Italie : Daniela Poggiali, l'infirmière diabolique

Publié le par Le Point de notre correspondant à Rome, Dominique Dunglas

L'infirmière est accusée d'avoir assassiné une patiente de 78 ans, mais son service compte 38 décès suspects. Avec la méchanceté pour seul mobile.

Daniela Poggiali, 42 ans, a pu agir sans être inquiétée malgré les soupçons qui se sont accumulés contre elle

Daniela Poggiali, 42 ans, a pu agir sans être inquiétée malgré les soupçons qui se sont accumulés contre elle

Lorsque les carabiniers l'ont arrêtée le 9 octobre à son domicile de Forli, Daniela Poggiali est restée de marbre. Une froideur qui ne l'abandonnait pas lorsque, selon l'accusation, l'infirmière de 42 ans emplissait de poison les perfusions des patients dont elle avait la responsabilité.

C'est le 9 avril que Daniela Poggiali a prié les parents de Rosa Calderoni de la laisser seule avec la vieille dame âgée de 78 ans dans la chambre de l'hôpital de Forli. "En rentrant plus tard dans la chambre, a raconté la fille de la patiente, j'ai vu que l'infirmière avait installé une perfusion à ma mère. Un quart d'heure plus tard, maman était morte." Une mort suspecte qui a alerté les enquêteurs, car rien ne laissait prévoir un décès rapide de Rosa Calderoni. Pour le parquet de Ravenne, il n'y a aucun doute : Daniela Poggiali a injecté une dose mortelle de chlorure de potassium à la vieille dame.

Des soupçons sans effet

Mais cet assassinat pourrait n'être que la pointe de l'iceberg de la folie homicide de l'infirmière de Forli. Depuis plusieurs mois en effet, le taux de mortalité dans le service de gériatrie de l'hôpital avait grimpé en flèche. Or, vingt-six de ces décès se sont produits dans le service où travaillait Daniela Poggiali, et douze dans des services voisins où elle pouvait être appelée à intervenir.

Une première enquête interne de l'hôpital avait été ouverte en mars dernier à la suite de trois morts suspectes en moins de 24 heures. Daniela Poggiali était de service ce jour-là. Puis, dans la nuit du 4 au 5 avril, ce sont encore deux patients qui disparaissaient alors que Daniela Poggiali assurait seule le service de nuit. L'hôpital avait alors retiré les gardes nocturnes à l'infirmière. Une mesure bien légère,considérant les indices qui se multipliaient contre Daniela Poggiali, et dont quelqu'un devra répondre.

L'enquête porte donc désormais sur trente-huit décès. Elle sera difficile, car, après 48 heures, le chlorure de potassium est indécelable chez un cadavre. Mais davantage que le nombre présumé des victimes, c'est la futilité du mobile qui frappe les enquêteurs. Daniela Poggiali n'est pas une militante de l'euthanasie, un de ces "anges de la mort" qui suppriment par compassion des malades en phase terminale pour abréger leurs souffrances. Il semble que la jeune femme agissait cyniquement pour se débarrasser des "patients difficiles" ou pour se venger de leur famille.

Un assassin sans remords

Un cynisme que rien ne semblait pouvoir arrêter. Les carabiniers ont saisi au domicile de l'infirmière des photos d'elle faisant des grimaces aux côtés du cadavre d'un de ses patients. Macabres selfies d'un assassin sans remords. "Ces photos entreront dans les annales de la criminologie", affirme le procureur chargé du dossier, Alessandro Mancini. "Elles démontrent que Daniela a agi froidement. Une attitude qu'elle a maintenue durant toute l'enquête. Rien ne nous permet de penser qu'elle était incapable d'entendre et de vouloir au moment des faits."

Daniela Poggiali ne respectait d'ailleurs pas plus ses patients vivants que morts. Elle est ainsi accusée d'en avoir volé plusieurs. Pour ne pas être dérangée durant la nuit, elle doublait leur dose de somnifères. Et elle les bourrait de laxatif pour faire des "plaisanteries" aux infirmières qui prenaient leur service après elle.

Reste à comprendre pourquoi il aura fallu trente-huit victimes avant que l'autorité judiciaire soit saisie.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article