Ukraine : l’Union européenne et Washington prêts à infliger de nouvelles sanctions à Moscou

Publié le par Les Echos

Ukraine : l’Union européenne et Washington prêts à infliger de nouvelles sanctions à Moscou

Alors que les forces russes ont ouvert un deuxième front au sud de l’Ukraine, plusieurs dirigeants européen ont dénoncé une « escalade » intolérable. Barack Obama aimerait privilégier la voie diplomatique et rencontrera le président ukrainien le mois prochain.

Carte des affrontements dans l'est de l'UkraineCarte des affrontements dans l'est de l'Ukraine

Carte des affrontements dans l'est de l'Ukraine

La Russie a orchestré une contre-offensive des rebelles ukrainiens, avec plus de 1.000 soldats russes opérant à l’intérieur des frontières de l’Ukraine, a indiqué l’OTAN qui a aussi précisé que des conseillers militaires russes avaient été dépêchés auprès des insurgés. Pour sa part, la Russie dément la présence de troupes russes dans l'est de l'Ukraine.

Dans le bastion prorusse de Donestk dans l'est de l'Ukraine, quinze civils ont été tués jeudi dans les bombardements qui ont touché plusieurs quartiers, ont annoncé les autorités municipales. Les tirs d'artillerie dans des quartiers de l'ouest, du nord et du nord-est ont endommagé les infrastructures de la ville, notamment des immeubles résidentiels. Les autorités avaient précédemment annoncé jeudi la mort de 11 personnes dans les dernières 24 heures.

« Le monde entier peut voir que les forces russes sont en Ukraine », affirme Barack Obama

Peu après l’annonce d’éventuelles sanctions de la part de l’Union européenne (voir plus bas), Washington s’est également dit prêt à imposer de nouvelles sanctions à Moscou, même si les moyens diplomatiques sont privilégiés. « Nous avons des outils et des sanctions que nous pouvons certainement choisir de mettre en oeuvre », a déclaré la porte-parole du département d’Etat Jennifer Psaki, qui a dénoncé la « montée de l’agression des Russes en Ukraine depuis des semaines voire des mois ».

En fin de journée, Barack Obama a pris la parole depuis la Maison Blanche pour condamner les incursions russes en Ukraine. « Le monde entier peut voir que les forces russes sont en Ukraine », a-t-il ironisé avant d’annoncer qu’il recevra le président ukrainien Porochenko à la Maison Blanche le mois prochain. « Les séparatistes sont entraînés et armés par la Russie », a-t-il ajouté. « Nous ne voulons pas engager d’action militaire en Ukraine », a réitéré le président, précisant qu’il serait plus judicieux et efficace d’isoler la Russie de ses partenaires commerciaux, européens. 

Les forces rebelles ont ouvert un deuxième front dans le sud de l’Ukraine, obligeant l’armée de l’Ukraine à détourner une partie de sa puissance de feu, selon le général de brigade néerlandais Nico Tak qui s’est exprimé aux médias au siège militaire de l’OTAN à Mons en Belgique. Ce deuxième front le long de la limite nord de la mer d’Azov pourrait également être un prélude à la création d’un corridor terrestre avec la Crimée.

L’OTAN a publié ce jeudi des images satellites capturées ces derniers jours qui montreraient les mouvements de troupes des forces russes engagées dans des opérations en Ukraine. « Au cours des deux dernières semaines, nous avons constaté une escalade significative à la fois du niveau et de la sophistication de l'ingérence militaire de la Russie en Ukraine », a déclaré le général de brigade. L’organisation militaire transatlantique « a détecté de grandes quantités d’armes sophistiquées, y compris les systèmes de défense aérienne, de l’artillerie, des chars et des véhicules blindés transférés aux forces séparatistes dans l’est de l’Ukraine ».

Ukraine : l’Union européenne et Washington prêts à infliger de nouvelles sanctions à Moscou

Kiev annoncé le rétablissement du service militaire obligatoire à partir de l'automne prochain, précisant toutefois que les appelés ne serviront pas dans la zone de conflit de l'est du pays. La durée du service militaire n'a pas été précisée. C'est l'ex-président Viktor Ianoukovitch, chassé du pouvoir en février, qui avait supprimé le service militaire obligatoire pour tous les hommes âgés de 18 ans, optant pour une armée de métier.

