homme qui a détruit leur vie: Rita Hayworth et Ali Khan
L'homme qui a détruit leur vie: Rita Hayworth et Ali Khan
L'homme qui a détruit leur vie: Rita Hayworth et Ali Khan

Elle était déesse, il était prince. La love story entre l’ac­trice la plus dési­rée d’Hol­ly­wood – surnom­mée la Déesse de l’amour – et l’hé­ri­tier de l’une des dynas­ties les plus nobles du Moyen-Orient a fait rêver toute une géné­ra­tion de femmes. Luxe, calme et volupté: les photos des maga­zines lais­saient paraître un bonheur parfait, aussi bleu que les eaux de la Médi­ter­ra­née. Tous les éléments du mythe étaient là: yachts splen­dides, bals gran­dioses, soirées aux chan­delles à Capri, montagnes de fleurs, bijoux uniques… Rita Hayworth, dont l’image ornait les avions de chasse améri­cains à l’autre bout du monde, semblait heureuse. Ali Khan, dont chaque geste était scruté par des dizaines de préten­dantes avides, avait conquis la plus belle des plus belles, la perle du cinéma. Tous les articles, à l’époque, commençaient par: «Il était une fois…», comme les contes de l’en­fance. Pour­tant…

Tout commence en juillet 1948. Cet été-là, chaud et enso­leillé, est triste pour Rita Hayworth. La plus sédui­sante des girls d’Hol­ly­wood a trente ans et est adulée: ses longs cheveux roux, ses yeux émou­vants, sa silhouette de vamp donnent des vapeurs à tous les spec­ta­teurs mascu­lins du monde, et des humeurs de jalou­sie à toutes les femmes du cosmos. Les censeurs ne savent pas quoi faire devant cette image même du péché. Ils ont bien essayé de couper Gilda, deux ans aupa­ra­vant, sous prétexte que le décol­leté de la star était trop auda­cieux et ses épaules trop sexy, mais la produc­tion a réussi à démon­trer que la robe était en fait sous-tendue par des baleines au niveau de la poitrine, et que seul un maquillage habile souli­gnait la sépa­ra­tion des seins (qu’il est alors inter­dit de montrer à l’écran)…  Mais, quand elle ne tourne pas, Rita est malheu­reuse. D’abord, parce qu’on lui propose ses scéna­rios imbé­ciles. Ensuite, parce qu’elle vient de divor­cer de son amour, Orson Welles. Elle a eu, depuis, des liai­sons à répé­ti­tion: avec Glenn Ford, son parte­naire dans Gilda. Avec Charles Feld­man, son agent. Avec Tony Martin, croo­ner à succès. Avec Victor Mature, un acteur à carrure de taureau. Avec Tyrone Power, star d’Arènes sanglantes. Et surtout avec produc­teur Howard Hughes, milliar­daire texan fou qui a essayé de l’ajou­ter à son harem…

Elle n’a qu’une seule obses­sion: «Aimez-moi». Déses­pé­ré­ment, elle veut un homme qui l’aime, qui ne la regarde pas comme Gilda ou une déesse. Depuis sa jeunesse, elle court après ce rêve. Elle a été danseuse mondaine avec son père, Eduardo Cansino, et c’est lui, proba­ble­ment, qui l’a déflo­rée. Elle en est restée trau­ma­ti­sée. Elle a besoin de récon­fort, de tendresse, de solli­ci­tude. Elle cherche. Sur la Côte d’Azur avec Shifra Haran, l’ex-secré­taire d’Or­son qui lui resta fidèle, Rita est sombre, cet été-là. L’in­vi­ta­tion d’Elsa Maxwell tombe à pic: le bal va être somp­tueux. Cette dernière est une commère répu­tée. Laide, veni­meuse, lesbienne, elle orga­nise les plus belles soirées du monde, et se fait une fierté de jouer à la marieuse. C’est elle qui a présenté Onas­sis à la Callas, et Gary Cooper à sa dernière maîtresse, Patri­cia Neal. Quand elle sent que Rita Hayworth hésite, elle lui télé­phone: «Venez. Il y aura un homme fasci­nant.» Et ajoute: «C’est un prince persan.»

Le prince en ques­tion est le plus célèbre play-boy du monde, un Casa­nova des temps modernes. Il n’est pas spécia­le­ment beau, mais, à trente-sept ans, il a un charme fou. Surtout, il sait comment plaire aux femmes, et a la répu­ta­tion d’être un amant inégalé – il connaî­trait, dit-on, les secrets érotiques de l’Orient ancien. Il accorde à ses conquêtes toute son atten­tion, les couvre de cadeaux, satis­fait leurs moindres désirs. La fortune de son père, Aga Khan III, 48e chef reli­gieux des ismaé­liens, est immense. Ali Khan a des pur-sang partout dans le monde, des maisons épar­pillées dans les plus beaux endroits, une collec­tion de maîtresses toutes plus belles les unes que les autres, une épouse distin­guée (mais évidem­ment malheu­reuse), et une vie mondaine intense. C’est Don Juan riche, amusant et cultivé. Il a plusieurs défauts, cepen­dant, en plus d’être volage, il conduit ses voitures de sport comme un fou. Ce qui embel­lit sa légende, qui est celle d’un aven­tu­rier de charme.

