Ce jeune clermontois, agent de la Gestapo, qui tortura, assassina, viola...

Publié le par La Montagne Jean-Paul Gondeau

Ce jeune clermontois, agent de la Gestapo, qui tortura, assassina, viola...

Avec Jean Vernières, fusillé à la fin 44, on touche le tréfonds de l’abjection. Cet agent clermontois de la Gestapo tortura, assassina, viola… A son procès, il invoquera des « raisons politiques ». Mais au regard du sadisme de ses crimes, comment l’entendre, encore moins le comprendre ?

Un physique de gendre idéal à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession. - Photo : Musée de la résistance Clermont-Communauté

Un physique de gendre idéal à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession. - Photo : Musée de la résistance Clermont-Communauté

Devant la cour de justice de Clermont, Jean Vernières parle sans embarras, d'une voix posée, appliquée, avec la politesse apprêtée du jeune homme bien né. « Vous vous souvenez d'avoir torturé ma belle-fille, de lui avoir arraché les cheveux et les ongles ? » l'accuse la mère d'un maquisard qu'il a fait déporter. « Mais certainement madame », répond ce garçon de 23 ans au physique de gendre idéal, fils de pharmaciens clermontois.

« C'était le plus cruel de tous », assurera un témoin sauvagement battu à coup de fouet plombé. Il fait allusion à trois autres complices de Vernières qui seront jugés à la même période, entre novembre et décembre 44 : Georges Mathieu, Louis Bresson et Paul Sautarel.

Le quatuor n'a pas 24 ans de moyenne d'âge et forme le Sonderkommando de Clermont, police supplétive des Allemands qui a pignon sur rue, au 8 de l'avenue de Royat, proche du tristement célèbre n° 2 où de nombreux résistants furent torturés à mort. Eux se montrent dignes de leurs aînés gestapistes en violant selon leurs dires « une vingtaine de femmes ». On dit même que Geissler, l'impitoyable patron de la Gestapo régionale, aurait été ébahi par la brutalité de Mathieu.

« J'agissais uniquement par idéal »

Les crimes de Jean Vernières relèvent autant du sadisme viscéral que d'un engagement politique dévoyé. Il cogne, insulte, martyrise et se justifie au nom du national-socialisme qui, seul, sauvera la France du bolchevisme… Mais comment et dans quelles mesures respectives ont interagi ces deux « dépendances » ?

Ses parents étaient catholiques traditionalistes, sympathisants d'Action Française, antirépublicains et anticommunistes : qu'en déduire ? En notant que lui et son frère Gérard (*) épousèrent jusqu'à l'extrême et sans esprit critique cette idéologie familiale. Soulignons que nombre de résistants ont partagé ces valeurs et cette éducation sans qu'elles les détournent d'un patriotisme supérieur.

Magasinier à Auschwitz

Son procès, quatre mois après la libération de Clermont, révèle une personnalité qui fait froid dans le dos. « Les terroristes c'est vous, lance-t-il à ses juges, vous pouvez me condamner à mort, tout ce que vous pouvez faire, c'est me faire rigoler ».

En s'aidant d'un mémoire qu'il a rédigé dans sa cellule, Jean Vernières se raconte sans complexe : embauché en mars 43 au titre du STO (Service du travail obligatoire) comme magasinier à… Auschwitz, il devient membre de la police du camp pour moucharder les « saboteurs ». Il estime à « une soixantaine » le nombre de déportés dénoncés et condamnés à la pendaison. Il s'ennoblit : « J'agissais uniquement par idéal car la majorité des saboteurs n'étaient que des révolutionnaires communistes ».

Un tel « idéal » convainc la Gestapo qu'il sera mieux exploité dans sa ville natale. Vernières revient à Clermont en mars 44 où, jusqu'à la libération de la ville, il commettra « huit ou neuf meurtres avec tortures, quatre viols, deux attentats à la pudeur et de nombreux vols ».

Parmi ses « faits d'armes », l'assassinat d'Alfred Lelluch, directeur des laboratoires Radio-électriques. « Il faisait du rhumatisme articulaire, il était inguérissable, nous l'avons tué ». Et cette lapidaire évocation du supplice de l'héroïque Marinette Menut : « je puis vous dire qu'elle était encore blessée lorsqu'elle fut emmenée à Aulnat pour y être exécutée ».

Lui sera fusillé le 19 décembre 1944 au puy de Crouël. Le coup de grâce lui sera donné par un résistant du peloton d'exécution dont il avait torturé et assassiné le frère.

(*) Son cadet sera abattu par la Résistance dans son logement clermontois. 

Publié dans Articles de Presse

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