Unie, alliée ou en ordre dispersé : sous quelle configuration la droite s’est-elle montrée électoralement la plus efficace depuis 1958 ?

Publié le par Atlantico Xavier Chinaud

L'UMP connaît aujourd'hui une grave crise, mais ce n'est pas la première fois que la droite est obligée de réfléchir à la meilleure manière de se remettre en ordre de bataille en vue des prochaines élections présidentielles. Retour sur les formules qui ont fait son succès depuis le début de la cinquième république.

 

 

En 1974, une fronde interne est menée par Jacques Chirac contre Valéry Giscard d’Estaing, ce qui n'empécha pas ce dernier de remporter l'élection présidentielle

En 1974, une fronde interne est menée par Jacques Chirac contre Valéry Giscard d’Estaing, ce qui n'empécha pas ce dernier de remporter l'élection présidentielle

Atlantico : Que ce soit De Gaulle en 65 ou Pompidou en 69, la droite l’emporte avec respectivement 55,20% et 58,21% des voix au second tour. Ces victoires tenaient-elles à un travail d’unification des droites, ou simplement à l’absence d’opposition en face ?

Xavier Chinaud : Aucune élection présidentielle n’est simple et chacune différente quant à la situation dans chaque camp

En 1965 il y avait face à Charles de Gaulle un candidat du Centre : Jean Lecanuet et un candidat unique de la gauche : François Mitterrand. Le Général fut mis en ballotage au 1er tour, ce qui fut considéré par certains comme un quasi crime de lèse majesté.

En 1969 la démission post referendum  du Général de Gaulle créa un contexte très particulier, Georges Pompidou eut face à lui un candidat du Centre : Alain Poher,  un communiste : Jacques Duclos et deux socialistes : Gaston Defferre (SFIO) et Michel Rocard (PSU).

Ces élections n’étaient donc pas celles de l’unification des droites, où coexistaient séparément les gaullistes, les Républicains Indépendants, les centristes et les radicaux, mais celles d’une époque de responsabilité et de hauteur de vue ; V. Giscard d’Estaing eut la sagesse à l’époque de ne pas être candidat, considérant que les circonstances du départ du Général avaient "traumatisé" l’électorat. 1974 lui donnera raison mais les temps ont changé depuis.

Quant à l’opposition de gauche elle était faible, entre des socialistes encore désunis et un PC encore très fort (Duclos passa les 21% en 1969).

Qu’en est-il de la victoire de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 ? Malgré sa victoire au second tour avec 1,62 point d’avance, il était devancé de loin par Mitterrand au premier tour (43,25% contre 32,60%). Dans quelle mesure cette victoire "dans la douleur" était-elle la manifestation d’un manque d’efficacité de la droite au niveau électoral ?
En 1974 VGE fut le candidat "du changement dans la continuité" face, au 1er tour,  à Jacques Chaban Delmas défendant "la nouvelle société".

Les gaullistes étaient divisés et si Chaban était le candidat de l’UDR (ancêtre du RPR), une fronde interne menée par Jacques Chirac (et les pompidoliens Marie-France Garaud et Pierre Juillet), après avoir tenté de susciter une autre candidature "gaulliste", déboucha sur "l’appel des 43" en faveur de VGE et  beaucoup de "coups bas".

A gauche Mitterrand, après avoir unifié les socialistes au congrès d’Epinay (1971) s’était imposé comme candidat unique de la gauche après avoir signé "le programme commun" avec les communistes.

Parler de manque d’efficacité électoral me semble non juste si l’on considère que le cumul des voix VGE/Chaban du 1er tour passait les 47%, donc supérieur à Mitterrand. De plus VGE sut rassembler au second tour et l’emporta.

1974 marque donc à droite le début des calculs et des fractures durables… et l’unité trouvée de la gauche.

Publié dans Articles de Presse

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