Un trio de Russes aux commandes de la rébellion ukrainienne

Publié le par Yahoo Actualités Gabriela Baczynska et Aleksandar Vasovic

Un trio de Russes aux commandes de la rébellion ukrainienne

KIEV/DONETSK Ukraine (Reuters) - Début juillet, alors que l'armée de Kiev progresse dans l'est de l'Ukraine, le chef séparatiste Alexandre Borodaï, de nationalité russe, se rend à Moscou pour des consultations politiques.

Vladimir Antioufeïev, vice-Premier ministre de la république populaire autoproclamée de Donetsk ou RPD (à gauche), Alexandre Borodaï, Premier ministre de la RPD (en haut à droite) et Igor Strelkov, chef militaire séparatiste. Ces trois hommes, de nationalité russe, sont désormais aux commandes de la rébellion séparatistes dans l'est de l'Ukraine -les chefs ukrainiens ayant été écartés, ce qui souligne la volonté de Moscou de s'impliquer davantage dans le conflit, selon les observateurs occidentaux.

Vladimir Antioufeïev, vice-Premier ministre de la république populaire autoproclamée de Donetsk ou RPD (à gauche), Alexandre Borodaï, Premier ministre de la RPD (en haut à droite) et Igor Strelkov, chef militaire séparatiste. Ces trois hommes, de nationalité russe, sont désormais aux commandes de la rébellion séparatistes dans l'est de l'Ukraine -les chefs ukrainiens ayant été écartés, ce qui souligne la volonté de Moscou de s'impliquer davantage dans le conflit, selon les observateurs occidentaux.

Des discussions fructueuses, dit-il, au terme desquelles il revient dans son bastion de Donetsk accompagné d'un compatriote expérimenté, responsable pendant vingt ans des "opérations de sécurité" dans la région sécessionniste moldave de Transnistrie.

Le 10 juillet, Vladimir Antioufeïev est nommé vice-Premier ministre de la république populaire autoproclamée de Donetsk (RPD), étoffant la poignée de Russes aux commandes de la rébellion séparatiste dans le Donbass.

Aux côtés de Borodaï, Premier ministre de la RPD, et du chef militaire Igor Strelkov, l'arrivée d'Antioufeïev souligne la volonté de Moscou de s'impliquer davantage dans le conflit, estiment les observateurs occidentaux. La Russie dément toute intervention en Ukraine.

"Il y a eu un changement radical à la tête de la république populaire de Donetsk au cours des dernières semaines, qui donne l'impression d'un rôle plus directif de la Russie", déclare Geoffrey Pratt, l'ambassadeur des Etats-Unis à Kiev. "Ces individus sont en contact régulier avec les autorités russes."

Les chefs rebelles de nationalité ukrainienne ont été écartés, ce qui crée des tensions au sein d'un mouvement séparatiste plus nerveux depuis le crash du Boeing de Malaysia Airlines le 17 juillet.

DISSENSIONS

Vladimir Antioufeïev a remplacé un natif de Donetsk, Alexandre Khodakovski, en tant que responsable de la sécurité de la république de Donetsk. Denis Pouchiline, un autre Ukrainien autrefois "président" de l'entité, a été limogé.

Khodakovski, s'il reste un chef militaire important de la rébellion, a adopté une ligne de plus en plus indépendante. Dans une interview à Reuters, il a reconnu la semaine dernière que les séparatistes possédaient des missiles antiaériens BUK de fabrication, du type de celui qui selon Washington a détruit le vol MH17, faisant 298 morts. Borodaï a démenti.

Selon un responsable ukrainien en poste à Marioupol, un port du sud-est de l'Ukraine reconquis le mois dernier par Kiev, les Russes prennent en main l'ensemble de la rébellion en mettant les locaux sur la touche.

Vladimir Antioufeïev, également connu sous le nom de Vadim Chevtsov, un sexagénaire au crâne dégarni originaire de Sibérie, dit avoir "combattu le fascisme nationaliste" en soutenant les séparatistes de Transnistrie ou ceux des régions géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie.

Dans ses nouveaux bureaux de Donetsk, où est accroché un portrait de Vladimir Poutine, il explique être venu en Ukraine parce que des Russes y sont tués par les forces ukrainiennes. "Je sais ce que c'est que lutter pour les droits d'un peuple", dit-il. "Je sais où sont les points chauds."

Lorsqu'on lui demande s'il existe des divisions dans les rangs séparatistes, il explique: "Je suis l'autorité. Je n'ai pas de problèmes. S'ils ne comprennent pas cela, c'est leur problème. Je suis un professionnel lorsqu'il s'agit de me faire comprendre."

Après vingt années d'opérations en Transnistrie, qui lui ont valu d'être une première fois placé sur liste noire, en 2004, par l'Union européenne, Antioufeïev a été limogé en 2012, quand son allié a été remplacé à la tête de la région sécessionniste. Il s'est alors barricadé pendant trois jours dans son bureau.

Aujourd'hui, le responsable russe est de nouveau sur la liste des personnalités visées par des sanctions européennes pour son rôle en Ukraine.

"VOLONTAIRES"

Washington affirme que l'arrivée de Russes aux commandes de la rébellion coïncide avec un nombre accru d'armes lourdes traversant la frontière, en réaction aux progrès enregistrés sur le terrain par l'armée ukrainienne.

Alexandre Borodaï répond que ces armes proviennent des dépôts saisis par ses hommes en conquérant des territoires. Il admet en revanche que des "volontaires" russes viennent renforcer les rangs séparatistes.

"Il est normal et naturel que nous finissions par diriger ce mouvement en raison de certaines compétences, de nos capacités", a-t-il déclaré récemment au cours d'une conférence de presse, flanqué de Strelkov et d'Antioufeïev. "Il y aura de plus en plus de gens venus de Moscou au sein de la RPD."

Le robuste Premier ministre de la RPD dément avoir travaillé pour les services de sécurité russes. Il reconnaît seulement en connaître de nombreux membres en raison de son passé d'"expert politique professionnel".

Lui et Strelkov se sont rencontrés pour la première fois en 1996 en Tchétchénie, où Moscou a mené deux guerres contre les indépendantistes entre 1994 et 2000. Ils ont tous deux servi en Transnistrie et plus récemment en Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie en mars dernier.

Les deux hommes sont sur la liste des sanctions occidentales. Selon Kiev et l'Union européenne, Igor Strelkov, dont le vrai nom est Igor Guirkine, est un agent du GRU, les services de renseignement militaires russes.

Il dit avoir servi comme colonel au sein des services secrets (FSB) qu'il a quittés à la fin mars et avoir une expérience des combats en Transnistrie, en Bosnie et dans les deux guerres de Tchétchénie.

Quand il commandait les forces rebelles à Slaviansk, la ville est devenue un haut-lieu de la résistance séparatiste. Deux hélicoptères et un avion de combat ukrainiens y ont été abattus. Mais la chute de Slaviansk le 5 juillet a écorné sa réputation parmi les rebelles.

Selon ses anciens collègues du FSB, l'un de ses ouvrages favoris est un livre de science-fiction de l'époque soviétique, "Il est difficile d'être un Dieu", des frères Strougatski, qui relate la mission d'un agent sur une autre planète.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article