La tragédienne Josette Boulva s'est éteinte à 87 ans

Publié le par Le Monde Laure Andrillon

La comédienne et dramaturge française Josette Boulva est morte, lundi 4 août , à l'âge de 87 ans.

La tragédienne Josette Boulva s'est éteinte à 87 ans

Elle avait fait ses débuts sous la direction de Jean-Louis Barrault en 1962, jouant le deuxième choryphée de L'Orestie d'Eschyle, et sœur Louise dans La Révélation de René-Jean Clot. Mais c'est Jean Gillibert, psychanalyste, metteur en scène, acteur et dramaturge, qui comptera le plus dans sa carrière : elle joue pour la première fois sous sa direction en 1964 dans Roméo et Juliette de Shakespeare. Ils se passionnent ensemble pour les tragiques et en 1967, Gillibert lui confie déjà les grands rôles de la Reine dans Les Perses d'Eschyle, et de Phèdre dans  la pièce de Racine. Sa grandeur tragique, la sobriété de ses gestes et le talent de sa voix qui module les alexandrins à la perfection sont déjà salués par les critiques.

Josette Boulva ne s'en tient pourtant pas à la tragédie classique, et sous la direction encore une fois de Jean Gillibert, elle s'attaque à La Sonate des spectres d'August Strindberg. Ce texte, l'un des plus étranges du XXe siècle, a été peu monté, bien qu'ayant été salué par Antonin Artaud. Josette Boulva reviendra vers August Strindberg avec Jean Gillibert dans La Danse de mort en 1979, puis dans la mise en scène de Jean Bollery avec Vers Damas, en 1984.

MÈRE COURAGE

Autre grand dramaturge à son répertoire : Bertolt Brecht. Elle commence par incarner Celia dans le chef d'œuvre brechtien L'Opéra de quat'sous, sous la direction de Guy Rétoré, en 1971. L'année suivante, le metteur en scène la reprend déjà dans sa troupe pour qu'elle joue dans une pièce de Brecht moins célèbre, Sainte Jeanne des abattoirs. C'est bien plus tard, en 1982, que Josette Boulva obtient son plus grand rôle brechtien. Elle est louée par les critiques pour le rôle de Mère Courage, dans la mise en scène de Jean Gillibert de Mère Courage et ses enfants.

Si Josette Boulva restera dans les mémoires en tant que grande tragédienne, elle ne dédaignait pas le registre comique. Elle a joué dans La Cantatrice chauve au  théâtre de la Huchette, et sous la direction de Catherine Monnot dans le vaudeville de Max Frisch, Don Juan ou l'Amour de la géométrie. L'une de ses dernières apparitions scéniques la présente dans le rôle plus léger que lui propose Jean-Claude Penchenat dans la comédie italienne de Goldoni, Le Joueur.

UN GOÛT POUR LA LANGUE

Josette Boulva aura témoigné toute sa vie d'un goût profond pour la langue, ce qui l'a menée de Shakespeare et Racine à des auteurs aussi divers que Fernando de Rojas – elle joue dans La Célestine – ou Milan Kundera – elle est Madame Kruta dans Les Propriétaires des clés. Elle revient aux grands auteurs français en incarnant Claire dans Les Bonnes de Jean Genet en 1977, puis en jouant la mère dans la magnifique Annonce faite à Marie de Paul Claudel, sous la direction de Jean-Pierre Rossfelder en 1988.

Comédienne, Josette Boulva est aussi dramaturge. Auteure de Ma Chère Rose, qu'elle a mis en scène avec Frédérique Ruchaud en 1987 au Théâtre de Poche de Montparnasse, elle a dirigé dans cette pièce la grande Emmanuelle Riva. C'est avec Marie Gatard qu'elle a écrit sa deuxième œuvre dramatique en 1988 : 4e tournant a été mis en scène par Etienne Berry au Théâtre de Poche en 1998. Le duo a d'ailleurs été mis à l'honneur en 2003 au Théâtre de La Huchette à Paris avec une lecture de La Reine de Hongrie par Claude Darvy.

Publié dans Avis de décès

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