11 avril 1979 Renversement du dictateur ougandais Idi Amin Dada

Publié le par Perspective Monde

11 avril 1979 Renversement du dictateur ougandais Idi Amin Dada

Dans la nuit du 10 au 11 avril 1979, l'Uganda National Liberation Army (UNLA) capture la capitale de l'Ouganda, Kampala, avec une force constituée de 5000 troupes tanzaniennes et de 3000 soldats ougandais. Le président de l'Ouganda, Idi Amin Dada, doit s'exiler en Libye.

 

11 avril 1979 Renversement du dictateur ougandais Idi Amin Dada

Depuis le coup d'État qui l'a porté au pouvoir en 1971, le général Amin Dada, devenu depuis maréchal, s'est proclamé président de la république ougandaise. Son règne est marqué par de nombreux excès comme la saisie des biens des Asians (communauté indo-pakistanaise), ainsi que la pratique courante de l'élimination physique de ses opposants politiques, allant jusqu'aux exécutions organisées. Sous lui, le pays connaît un déclin politique et économique catastrophique. En octobre 1978, l'Ouganda d'Idi Amin Dada envahit une partie du territoire tanzanien, dans la région de la Kagera. Le président de la Tanzanie, Julius Nyerere, qui entretenait déjà de mauvaises relations avec Amin Dada, décide de punir son voisin envahissant. Avec l'aide de nombreux mouvements de résistance à la dictature militaire, Nyerere crée le Front national de libération de l'Ouganda (UNLF) et l'UNLA. En avril 1979, l'UNLA investit Kampala. Malgré un ultime appui de la part de la Libye et du Soudan, Idi Amin Dada doit quand même s'exiler en Libye. Aussitôt, des Ougandais en exil annoncent la formation d'un gouvernement provisoire avec à sa tête Yusufu Lule. Lule dirige un Cabinet de 14 membres. Le 27 mai 1980, Apolo Milton Obote, évincé du pouvoir par Idi Amin Dada en 1971, quitte la Tanzanie et revient au pays. Il redevient président le 15 décembre 1980.

Dans les médias...

F.V., «L'héritage politique d'Idi Amin»

«...Le gouvernement de Yusuf Lule cherche, à court terme, à éviter la vengeance et les règlements de comptes. Un retour de la violence conduirait les dirigeants, quelles que soient leurs vertus, à instaurer un régime de surveillance policière et à chercher à leur tour la sécurité auprès de leur ethnie d'origine. Chacun à leur manière, l'humaniste occidentalisé Milton Obote et le rustre sans scrupules Idi Amin ont utilisé le procédé. C'est certainement parce que le président Nyerere a compris et voulu éviter ce mécanisme qu'il n'a pas insisté pour que son ami Obote arrive au pouvoir. Et c'est pour cette même raison que Yusuf Lule insiste pour que, au lendemain de la chute d'Idi Amin, la loi soit scrupuleusement respectée et que personne ne se fasse justice soi-même.»

Jeune Afrique (France), 25 avril 1979, p. 14.

S.A., «Un bilan désastreux»

«...On apprend toujours avec plaisir l'effondrement, fût-il seulement imminent, d'une dictature. Celle du maréchal-président à vie Idi Amin Dada disputait au terrifiant régime de M. Macias Nguema, en Guinée-Équitoriale, la palme douteuse du record africain en matière de violations des droits de l'homme. Le maître de Kampala, tyran sanglant et jovial, reître porté sur la bouffonnerie, avait donné à la compréhensible revanche d'un humilié sur le colonisateur la forme d'une oppression impitoyable de son propre peuple. Le «conquérant de l'empire britannique», comme il aimait se qualifier, a tué infiniment plus de Noirs que de Blancs. Les Africains, un instant sensibles à son sens du théâtre et à la cocasserie qu'il savait donner à sa revanche, ne pouvaient oublier cette comptabilité macabre (...) Destructeur d'un fragile équilibre en Afrique orientale, bourreau de son peuple, responsable de nouvelles crises, le maréchal Idi Amin, même s'il parvient à retarder une échéance désormais inéluctable, est d'ores et déjà assuré de sa place dans l'histoire : il quitte la scène sur un désastre.»

Le Monde (France), 12 avril 1979, p. 1.

Jacques Buob, «Le sanglant héritage d'Amin Dada»

«...Les pays occidentaux n'envisagent pas très favorablement l'encerclement du Kenya par une ceinture socialiste formée de la Tanzanie, de l'Ouganda, de l'Éthiopie et de la Somalie. L'appel lancé par Yusuf Lule pour obtenir l'aide américaine pourrait les rassurer. La reconnaissance de son gouvernement par la Grande-Bretagne, qui rouvrira prochainement sa haute commission à Kampala, devrait convaincre bientôt les chancelleries occidentales. Reste l'armée tanzanienne, qui se retirera «dès que la situation sera redevenue normale». Mais quand ? Lule en a encore bien besoin. Il y a, dans le nord, des soldats perdus d'Amin. Il faut aussi maintenir l'ordre ou un semblant d'ordre. «Les Tanzaniens sont là encore pour six mois au moins», dit un diplomate européen (...) Mais des vestiges de huit années de dictature, il y a quelque chose que personne ne pourra jamais balayer : l'ombre d'Amin

L'Express (France), 28 avril 1979, p. 58.

Éditorial

«...Already some observers, not necessarily cynics, are predicting that, with the downfall of the despotic Amin, Uganda will lose its claim on international attention and will become, as one person put it, «just another tiresome African country going nowhere.» In a sense, a return to normality might be a welcome step up for a country that has gone through the wringer as Uganda has in the eight Amin years. Yet Ugandans clearly deserve something better. In particular, they have a right to expect an easing of some of the draining rivalries Uganda has conducted with some neighboring states -Kenya comes first to mind. Idi Amin's political passing permits a fresh start for the whole of East Africa. All of the countries there have dismaying problems, and all of those problems would be less daunting if the countries faced them together.»

The Washington Post (États-Unis), 13 avril 1979. 

Gouvernance et gouvernement [ 11 avril 1979 ]

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple). 

Chronologie [1969 - 1989]

  • 25 janvier 1971 - Renversement du gouvernement de Milton Obote en Ouganda
  • 25 janvier 1971 - Idi Amin Dada : chef d'État (investiture/assermentation)
  • 11 avril 1979 - Renversement du dictateur ougandais Idi Amin Dada
  • 13 avril 1979 - Yusufu Kironde Lule : chef d'État (investiture/assermentation)
  • 20 juin 1979 - Godfrey Lukongwa Binaisa : chef d'État (investiture/assermentation)
  • 22 mai 1980 - Situation transitoire
  • 15 décembre 1980 - Apolo Milton Obote : chef d'État (investiture/assermentation)
  • 29 juillet 1985 - Tito Lutwa Okello : chef d'État (investiture/assermentation)
  • 27 janvier 1986 - Renversement du président Tito Okello en Ouganda
  • 26 janvier 1986 - Yoweri Kaguta Museveni : chef d'État (investiture/assermentation) 

 

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