Ukraine. Une femme tuée, des tirs et une trêve fragilisée

Publié le par Le Nouvel Observateur

Selon les autorités de Marioupol, des insurgés, qui tentent depuis plusieurs jours de donner l'assaut, ont tiré dans la nuit sur un check-point et détruit une station-service.

Des gens inspectent un immeuble détruit à Marioupol, le 7 septembre 2014

Des gens inspectent un immeuble détruit à Marioupol, le 7 septembre 2014

La mort d'une femme tuée par des tirs à Marioupol et des bruits de bombardement aux abords de l'aéroport de Donetsk ont fragilisé dimanche 7 septembre un cessez-le-feu visant à mettre fin à cinq mois de combats dans l'est de l'Ukraine.

Selon le "protocole" de cessez-le-feu signé vendredi à Minsk, et rendu public dimanche par l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), l'accord stipule un "statut spécial" pour les régions contrôlées par les séparatistes et des élections pour les régions de Donetsk et de Lougansk, fiefs des rebelles pro-russes.

En dépit des violations de la trêve, ce statut devrait être discuté à Minsk d'ici à une semaine, a indiqué le "Premier ministre" de la république séparatiste autoproclamée de Donetsk (DNR), Alexandre Zakhartchenko, qui voudrait ajouter à l'accord déjà scellé "la reconnaissance de (leur) indépendance".

A Marioupol, dernière grande ville encore sous contrôle ukrainien après de nombreux revers face aux rebelles pro-russes, une femme a été tuée et trois habitants ont été blessés dans la nuit de samedi à dimanche, a annoncé la mairie de ce port stratégique du sud-est de l'Ukraine.

Selon les autorités locales, des insurgés, qui tentent depuis plusieurs jours de donner l'assaut, ont tiré dans la nuit sur un check-point à la sortie est de la ville et détruit une station-service.

Tirs d'artillerie

A Donetsk, une journaliste de l'AFP a entendu dimanche matin à un check-point près de l'aéroport, sous contrôle de l'armée, des tirs d'artillerie. Il n'était pas possible d'établir leur origine.

Dimanche, le calme était en revanche revenu à Marioupol, mais les signes des combats de la nuit étaient bien visibles près du point de contrôle ukrainien.

Un camion totalement détruit brûlait au bord de la route et plusieurs bâtiments à proximité étaient endommagés, les fenêtres soufflées.

"Vous voyez quel genre de cessez-le-feu il y a du côté russe", ironisait Pacha, un combattant pro-ukrainien du bataillon de Vinnitsa.

Le Dalaï lama critique Poutine

Samedi les présidents ukrainien Petro Porochenko et russe Vladimir Poutine s'étaient félicités au cours d'un entretien téléphonique que le cessez-le-feu signé vendredi à Minsk soit "globalement respecté".

Destiné à mettre fin à un conflit qui a fait 2.600 morts, dont 864 soldats ukrainiens, et contraint à la fuite un demi-million de personnes, ce cessez-le-feu avait été accueilli avec scepticisme par les Occidentaux.

Samedi matin, rebelles et forces gouvernementales s'étaient mutuellement accusées d'avoir violé le cessez-le-feu, par des tirs sur leurs positions respectives dans et autour des fiefs rebelles de Donetsk et de Lougansk.

La proclamation du cessez-le-feu constitue un succès pour les insurgés et la Russie, dans la mesure où il semble entériner la perte pour Kiev de plusieurs villes de l'Est après l'avancée victorieuse ces dernières semaines des rebelles, aidés sur le terrain par des militaires russes, selon les Occidentaux ce que Moscou dément.

Dans une rare critique à l'égard d'un chef d'Etat, le dalaï lama a critiqué dimanche dans un entretien à la presse allemande Vladimir Poutine, estimant qu'il est "égocentrique" et qu'il veut "reconstruire le Mur de Berlin" avec le conflit en Ukraine.

"Il porte préjudice à son pays en agissant ainsi. L'isolement est un suicide pour la Russie", a ajouté le chef spirituel du bouddhisme tibétain.

"La Russie entretient le conflit"

Dimanche, Amnesty International a, de son côté, renvoyé dos à dos les belligérants : "Toutes les parties au conflit se sont montrées indifférentes à l'égard de la vie des civils et négligent de manière flagrante leurs obligations internationales", a dénoncé le secrétaire général de l'association, Salil Shetty.

Photos satellite à l'appui, Amnesty estime en outre qu'il apparaît "clairement que la Russie entretient le conflit, aussi bien par son ingérence directe que par le soutien qu'elle accorde aux séparatistes dans l'est de l'Ukraine".

La trêve annoncée à Minsk n'a d'ailleurs pas convaincu les Occidentaux qui ont accusé ces derniers jours la Russie d'avoir déployé des troupes régulières dans l'est de l'Ukraine, même si Moscou a toujours démenti toute implication sur le terrain.

Les 28 Etats membres de l'Union européenne se sont mis d'accord vendredi soir pour de nouvelles sanctions contre la Russie, qui seront formellement adoptées lundi. Mais la Russie a averti samedi qu'elle réagirait en cas de nouvelles sanctions économiques.

De son côté, l'Otan mène jusqu'au 10 septembre des exercices militaires, dans les pays baltes, en Allemagne et en Pologne, qui doivent proclamer "haut et fort" que l'Alliance atlantique est prête à défendre ses pays membres, a déclaré samedi à Riga un haut responsable, le général Hans-Lothar Domrose.

Publié dans Articles de Presse

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