Ukraine. Présence de troupes russes : le Conseil de sécurité réuni en urgence

Publié le par Le Nouvel Observateur

La présence militaire russe en Ukraine a été confirmée par un haut responsable de l'Otan. Washington envoie des chars en Europe de l'est pour rassurer ses alliées.

Dans un communiqué, le ministère russe de la Défense a assuré qu'"aucune colonne militaire russe n'a franchi la frontière russo-ukrainienne ni de nuit ni de jour"

Dans un communiqué, le ministère russe de la Défense a assuré qu'"aucune colonne militaire russe n'a franchi la frontière russo-ukrainienne ni de nuit ni de jour"

Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé de tenir une réunion d'urgence sur la crise jeudi 28 août à 18 heures, heure française, à la demande de la Lituanie, alors que l'Otan a confirmé la présence de plus de 1.000 soldats russes sur le territoire ukrainien. La Russie dément toujours, de son côté, la présence de troupes russes dans l'est de l'Ukraine. 

Plus de 1.000 soldats russes selon l'Otan

Un haut responsable de l'Otan a assuré que plus de mille soldats russes combattent actuellement, notamment dans la zone de Novoazovsk. Une présence "très inquiétante", selon lui. "Ils soutiennent les séparatistes, se battent avec eux" contre les forces armées ukrainiennes, a affirmé ce responsable lors d'un point de presse au centre de commandement des forces alliées en Europe (Shape) à Mons (ouest de la Belgique), disant se baser sur "une estimation très prudente".

Ces soldats, qui ne portent souvent aucun insigne, sont reconnaissables à "leur conduite" qui est celle "de militaires professionnels", a-t-il assuré, tout en insistant sur le fait que de plus en plus d'informations circulaient publiquement sur le fait que des soldats russes avaient péri dans les combats.

"Ils opèrent avec des équipements sophistiqués, conseillent les soldats séparatistes et s'avancent jusqu'à 40 voire 50 kilomètres en territoire ukrainien", a décrit cet officier.

Depuis lundi, nous avons assisté à de nouvelles incursions près de Novoazovsk", ce qui crée un "nouveau front pour les forces ukrainiennes" et par conséquent les met "dans une situation terrible", a indiqué le responsable de l'Otan.

Ces troupes russes peuvent monter depuis Novoazovsk vers le nord et les environs de Donetsk, bastion des séparatistes pro-russes encerclé par l'armée ukrainienne, ou vers l'ouest, et la Crimée, annexée par le Russie en mars. D'ores et déjà, cela coupe notamment certaines routes d'approvisionnement pour les troupes ukrainiennes, a-t-il expliqué.

Une "escalade significative"

Selon lui, "la Russie va désormais essayer de geler le conflit, de prolonger le conflit, de faire en sorte qu'il devienne difficile pour l'Ukraine de tenir bon".

Le haut-gradé a estimé que "l'escalade significative des opérations militaires russes" ces deux dernières semaines était "directement liée aux succès des opérations militaires ukrainiennes" contre les séparatistes, qui "se sont retrouvés sous pression".

Il a indiqué que "depuis mi-août, des forces russes étaient activement engagées dans les combats". Il a aussi estimé à environ 20.000 le nombre de soldats déployés le long de la frontière russo-ukrainienne. Par ailleurs, la qualité des équipements (tanks, blindés, artillerie...) fournis par la Russie aux rebelles "a augmenté aussi bien en volume qu'en qualité". 

Le ministère russe de la Défense a lui démenti jeudi la présence de troupes russes dans l'est de l'Ukraine : ces accusations "n'ont aucun rapport avec la réalité", a indiqué un porte-parole, le général Igor Konachenkov, à l'agence de presse russe Interfax.

En réponse, Kiev a décidé de rétablir dès l'automne la conscription (service militaire obligatoire) dans l'armée ukrainienne : "Le Conseil national de sécurité et de défense a décidé de relancer la conscription dans l'armée ukrainienne à l'automne", a déclaré le chef du conseil, Mykhaïlo Koval, après une réunion d'urgence avec le président Petro Porochenko. L'Ukraine avait renoncé à la conscription il y a an.

De "nouvelles sanctions" contre la Russie ?

L'Union européenne s'est dite "extrêmement préoccupée" par les informations sur une incursion des forces russes en Ukraine.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a évoqué jeudi l'éventualité de "nouvelles sanctions" de l'Union Européenne contre la Russie : "Nous avons toujours clairement fait savoir, dès le mois de mars, que de nouvelles sanctions seraient envisagées en cas de nouvelle escalade" du conflit ukrainien, a déclaré Angela Merkel à la presse.

La crise ukrainienne figurera samedi "à l'ordre du jour du Conseil" européen "et nous nous poserons la question : 'Comment réagir ?'", a-t-elle indiqué à l'issue d'une conférence à Berlin consacrée aux Balkans. "Nous voulons une solution diplomatique", mais "nous devons aussi constater que la situation s'est encore dégradée ces derniers jours", a ajouté Angela Merkel.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, a également déclaré que la Russie s'exposait à de "nouvelles conséquences" si elle ne prenait pas un "cap différent" en Ukraine.

"Je suis extrêmement préoccupé par les indices qui s'accumulent sur l'incursion à grande échelle de troupes russes dans le sud-est de l'Ukraine, en violation flagrante de la souveraineté de son voisin", a souligné David Cameron.

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, dont le pays préside actuellement l'Union européenne, a lui appelé le président russe, Vladimir Poutine, pour dénoncer "l'entrée" des troupes russes en Ukraine, qualifiée d'"escalade intolérable".

L'Otan se réunira par ailleurs en urgence au niveau des ambassadeurs vendredi matin à Bruxelles. La réunion du Conseil de l'Atlantique Nord (NAC) débutera à 9 heures. Elle sera suivie d'une réunion de la Commission Otan-Ukraine, a-t-on précisé de même source.

Des chars américains envoyés en Europe de l'est

Les Etats-Unis vont envoyer des chars et des soldats en Europe de l'est pour tenter de rassurer leurs alliés de l'Otan, ont indiqué de leur côté des responsables du Pentagone.

Environ 600 soldats de la 1ère brigade de la 1ère division de cavalerie doivent être déployés en octobre en Pologne et dans les pays baltes pour des exercices avec des membres de l'Alliance atlantique, en remplacement de parachutistes de la 173e brigade aéroportée, a précisé une porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Vanessa Hillman.

"Il s'agit d'une rotation de trois mois", a-t-elle ajouté. Les exercices porteront sur les petites unités et la formation au leadership.

Contrairement aux équipes qui vont être remplacées, les soldats de cette brigade dite des "Chevaux de fer" (Iron Horse) basée à Fort Hood, au Texas (sud), seront déployés avec des chars M-1 Abrams et des véhicules d'infanterie.

L'armée américaine a organisé une série d'exercices à la frontière est des pays de l'Otan afin de rassurer ses alliés inquiets du soutien de la Russie aux séparatistes pro-russes en Ukraine.

Publié dans Articles de Presse

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