Impassible, Poutine soutient qu'Ukrainiens et Russes forment « un seul et même peuple »

Publié le par Le Monde

Bien que Moscou continue de nier toute implication militaire dans les combats dans l'est de l'Ukraine, le président russe, Vladimir Poutine, s'est réjoui, vendredi 28 août, des « succès considérables [des séparatistes] contre l'opération militaire de Kiev ». Il est allé jusqu'à  demander aux rebelles d'ouvrir un « couloir humanitaire » pour permettre aux soldats ukrainiens de quitter les combats.

Vladimir Poutine à Minsk, le 27 août

Vladimir Poutine à Minsk, le 27 août

Accusé par l'Ukraine et ses alliés occidentaux d'avoir envoyé des troupes dans l'Est, M. Poutine a une nouvelle fois rejeté la responsabilité du conflit sur le gouvernement de Kiev. Il a estimé qu'il faut « forcer » les autorités ukrainiennes à négocier « sur le fond » avec les séparatistes.

« Pas sur des questions techniques (...) mais sur le fond (...) : quels seront les droits de la population du Donbass, de Louhansk, du sud-est du pays ».

Dans le même temps, les autorités ukrainiennes, elles, se tournaient vers l'Union européenne et l'OTAN. Le premier ministre, Arseni Iantseniouk, a annoncé que, face à l'« agression » russe, son gouvernement allait soumettre au Parlement un projet de loi visant à relancer le processus d'adhésion du pays à l'Alliance atlantique.

LES SOLDATS RUSSES, LES « PETITS HOMMES VERTS »

En verve, et face à un public qui lui était acquis lors d'un forum de la jeunesse à Moscou, Vladimir Poutine n'a pas hésité à comparer l'offensive de l'armée ukrainienne contre Donetsk et Louhansk au siège de Leningrad par les nazis en 1941.

« De petits villages et de grandes villes sont encerclés par l'armée ukrainienne qui bombarde les zones résidentielles pour détruire les infrastructures. Cela me rappelle tristement les événements de la seconde guerre mondiale, quand les fascistes allemands (...) encerclaient nos villes. »

La Russie affirme coopérer avec le Comité international de la Croix-Rouge alors qu'elle envoie un convoi dit humanitaire dans l'Est de l'Ukraine ce mardi matin. L'organisation non-gouvernementale a pourtant précisé hier qu'elle était en discussion avec Moscou et Kiev pour assurer sa sécurité en vue d'une éventuelle intervention sur le terrain. Le président sortant de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a aussitôt mis en garde Vladimir Poutine, je cite ' contre toute action militaire unilatérale en Ukraine, sous quelque prétexte que ce soit'. L'Union européenne, l'OTAN ou encore Kiev, craignent en effet que le Kremlin utilise la gravité de la situation humanitaire dans la région comme prétexte pour intervenir militairement sur le sol ukrainien. Des milliers de personnes sont privées d'accès à l'eau, à l'électricité et à des soins médicaux dans l'est de l'Ukraine, où s'affrontent forces gouvernementales et séparatistes pro-russes

Le président russe a aussi annoncé que son homologue ukrainien, Petro Porochenko, l'avait assuré que les soldats russes que Kiev a annoncé avoir arrêtés en début de semaine sur son territoire, reviendront sous peu en Russie. 

M. Poutine a aussi affirmé que la Crimée, « lieu sacré » pour les Russes, ne reviendrait pas dans le giron de Kiev, lançant que « le peuple russe et le peuple ukrainien sont quasiment un seul et même peuple », déclenchant les applaudissements du public. « Cette guerre est notre énorme tragédie », a-t-il regretté.

Depuis plusieurs semaines, les « petits hommes verts » – comme les Ukrainiens avaient ironiquement surnommé ces soldats russes – sont de retour en Ukraine. En Crimée, leur seule présence avait suffi à chasser l'armée ukrainienne de ses bases. Dans le Donbass, ils font la guerre, meurent ou sont blessés, parfois faits prisonniers. Des indices observables aussi bien sur le théâtre ukrainien que dans les provinces reculées de Russie permettent d'affirmer que l'implication de longue date de Moscou dans l'est de l'Ukraine est en train de se muer en guerre directe contre Kiev.

Publié dans Articles de Presse

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