Après la Libération, Nîmes se fait justice

Publié le par Midi Libre par Audrey Poma

Après la Libération, Nîmes se fait justice

À la fin de l'occupation allemande, les Nîmois règlent leurs comptes avec la Collaboration.

Le préfet Angelo Chiappe a été condamné à mort à la Libération. Il a été fusillé devant les arènes de Nîmes

Le préfet Angelo Chiappe a été condamné à mort à la Libération. Il a été fusillé devant les arènes de Nîmes

Le 28 août 1944, devant les arènes de Nîmes, les passants assistent médusés à l'exécution sommaire de neuf personnes accusées d'avoir été des miliciens. Une justice expéditive guidée par un sentiment de vengeance.

Aux lendemains de la Libération, la délation règne : les personnes soupçonnées d'avoir collaboré avec les autorités d'occupation nazies sont arrêtées et exécutées. Les femmes accusées d'avoir fraternisé avec l'ennemi sont tondues en public. C'est le début d'une épuration. Pour éviter le courroux des habitants, certains s'inventent même un passé de Résistant.

909 Gardois jugés, 343 condamnés à mort

Face à ce déferlement de justice non contrôlée, le Comité départemental de la Libération (CDL), présidé par Antoine Benedittini, tente d'apporter une légalité. Le 20 septembre 1944, un arrêté institue, à Nîmes, une cour de justice qui sera solennellement installée cinq jours plus tard.Parmi les procès les plus attendus, celui de l'ancien préfet du Gard, Angelo Chiappe, a duré trois jours. En poste de septembre 1940 à février 1944, il est accusé "d'intelligence avec l'ennemi". Face aux accusations, il répond qu'il suivait "les ordres de Vichy". Un argument insuffisant selon la cour, surtout que la preuve de ses excès de zèle est apportée. Il lui est notamment reproché d'avoir "développé le pourcentage des départs au STO à tel point que le Gard est considéré comme ayant donné proportionnellement le résultat maximum", selon l'ouvrage Quand le Gard résistait, de l'historien Aimé Vielzeuf.

Le 23 décembre, quatre mois après la Libération de la ville, Angelo Chiappe est condamné à mort après trente-cinq heures de délibération. Il sera exécuté devant les arènes, un mois plus tard.

Selon des statistiques publiées au mois de mars 1946, les différentes cours de justice du département du Gard auront jugé 909 personnes, dont 343 auront été condamnées à mort même si la plupart d'entre elles le seront par contumace.

Le droit de vote des femmes

En avril 1945, la vie démocratique reprend son cours après neuf ans d'interruption pour les élections municipales. Depuis 1936, les citoyens français n'avaient pas été appelés à se déplacer aux urnes. Et pour la première fois, les femmes pourront exercer ce droit. C'était une promesse du général De Gaulle inscrite dans le préambule de la constitution du 27 octobre 1946. Cette année-là c'est Léon Vergnole, résistant communiste, qui devient le nouveau maire d'une ville de Nîmes encore marquée par deux ans d'occupation et trois bombardements alliés successifs.

Malgré un semblant de retour à la normale dans le Gard, ce n'est que le 8 mai 1945, neuf mois après l'entrée des FFI dans Nîmes, que les Français pourront entendre à la radio que "la guerre est gagnée".

Publié dans Articles de Presse

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