Charles Leclerc de Hauteclocque, fils du général

Publié le par Ouest France

Charles Leclerc de Hauteclocque, fils du général

Pour fêter le 70e anniversaire de sa Libération, vendredi, la Ville de Sablé-sur-Sarthe avait convié un des fils du général Leclerc. Un enfant de l'Histoire aussi modeste que son père est connu.

Charles Leclerc de Hauteclocque, vendredi, lors des commémorations de la Libération de Sablé-sur-Sarthe. À gauche, Jean-Michel Porcher, sous-préfet de La Flèche, et à droite, Marc Joulaud, maire

Charles Leclerc de Hauteclocque, vendredi, lors des commémorations de la Libération de Sablé-sur-Sarthe. À gauche, Jean-Michel Porcher, sous-préfet de La Flèche, et à droite, Marc Joulaud, maire

L'imperméable dégoulinant, Charles Leclerc de Hauteclocque, 86 ans, est arrivé à Sablé-sur-Sarthe sous un ciel triste vendredi. Serrant la main de chaque personne regroupée dans une rue pour le premier rendez-vous des commémorations. À tous, il se présente en donnant son nom. Celui de son père : le général Leclerc. Un monument. Le commandant de la 2e division blindée (DB) de l'armée alliée pendant la Seconde Guerre mondiale. Celle qui est entrée en premier dans Paris en août 1944.

Charles n'est pas Philippe Leclerc et il y tient. « J'ai beau être le fils du général Leclerc, je ne lui arrive pas à la cheville, dit-il en préambule de son allocution vendredi midi. On peut m'appeler Leclerc, de Hauteclocque, par mon prénom, me tutoyer, me vouvoyer... » Le fils du héros s'en moque. Lui, est un infatigable passeur de mémoire.

Il avait confié au téléphone quelques jours plus tôt. « En ce moment, je participe à une cérémonie (de la Libération) un jour sur deux, sinon un jour sur trois. » Une habitude qui n'entame ni sa bonne humeur, ni sa gentillesse. À Sablé, il a participé de bonne grâce au long programme et, à l'heure des discours, a ramassé ses documents sans se vexer, quand son allocution a été écourtée, pour respecter les délais prévus et permettre aux officiels de s'exprimer.

Auditeur fasciné

Interrogé par une petite grappe de passionnés, une fois l'assemblée dispersée autour du buffet, il a repris le fil de l'histoire de la 2e DB. Celle de la Libération d'Alençon par son père. Ses yeux bleus au-dessus de petites lunettes en demi-lune, plongés dans le regard émerveillé d'un auditeur fasciné. Et lui ? Quelle est son histoire ? Qui est cet homme qui porte autour du cou les insignes de commandeur de l'Ordre du Mérite agricole1 ? Il faut de la patience et un peu de persévérance pour obtenir une réponse.

Pendant la guerre, le jeune garçon a fait « de la résistance dans la Somme ». Après la déroute de l'armée française, et avant que l'armée allemande récupère les armes, « avec mon frère, on a constitué un stock de munitions qui a surtout servi à mon frère aîné. C'était très peu de choses, on faisait ça instinctivement. Ce n'est que petit à petit que la résistance s'est organisée. »

Déjà, ses mots parlent d'autres que lui. De la famille de sa femme qui a perdu des frères et un père pendant la guerre. De la biographie du général, qu'il a reconstituée par le récit « des gens qui ont fait des actions importantes avec lui ». Il assure ne pas se lasser de rencontrer des anciens, tous porteurs d'anecdotes du général.

« On n'a pas à se gargariser »

Une passion pour le passé qui ne fraye jamais avec la nostalgie. Il raconte, mais ne fait pas la morale. « Il y a des jeunes qui sont très courageux, dit-il à un petit-fils de l'ancien maire de Sablé, Fernand Lemaire, venu le saluer. On n'a pas à se gargariser, à dire moi, moi, moi... Par exemple, j'ai une petite-fille qui est partie en bicyclette, de France en Indochine ! À même pas 20 ans ! »

La transmission, le voilà son combat. « Nous sommes des intermédiaires entre deux générations, les anciens et les jeunes qui n'ont pas connu la guerre. Quand j'entends des anciens qui râlent, je leur dis, mais nous, c'est fini ! On est foutu ! »

Foutu ? Pas si sûr. Jusqu'à récemment, le fils du général rencontrait « entre 8 000 et 10 000 enfants par an, dans toute la France. Maintenant, je suis sourd. C'est embêtant, parce que ce sont souvent les questions des enfants les plus timides qui sont les plus intéressantes, mais si on ne les entend pas... »

Si l'on mesure les grands à la façon dont ils traitent les petits, alors Charles Leclerc de Hauteclocque est « un grand bonhomme », comme dit un monsieur, soufflé, après avoir écouté le témoignage du fils du général.

(1) Et non, comme indiqué par erreur, hier, dans Ouest-France, celle de commandeur de la Légion d'honneur. La différence tient à la couleur du cordon, vert dans le cas du Mérite agricole, rouge dans le cas de la Légion d'honneur. Toutes nos excuses à nos lecteurs pour cette confusion.

Publié dans Articles de Presse

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