Lauren Bacall, unie pour l'éter­nité à Humphrey Bogart

Publié le par Gala

Lauren Bacall, unie pour l'éter­nité à Humphrey Bogart

A 89 ans, Lauren Bacall, dernière étoile d'Holly­wood, s'est éclip­sée discrè­te­ment le 12 août dernier. Elle a rejoint Humphrey Bogart, l'homme de sa vie, au panthéon des stars.

Lauren Bacall, unie pour l'éter­nité à Humphrey BogartLauren Bacall, unie pour l'éter­nité à Humphrey BogartLauren Bacall, unie pour l'éter­nité à Humphrey Bogart

C’est au dernier étage du Dakota, immeuble mythique de Manhat­tan, dans son immense appar­te­ment avec vue sur Central Park qu’elle s’est éteinte d’un AVC foudroyant. A moins que Lauren Bacall ne soit tout simple­ment partie retrou­ver Bogie, fidèle à sa promesse et à cette réplique restée célèbre du Port de l’an­goisse, le film de leur rencontre, en 1944. « Si vous avez besoin de moi, vous n’avez qu’à siffler. Vous savez siffler Steve? Vous rappro­chez vos lèvres comme ça et… vous souf­flez! »Humphrey Bogart, décédé en 1957, aura patienté plus de cinq décen­nies avant de se déci­der à la siffler.

Il aura attendu qu’a­près lui, Lauren préfère les théâtres de Broad­way aux sunlights d’Hol­ly­wood, qu’elle connaisse un gros passage à vide, puis renaisse dans les années 2000 en actrice fétiche de Lars Von Trier, qu’elle se rema­rie avec l’ac­teur Jason Robards et s’offre même une aven­ture sans lende­main avec Frank Sina­tra, l’ami du couple… Il savait qu’il fallait la lais­ser plei­ne­ment profi­ter du moment présent, le seul temps que cette battante ait jamais connu. N’avait-il pas commis « l’er­reur » de la quit­ter trop tôt, après seule­ment douze ans d’un mariage pour­tant fusion­nel? Emporté par un cancer de l’œso­phage, la lais­sant veuve à trente-deux ans, avec leur fils, Stephen, né en 1949, et leur fille Leslie, née en 1952. « Lorsque mon père est mort, ma mère a été telle­ment choquée qu’elle n’a presque rien souhaité conser­ver, excepté un pyjama et une montre qu’elle m’a donnés », se souvient Stephen.

D’un esprit cinglant, ironique, parfois féroce, Lauren Bacall n’ai­mait pas les albums photo où s’épar­pillent les cendres du souve­nir. Elle rela­ti­vi­sait: « A notre première rencontre, nous n’avons pas eu le soit-disant coup foudre. Juste une poignée de main amicale. » N’em­pêche qu’elle restera fidèle à la mémoire de cet amour, à cette union mythique qui fut la leur dans l’uni­vers incor­ri­gi­ble­ment volage du cinéma. "Ma nécro­lo­gie ne parlera proba­ble­ment que d’Hum­phrey Bogart", lâchait-elle mi-acide, mi-rési­gnée. Ces modestes lignes lui donnent raison. Non sans rappe­ler qu’elle fut égale­ment la scru­pu­leuse Vestale du culte que notre époque a bâti autour de son légen­daire mariage.

Dans les années cinquante, l’amour conju­gal n’était pas encore en voie de perdi­tion et la société prônait les couples aux rôles bien défi­nis. Le duo Bogart-Bacall, c’est d’abord l’his­toire d’une femme qui se sacri­fie à son mari sans états d’âme. « Il m’avait préve­nue, expliquait-elle fair-play. Il atten­dait d’une épouse qu’elle soit présente à ses côtés. » A l’écran, bien sûr, où, en plus du Port de l’an­goisse, ils appa­raî­tront ensemble dans Le grand sommeil, Les passa­gers de la nuit et Key Largo, trois clas­siques du film noir. A la ville, ensuite, où il lui présen­tera le gratin de l’époque. Ou encore sur son bateau, le Santana, alors qu’elle souf­frait atro­ce­ment du mal de mer. Et même jusqu’en Afrique où, en 1950, Lauren aban­don­nera pendant des mois son fils aîné tout juste âgé d’un an afin de suivre Humphrey sur le set du film Afri­can Queen, tourné avec Katha­rine Hepburn et Ava Gard­ner. Epouse dévouée, Lauren assu­mera serei­ne­ment les rôles de cuisi­nière et de confi­dente de ses rivales profes­sion­nel­les… "Ma carrière est tombée à l’eau. Je n’étais plus une actrice, se souve­nait-elle. Je n’étais plus que la femme de Bogie."

A son corps consen­tant. En pleine Amérique puri­taine, avec ses airs de dur au cœur tendre, Humphrey incarne alors le sex-symbol absolu et le mari fidèle. « Avec déjà trois mariages, il n’était pas le gendre idéal, rappe­lait-elle. Sauf qu’il était du genre à épou­ser plutôt qu’à coucher à droite, à gauche. » Quelle proie rêvée pour cette débu­tante aux dents longues, aux grands pieds, à la poitrine plate, qui perdit tout contact avec son papa à l’âge de huit ans après le divorce de ses parents. Lucide, Lauren confiait: « Tout cet amour que j’avais amassé pour un père invi­sible, je pouvais enfin en faire don à cet homme-là. Je voulais lui appor­ter la joie qu’il n’avait jamais connue, lui donner les enfants qu’il n’avait jamais eus. » « My Heart Belongs to Daddy », comme le susur­rait, faus­se­ment stupide, Mari­lyn Monroe, sa parte­naire dans Comment épou­ser un million­nai­re…

Bacall, qui confes­sait avoir été vierge jusqu’à son premier mariage et avoir appris à boire pour plaire à Bogie, n’avait pour­tant rien d’une oie blanche. Avant de deve­nir madame Bogart, elle fut d’abord la créa­ture des magnats de l’in­dus­trie du cinéma. En 1944, « The Look », comme on la surnom­mait en raison de son incroyable regard, était commer­cia­li­sée comme la nouvelle femme fatale, ne manquant ni d’in­so­lence ni d’aplomb, capable d’éclip­ser Carole Lombard et autres Rita Hayworth. Et, évidem­ment, de tenir tête à Bogart, plus sublime tu meurs dans son tailleur pied de poule, la casquette légè­re­ment rabat­tue sur son regard bleu magné­tique. Aucune trom­pe­rie sur la marchan­dise. Avec sa voix rauque et sensuelle, la blonde a toujours mené Bogart où elle le voulait. A l’Eglise, après qu’il lui ait demandé de lui « mettre la corde au cou » afin de le sauver du monde et de ses démons. Sur les estrades poli­tiques de la gauche améri­caine, pendant les années noires du maccar­thysme. Mais aussi loin des boudoirs, où la commu­niante psal­mo­diait ses béguins pour le pianiste Leonard Bern­stein ou le séna­teur démo­crate, Adlai Steven­son, rival malheu­reux d’Eisen­ho­wer à la prési­dence, en 1952 et 1956. « Bogie avait compris mon petit jeu. Il me lais­sait faire. Il savait que je ne le quit­te­rais jamais! » Le monstre sacré n’avait jamais oublié qu’il n’avait qu’à siffler pour qu’elle lui revienne. C’est chose faite… 

Publié dans Articles de Presse

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