La menace de nouvelles sanctions

Deux jours avant la tenue du Conseil européen de samedi, la chancelière allemande Angela Merkel a évoqué l'éventualité de « nouvelles sanctions » de l'Union européenne contre Moscou. « Nous avons toujours clairement fait savoir, dès le mois de mars, que de nouvelles sanctions seraient envisagées en cas de nouvelle escalade" du conflit ukrainien », a-t-elle déclaré à la presse.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, a déclaré jeudi après-midi que la Russie s'exposait à de « nouvelles conséquences » si elle ne prenait pas un « cap différent » en Ukraine. « Je suis extrêmement préoccupé par les indices qui s'accumulent sur l'incursion à grande échelle de troupes russes dans le sud-est de l'Ukraine, en violation flagrante de la souveraineté de son voisin. » « Le président (russe Vladimir) Poutine a déclaré que la Russie était prête à trouver une solution pacifique au conflit, mais cela n'est pas crédible lorsque la Russie soutient en même temps des séparatistes pro-russes en Ukraine avec des armes et des troupes. »

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, a passé un appel téléphonique à Vladimir Poutine, en sa qualité de président en exercice de l'Union européenne, pour dénoncer « une escalade intolérable ». La ministre italienne des Affaires étrangères, Federica Mogherini, a de son côté appelé son homologue ukrainien, Pavel Klimkin, pour lui assurer notamment que la situation dans l'est de son pays serait au centre des discussions lors de la réunion informelle des chefs de la diplomatie de l'UE, qui s'ouvre vendredi à Milan.

Une réunion en urgence du Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé d’une réunion « urgente » de ses membres, jeudi à 16H GMT (18 heures françaises), au cours de laquelle il sera question de la situation ukrainienne, qui ne cesse de se détériorer. Il ne s’agirait plus désormais d’une intrusion « accidentelle » mais bien d’une « invasion », selon le président ukrainien Petro Porochenko qui a décidé, de son côté, de convoquer une réunion du Conseil de sécurité et de défense du pays. Une session extraordinaire du Conseil européen pourrait se tenir le 30 août.

« J'ai pris la décision d'annuler ma visite de travail en Turquie face à la détérioration rapide de la situation dans la région de Donetsk, en particulier à Amvrosiïvka et Starobechevé, à cause de l'intrusion des troupes russes », a indiqué Petro Porochenko. De son côté, l’ambassadeur ukrainien auprès de l’Union européenne a été plus catégorique, exigeant que cessent la « connivence et l’apaisement de l’agresseur. La solidarité doit se matérialiser par des sanctions significatives et une aide militaire et technique d'envergure », a-t-il estimé. L'Union européenne s’est dite « extrêmement préoccupé[e] par les derniers développements, notamment les informations sur le terrain ».

Ukraine : l’Union européenne et Washington prêts à infliger de nouvelles sanctions à Moscou

« 3.000 à 4.000 citoyens russes » combattraient dans la région de Donetsk

De son côté, dans un entretien accordé à la télévision russe RT news, le Premier ministre de la République auto-proclamée de Donetsk, Alexander Zakhartchenko, admet qu’environ 3.000 à 4.000 « citoyens russes » sont aux côté des combattants séparatistes. « Ce n’est pas un secret que parmi ces volontaires russes, il y a beaucoup de militaires. Ils combattent avec nous car ils comprennent que c’est leur devoir », explique-t-il encore. Et d’ajouter que les volontaires russes sont à Donetsk parce que qu’ils préfèrent passer leurs vacances d’été « auprès de leurs frères qui combattent » ici « plutôt qu’au bord de la mer ».

Sur ces 3.000 à 4.000 personnes, combien seraient des militaires ? Alexander Zakhartchenko ne donne pas de précision. Mais selon un haut responsable militaire de l'Otan cité par l'AFP, « bien plus d'un millier de soldats russes combattent actuellement en Ukraine. Ils soutiennent les séparatistes, se battent avec eux ». Toujours selon ce responsable de l'Otan, les fores russes sont « activement engagées dans les combats » depuis la mi-août.

Inquiétudes américaines et françaises

L’accumulation de présomptions d’intervention inquiète de plus en plus les occidentaux. L’ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pyatt, a explicitement accusé jeudi la Russie d’être « directement impliquée » dans les affrontements entre rebelles prorusses et forces gouvernementales dans l’Est du pays.

« Un nombre croissant de troupes russes interviennent directement dans les combats sur le territoire ukrainien », a écrit Geoffrey Pyatt sur Twitter, ajoutant que Moscou était « désormais directement impliquée dans les affrontements » et avait envoyé « son système de défense anti-aérien le plus récent, qui comprend le Pantsir-S1 » dans l’Est.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article