Un Américain soupçonné d'avoir été garde à Auschwitz meurt avant son extradition

Publié le par Le Point par Frédéric Thérin, à Munich

Un Américain soupçonné d'avoir été garde à Auschwitz meurt avant son extradition

Johann Breyer, 89 ans, réfugié aux États-Unis depuis 1952, était soupçonné d'avoir "travaillé" à Auschwitz. La justice venait d'autoriser son extradition.

Les grilles d'entrée du camp d'extermination d'Auschwitz, où des millions de juifs ont péri

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La justice, parfois, attend trop... Un mécanicien soupçonné d'avoir été garde à Auschwitz est mort à l'âge de 89 ans, quelques heures à peine avant qu'une cour de justice américaine n'annonce son extradition en Allemagne. Johann Breyer avait été arrêté au mois de juin par la police de Philadelphie (Pennsylvanie) à la suite d'une plainte déposée par Berlin. Ce père de famille né en Tchécoslovaquie, dont la mère était américaine - ce qui lui a permis d'émigrer aux États-Unis peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1952 -, n'a jamais nié qu'il s'était engagé dans la Waffen SS lorsqu'il avait tout juste 17 ans. Soldat dans une unité d'artillerie basée près d'Auschwitz, il a par contre toujours refusé de reconnaître qu'il avait "travaillé" dans le camp d'extermination. La juge Timothy Rice avait toutefois refusé de le libérer sur parole en juin dernier en raison de la gravité des faits qui lui étaient reprochés.

Dans les années 90, Washington avait déjà décidé de lui retirer sa nationalité américaine, mais l'affaire en était restée là, car la justice n'avait pas pu prouver qu'il avait volontairement choisi d'être transféré dans le camp de la mort, où plus de 1,1 million de personnes ont perdu la vie. En effet, pendant près de soixante ans, les juges allemands pouvaient condamner un ancien nazi uniquement si sa responsabilité individuelle de complicité d'assassinat pouvait être prouvée. Cette décision de la Cour fédérale de justice qui remonte à 1969 a permis à de nombreux acteurs de l'Holocauste de ne pas être inquiétés par les autorités. 

Mais la condamnation à cinq ans de prison, en 2011, de John Demjanjuk, un ancien gardien du camp de Soribor, pour complicité dans l'extermination de plus de 28 000 juifs, a créé un précédent qui a permis aux enquêteurs de relancer de nouvelles procédures judiciaires. En février, trois hommes âgés de 88, 92 et 94 ans ont notamment été arrêtés dans le Land du Bade-Wurtemberg, au sud de l'Allemagne, car la police les soupçonnait d'avoir été des gardes à Auschwitz durant la Seconde Guerre mondiale. Johann Breyer, lui, est parvenu à échapper à la justice en poussant son dernier soupir.

Publié dans Articles de Presse

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