Philippot et Pétain en filigrane

Publié le par L'Humanité par Paul Conge

Philippot et Pétain en filigrane

Le numéro 2 du FN estime que c’est «bafouer l’honneur de la France» que de reconnaître sa responsabilité dans la déportation des juifs. Il remue les vieux spectres de l’extrême droite. 

Photo prise le 16 juillet 1956 lors de la commémoration de la rafle du Vel' d'Hiv' des 16 et 17 juillet 1942, à Paris

Photo prise le 16 juillet 1956 lors de la commémoration de la rafle du Vel' d'Hiv' des 16 et 17 juillet 1942, à Paris

Venant d’un ancien affidé de Chevènement, la réplique, culottée, ne laisse pas de surprendre. « Complice de l’occupant ? C’est un non-sens total », a rétorqué Florian Philippot (FN), hier, au journaliste de France2 qui l’interrogeait sur la responsabilité de la France durant l’Occupation nazie. « La France était à Londres, c’était un pays occupé, non pas complice de l’occupant mais victime de l’occupant », veut-il croire. Pétain, l’instigateur d’un État racial et autoritaire ? Victime. La Milice française, toutou supplétif de la Gestapo, pilote d’exactions sanglantes contre les juifs, les Tsiganes et les communistes ? Victime.

Lors de la commémoration, la veille, de la rafle du Vél’d’Hiv, Manuel Valls a surligné le « déshonneur de la France » dans sa « complicité avec l’occupant (nazi) ». Escagassé, le numéro 2 du FN a tenu, via une gymnastique habile, à laver l’État pétainiste de ses torts. C’est « faire fi des circonstances tout à fait exceptionnelles et oublier le fait que la France est le pays qui a sauvé le plus de juifs ». Il a fustigé le « concours de repentance » des hommes politiques ayant reconnu sans faux-fuyants la responsabilité de l’État dans les déportations. Il les accuse d’« entretenir la haine de la France, la repentance à un degré maximal ».

En disculpant la France de la sorte, l’énarque de Marine Le Pen, non content d’éluder des jugements qui ont frappé des responsables français, renoue avec le syndrome pétainiste du Front national. « L’extrême droite française a une référence fondamentale, c’est Vichy », décodait, en 2002, l’historien Pierre Milza. Plusieurs fois, Jean-Marie Le Pen s’est attaché à édulcorer les crimes du régime, déplorant que l’on avait été « trop sévère » avec Pétain, qui bénéficie, disait-il, de « circonstances atténuantes ». Pour finir le lavage, l’essoreuse. Philippot embraye : « Bien sûr qu’il y a eu des dérives (…) mais il y a aussi eu des actes de résistance. » Des dérives, oui : la bagatelle de vingt-neuf mille Juifs, déportés et exécutés du fait de chasses aux sorcières. Ce cadre légal (lois antijuives, collaboration policière) irriguait le cœur battant du régime de Vichy. Mais Philippot est prêt à tous les mariages pour l’«honneur de la France».

Publié dans Articles de Presse

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