Le parrain Toto Riina condamne un juge à mort !

Publié le par Le Point de notre correspondant à Rome, Dominique Dunglas

Du fond de la prison où il est enfermé depuis 20 ans, Toto Riina, le parrain des parrains de Corleone, a demandé la tête d'un magistrat palermitain.

Photo non datée de Toto Riina, réalisée par la police au moment de son hospitalisation en 2003

Photo non datée de Toto Riina, réalisée par la police au moment de son hospitalisation en 2003

Toto Riina, le parrain des parrains de Cosa Nostra incarcéré depuis vingt ans, avait fait du silence une règle de vie. Mais les policiers qui le surveillent dans les quartiers de haute sécurité de sa prison milanaise ont enregistré ses conversations avec un autre détenu. Et les menaces proférées par le boss de la coupole mafieuse contre un magistrat ont réveillé le spectre des attentats contre les juges Falcone et Borsellino.

C'est durant l'heure de sortie, entre le 17 octobre et le 18 novembre dernier, que Toto Riina s'est confié à Alberto Lorusso, un membre de la Sacra Corona Unita, la mafia des Pouilles. Le boss de Corleone s'en prend au magistrat Nino Di Matteo. "Il ose me regarder dans les yeux, s'indigne le vieux mafieux. Mais il ne m'intimide pas, il ne fait que me mettre davantage en colère. Je le tuerai comme un thon. Il me le paiera. Tu sais comment il va finir sa carrière ? Comme le juge Scagliano [tué à Palerme par Cosa Nostra en 1970, NDLR]. Il faut organiser ça au plus vite."

Tabou

Le magistrat Di Matteo est responsable du dossier sur les négociations qui eurent lieu entre Casa Nostra et l'État italien durant les années 90. "C'est une affaire très importante pour Riina, car l'instruction risque de dévoiler qui ont été les politiciens complices de Cosa Nostra, explique au Point Claudio Fava, vice-président de la commission parlementaire anti-mafia. Or, la mafia compte sur ces hommes qu'elle peut encore faire chanter pour influencer la politique. S'ils sont découverts, Cosa Nostra ne pourra plus compter sur eux."

Décidément en veine de confidences, le parrain viole un tabou de Cosa Nostra en revendiquant les attentats contre les juges Falcone et Borsellino. "Ils pensaient [les deux juges, NDLR] que j'étais un pauvre analphabète, ça a été encore plus dur pour eux. On a commencé à suivre Falcone à Rome. On avait des informations. Mais on a choisi Palerme. Pour Borsellino, on a su qu'il allait chez sa mère le dimanche. J'ai demandé qu'on ajoute quelques centaines de kilos d'explosifs. Si j'étais resté libre, j'aurais continué le massacre au plus haut niveau."

Un message à la Cosa Nostra ?

Mais Toto Riina ne vit pas que dans le passé. Il s'intéresse également à l'avenir de Cosa Nostra et désavoue Matteo Messina Denaro, le plus grand parrain encore en liberté, qu'il accuse de ne penser qu'aux affaires et d'oublier les mafiosi en prison. "Messina ne pense qu'aux poteaux de la lumière [allusion à l'énergie éolienne dans laquelle Messina a beaucoup investi, NDLR], mais je vais les lui mettre dans le c..., les poteaux de la lumière." Et en racontant à Lorusso l'intention des magistrats de Palerme de manifester leur solidarité au juge Di Matteo, information qui n'était pas parue dans la presse, il démontre en outre que, malgré son isolement, il a accès à des informations réservées.

Reste à savoir si les propos de Toto Riina sont les confessions imprudentes d'un vieillard de 84 ans, incarcéré depuis vingt ans et condamné à dix peines de réclusion à perpétuité, ou un message destiné à ses troupes. "Riina savait très bien qu'il serait écouté, explique Claudio Fava. Bien qu'emprisonné, il reste le véritable patron de la mafia sicilienne. Depuis son arrestation en 1993, la coupole de Cosa Nostra ne s'est jamais réunie, parce que seul le boss peut la présider. Il a lancé un contrat sur la tête de Di Matteo et, en se confiant à un mafieux qui n'appartient pas à Cosa Nostra, il a invité les autres mafias à se joindre à ce projet."

Un avertissement pris très au sérieux par les autorités. Ce sont désormais 35 policiers qui veillent jour et nuit sur la sécurité de Nino Di Matteo.

Publié dans Articles de Presse

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