Quand elle l’aperçoit, au bal d’Elsa Maxwell, Rita Hayworth fait semblant de ne pas être inté­res­sée. Elle se détourne. Il n’en faut pas plus pour qu’Ali Khan ait une pous­sée de fièvre. Il s’avance, se présente, invite la star sur la piste. Ils s’élancent. Elle a été danseuse profes­sion­nelle, et constate que le prince sait mener sa parte­naire. Il engage la conver­sa­tion. Rita reste loin­taine. Il insiste, explique que le lende­main, il part en Irlande avec son avion person­nel pour ache­ter un cheval en Irlande. Elle écoute. Il cite des poèmes. Elle évoque quelques souve­nirs de tour­nage. Ils ne remarquent pas que toute l’as­sis­tance les suit des yeux. Les heures passent. La nuit s’avance. Il lui propose de partir en voiture, tout de suite, pour regar­der les étoiles. Parve­nus sur les hauteurs désertes de Mande­lieu, il s’ar­rête. «Là, dit-il, c’est la constel­la­tion de Cassio­pée, la reine d’Ethio­pie, qui était d’une beauté incroyable. Mais, ajoute-t-il, Cassio­pée n’était rien à côté de Rita.» Le jour se lève sur la mer. Il faut rentrer. Ali Khan annule son départ en Irlande.

Les semaines suivantes, l’ac­trice prend ses distances, méfiante. Mais la cour pres­sante du prince est payante: fina­le­ment, Rita Hayworth s’ins­talle dans la demeure cannoise d’Ali, le château de l’Ho­ri­zon. Sa carrière est en panne, ses défenses sont anéan­ties, peut-être trou­vera-t-elle enfin la paix? En mai 1949, à peine divorcé de son épouse issue de l’aris­to­cra­tie britan­nique, Ali Khan épouse Rita Hayworth Cansino à la mairie de Vallau­ris. L’évé­ne­ment est colos­sal: tout ce que la Côte compte de curieux, de jet-setters, de photo­graphes, de papa­raz­zis, de pique-assiettes et de vedettes. La mariée, avec une robe d’une rare beauté, lance la ligne New Look de Dior. Quand la cohorte arrive au château, le cham­pagne coule à flots, le caviar s’offre en montagnes, l’obèse Aga Khan lui-même est là, assis dans un fauteuil, près de la piscine où flottent les initiales des jeunes mariés, formées de fleurs.

Elsa Maxwell parle d’une «éter­nelle féli­cité». L’éter­nité, en fait, va durer cinq minutes. Car Rita Hayworth espé­rait un peu d’in­ti­mité. Elle n’en aura jamais. Partout où le couple s’aven­ture, la presse est là. Le voyage de noces est gâché. Les soirées en tête-à-tête se trans­forment en bagarres de rue entre papa­raz­zis. La moindre sortie est un match de rugby. Le prince, à peine marié, repart en virée dans les boîtes de nuit. Il est photo­gra­phié avec la belle Joan Fontaine, la star de Jane Eyre. Rita Hayworth accouche d’une petite fille, Yasmin, le 28 décembre 1949. A ce moment-là, tout est déjà fini. Le prince papillonne. L’ac­trice sombre dans la dépres­sion. Ils n’ont jamais été sur la même planète, ni dans le même monde. Comme le dira Rita Hayworth plus tard: «Les hommes tombent amou­reux de Gilda et se réveillent avec moi.»

Elle aura d’autres maris, il aura d’autres maîtresses. Mais Rita Hayworth ne s’en remet­tra jamais: peu à peu, ses films devien­dront moins inté­res­sants, et sa bouteille de whisky plus présente. Les hommes, oui, il y en aura, bien sûr. Luis Domin­guin, le toréa­dor, Peter Lawford, le beau-frère du président KennedyRobert Mitchum, avec qui elle tourne L’en­fer des tropiques. Mais, lente­ment, la mala­die d’Alz­hei­mer aura raison de la Déesse de l’amour. Quant à Ali Khan, il se tuera en 1960 dans un acci­dent de voiture dans la banlieue de Paris. Gilda et le prince, au fond, se sont croi­sés comme deux bateaux dans la nuit. 

Publié dans Articles de Presse

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